“L’UE dit bye-bye au climat et salue les lobbys industriels”

Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE viennent de balayer d’un revers de la main toute véritable politique climatique pour adouber les recommandations des lobbies industriels en matière énergétique.

Tribune de Maxime Combes,
Membre engagé dans le projet Echo des Alternatives

Un tournant. Sidérant.

Comme nous le craignions, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’UE réunis ce 22 mai se sont accordés sur une déclaration finale profondément régressive, tournant le dos à tous les engagements publics sur la lutte contre le changement climatique ou sur les promesses de transition énergétique.

Dorénavant, pour l’UE et ses pays membres, les défis énergétiques se limitent aux prix trop élevés de l’énergie, à la compétitivité industrielle, à l’achèvement du marché intérieur, aux infrastructures d’interconnexion des circuits de distribution et à la nécessité d’encourager le secteur privé pour financer et investir. Le climat, les économies d’énergie, les énergies renouvelables, sans parler de la sobriété énergétique, de la résilience des territoires ou du contrôle citoyen sur l’énergie, sont au mieux marginalisés, au pire ignorés et méprisés.

Ainsi, la déclaration finale ne fait référence qu’une seule fois aux politiques climatiques de l’Union européenne. C’est pour saluer le livre vert de la commission européenne sur les objectifs de 2030 qui est pourtant loin d’être satisfaisant (voir notre post à ce sujet). Le terme « climat » est prononcé à une autre occasion. Dans le cadre du paragraphe portant sur les « investissements ». Il est alors mentionné que les « financements doivent principalement provenir des marchés » et qu’il faut pour cela disposer « d’un marché du carbone fonctionnel et d’un cadre prévisible sur les politiques climat et énergie post-2020, propice à la mobilisation des capitaux privés et permettant de faire baisser les coûts des investissements énergétiques ». Ayez confiance, le secteur privé et les marchés s’occupent de tout. Avec un marché carbone défaillant, inefficace et dangereux.

Tout le reste de la déclaration est à l’avenant. Priment les exigences économiques et financières à travers l’amélioration de la compétitivité coût de l’industrie européenne et ce, à n’importe quel prix. Si certaines formules ont été lissées par rapport au brouillon de déclaration révélé par la presse, l’orientation générale reste la même. Holger Krahmer, eurodéputé libéral allemand (ADLE) a clairement indiqué la façon de lire cette déclaration : « Pour la première fois, l’augmentation des coûts de l’énergie et la baisse de compétitivité de l’économie européenne seront plus importantes que les ambitions bien évidemment inexécutables sur le changement climatique mondial ». Il a salué « la fin de l’hystérie sur le climat ».

Cette déclaration, qui engage l’exécutif français, évoque en bonne place « un recours plus systématique aux sources locales offshore et onshore d’énergie », ce qui renvoie explicitement aux perspectives d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, y compris de schiste, en Europe. Pour adoucir la chose, il y est adossé une référence au « respect des choix de mix énergétique des Etats-membres ». Mais du point de vue de l’UE, point de salut sans gaz de schiste.

Sur ce sujet, comme sur d’autres, les exigences portées par le lobby industriel Business Europe ont pesé. L’ordre du jour et le contenu de ce sommet aurait largement été influencé par une lettre du président de Business Europe envoyée au premier ministre irlandais, qui occupe actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE. Focalisée sur l’avantage en termes de coût de l’énergie dont disposerait l’industrie américaine à travers l’exploitation des gaz de schiste, cette lettre pointe les dangers que font courir les politiques climatiques et des programmes de soutien aux énergies renouvelables sur la compétitivité industrielle. Il semblerait que Business Europe ait été entendu.

Avec cette déclaration, le Conseil européen tourne clairement le dos à toute véritable politique de luttes contre les dérèglements climatiques. François Hollande, représentant de l’exécutif français au Conseil européen porte sa part de responsabilité. Affligeant, abject, exaspérant, consternant, les qualificatifs ne manquent pas.

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16 Commentaires sur "“L’UE dit bye-bye au climat et salue les lobbys industriels”"

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Teredral
Invité

S’il s’agit d’une prise de conscience par l’UE des coûts exhorbitants de certaines ENRi et de leur incapacité à satisfaire les besoins d’un réseau électrique, alors c’est une bonne nouvelle. Un autre moyen existe pour produire de l’électricité en limitant l’effet de serre.

Sonate
Invité

Si vous pensez que les EnR sont incapables d’alimenter un système électrique national, c’est que vous avez du mal à penser autrement que suivant le paradigme du XXè siècle. Allez donc lire les études Renewable Energy Futures Study du NREL américain, Pathways to a 100% renewable energy supply du SRU allemand ou l’étude de l’automne dernier du Fraunhofer ISE sur un système énergétique 100% renouvelable (électricité, transports, chaleur) …

Pas naif
Invité
… avions prévu: l’éclatement de la Bulle, mais pas si tôt. Personnellement je pensais le voir dans 8-10 ans; j’étais quand même partiellement conditionné! Le cul-de-sac économique a enfin été compris, heureusement pour la population condamnée en douce à payer durant 20ans les “erreurs” ou plutôt les combines politico-économiques des gens bien placés. Effectivement, orienter Tous les investissements vers les énergies les plus coûteuses et les moins utilisables du fait de leur variabilité ne pouvait être qu’une “combinazione” à la Berlusconi. L’image des EnR va être détruite, réléguées dans le subconscient comme étant au mieux un joujou (devenu coûteux) d’idéaliste… Lire plus »
Pas naif
Invité
… avions prévu: l’éclatement de la Bulle, mais pas si tôt. Personnellement je pensais le voir dans 8-10 ans; j’étais quand même partiellement conditionné! Le cul-de-sac économique a enfin été compris, heureusement pour la population condamnée en douce à payer durant 20ans les “erreurs” ou plutôt les combines politico-économiques des gens bien placés. Effectivement, orienter Tous les investissements vers les énergies les plus coûteuses et les moins utilisables du fait de leur variabilité ne pouvait être qu’une “combinazione” à la Berlusconi. L’image des EnR va être détruite, réléguées dans le subconscient comme étant au mieux un joujou (devenu coûteux) d’idéaliste… Lire plus »
Dan1
Invité

Voilà ce qu’a dit l’UE : C’est peut être un rééquilibrage salutaire plus que l’enterrement des EnR.

Nicias
Invité

Enfin le retour du réalisme en matière de politique énergétique. C’est un pas dans la bonne direction. PS: Enerzine devrait faire attention quand elle rapporte les propos d’extrémistes ou à les mettre entre guillemets. Qualifier le comportement du Président de la République d’abject est passible de poursuites judiciaires même si Hollande n’est pas Sarkozy.

Sicetaitsimple
Invité

plus informatif que la bouillie (pardon, tribune) de ce Monsieur. Au moins, même si c’est une déclaration qui n’engage pas à grand chose, ça permet de relativiser par rapport aux qualificatifs “affligeant, abject, consternant” employé dans la “tribune”. Ah, c’est important d’assurer à l”Europe une founiture d’énergie qui reste compétitive? Ca alors!

bolton
Invité
Je peux comprendre (partiellement) le besoin d’avoir une énergie moins chère, notamment pour concurrencer l’industrie Nord-Américaine (laquelle ?) et ses gaz de schistes… Mais n’est-ce pas reculer pour mieux sauter ? Essayons de prendre du recul par rapport à notre condition d’être humain… On s’entête dans une mondialisation qui n’apporte plus grand chose à l’humain, à part peut être à certains pays comme la Chine qui en profitent mais, franchement, quel réel bien être nous apporte la société d’aujourd’hui ? Pourquoi s’entête-t-on à rester dans cette ère industrielle ? Car si l’Europe souffre aujourd’hui ça n’est pas de manque de… Lire plus »
Dan1
Invité

A Bolton. Vous dites : “N’oubliez pas que c’est grâce à l’énergie chère que nous avons des véhicules qui consomment 3 fois moins que les véhicules nord-américains” N’exagérons rien, en moyenne les véhicules américains (USA) ne consomment pas rtois fois plus que les véhicules français ou européen. ce n’est pas deux fois non plus. Je vous laisse examiner en détail les statistiques des Etats-Unis à ce sujet : Voir notament 4.22 et 4.23 En moyenne en 2013, les voitures particulières sont sous la barre des 10 litres/100 (et c’est bien moins pour les voitures neuves avec l’effet des importations).

Sicetaitsimple
Invité

On peut être d’accord sur un certain nombre de vos constats, mais prôner comme vous le faires la désindustrialisation de l’Europe c’est simplement accélérer une dépendance que personnellement je ne souhaite pas à mes enfants. Le jour où vous devenez complètement dépendant pour votre acier, votre aluminium, vos produits raffinés ou autres ca devient encore plus dur que lorsque vous n’êtes dépendant “que” des importations de minerai et de pétrole brut. Et ça se décline pareil dans les produits plus finis. Ca s’appelle creuser sa tombe avec ses dents.

Dan1
Invité
A propos de l’obsession de certains Européens vis à vis des économies d’énergie et plus généralement sur la décroissance : Car il est une évidence qu’une France affaiblie économiquement ira moins vite dans la transition énergétique qu’une France en bonne santé qui ne se serait pas sabordée par pure idéologie (et pour quel résultat en matière d’économie d’énergie et de réduction des émissions de CO2 ?). Peut être qu’un jour nous (nos descendants) vivrons dans une société différente et postindustrielle, mais il est suicidaire de vouloir y aller à marche forcé et surtout seul. Acessoirement, il n’est pas inutile de… Lire plus »
bolton
Invité
Et pour DAN1 : Je ne prône pas la désindustrialisation, pas du tout ! Quand je dis “sortir de l’ère industrielle” je veux simplement dire que je souhaite que l’industrie passe au second plan, ralentisse, et qu’on se contente de moins de matériel au profit de plus d’humain. C’est un peu idéaliste je sais et ça rejoint les idées de la décroissance, et je suis suffisamment réaliste pour savoir que ça ne se fera pas; le monde entier allant plutôt dans la direction opposée ! Mais celui qui parle décroissance ne peut pas être déclaré plus fou que celui qui… Lire plus »
bolton
Invité

“il est suicidaire de vouloir y aller à marche forcé et surtout seul. ” Absolument ! Je suis tout à fait d’accord. “il n’est pas inutile de demander l’avis de ceux qui sont de plus en plus privés d’emploi industriel et qui ne doivent pas passer leur journée à rêver une vie sans industrie.” Certains de ceux-là se convertissent dans le tertiaire et ne le regrettent généralement pas. J’en ai connu…

bolton
Invité
Pour la conso des américains, ce que je sais c’est que le véhicule le plus vendu aux USA est le Ford F qui consomme dans les 20L/100. J’ai du mal à comprendre les chiffres dans votre lien, d’autant que c’est tout en miles/gallon etc. Toujours est-il, ce que je voulais dire, c’est que 2 ou 3 fois la conso française peu importe. Le prix de l’essence nous a forcés à être écolos. Mieux, elle a permis à notre industrie de s’adapter et à développer des technologies qui se vendent dans le monde entier (moteurs common rail par exemple) ! Comme… Lire plus »
Dan1
Invité
Eh ben non, les “Etats-uniens” ont tout prévus et même d’adopter le système métrique en publiant des tavles de conversion en km et en litre. La table 4.11M donne donc les chiffres dans nos unités pour les véhicules légers (short wheel base ou empattement inférieur à 3,07 mètres). Et on voit que l’ensemble du parc de 192,5 millions de VL (2011) aura parcouru au total 3 288 milliards de km et consommé 335 milliards de litres de carburant. Une simple division nous montre que la consommation moyenne était donc de 10,19 litres au 100 km. Ceci est d’ailleurs confirmé en… Lire plus »
Sicetaitsimple
Invité

“Je ne prône pas la désindustrialisation, pas du tout ! Quand je dis “sortir de l’ère industrielle” je veux simplement dire que je souhaite que l’industrie passe au second plan, ralentisse”. Vous m’excuserez, j’ai un peu de mal à comprendre…. Parler “économies d’energie”, “renouvelables”, “sobriété”,”energie abordable”, ne me parait absolument pas incompatible avec “production”, “emploi”, “indépendance”…et “survie”.

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