L’UE mise sur le gaz naturel liquéfié et le stockage du gaz

Pour l’Union Européenne la conjoncture actuelle, favorable, sur le marché mondial du GNL offrirait une occasion unique non seulement de renforcer sa sécurité d’approvisionnement mais aussi sa compétitivité.

Par ailleurs, l’Union de l’énergie s’est donné pour objectif essentiel de garantir que tous les États membres ont accès à des marchés gaziers liquides et à des sources d’approvisionnement diversifiées.

Dans une note d’information, l’UE donne ici quelques éléments de réponse.

Qu’est-ce que le gaz naturel liquéfié (GNL) ?

"Le GNL est un gaz naturel (principalement du méthane) qui a été réduit à l’état liquide pour en faciliter le stockage ou le transport. Le processus de liquéfaction consiste à refroidir le gaz à environ -162° C et à en éliminer certaines impuretés, telles que les poussières et le dioxyde de carbone. Sous forme liquide, le GNL occupe un volume environ 600 fois inférieur à celui de son état gazeux à la pression atmosphérique normale et peut être transporté sur de longues distances, généralement dans des navires ou des camions-citernes spécialement conçus à cet effet, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des gazoducs. Lorsqu’il arrive à destination, il est habituellement regazéifié avant d’être distribué par les réseaux gaziers, à l’instar du gaz acheminé par gazoduc. Le GNL est également de plus en plus utilisé comme combustible ou carburant de substitution pour les navires et les camions."

Pourquoi le GNL est-il important pour la sécurité d’approvisionnement de l’Union ?

"L’UE est le plus gros importateur de gaz naturel au monde. La diversification des sources d’approvisionnement est donc un enjeu vital, tant pour sa sécurité énergétique que pour sa compétitivité. Un objectif essentiel de son union de l’énergie consiste à garantir que tous les États membres ont accès à des marchés gaziers liquides. Le GNL, qu’elle peut se procurer auprès d’un large éventail de pays fournisseurs dans le monde entier, peut donner un véritable coup de fouet à la diversité de l’approvisionnement en gaz de l’Union et, par conséquent, améliorer considérablement sa sécurité énergétique. Aujourd’hui, les pays d’Europe occidentale qui ont accès à des terminaux d’importation de GNL et à des marchés gaziers liquides sont beaucoup plus résistants à d’éventuelles ruptures d’approvisionnement que ceux qui dépendent d’un fournisseur de gaz unique. Le marché mondial du GNL est dynamisé par l’arrivée de nouveaux fournisseurs tels que les États-Unis ou l’Australie."

Quel rôle le gaz naturel joue-t-il dans le bouquet énergétique de l’Union ? Quel est l’état actuel de la demande de gaz et quelles sont les prévisions ?

"À l’heure actuelle, le gaz naturel représente environ un quart de la consommation d’énergie totale de l’Union. Environ 26 % de ce gaz est consommé par le secteur de la production d’électricité (y compris les installations de cogénération) et environ 23 % par l’industrie. Le reste est absorbé, pour l’essentiel, par le secteur résidentiel et le secteur des services (principalement pour le chauffage des bâtiments)."

"La demande de gaz de l’Union s’élève aujourd’hui à quelque 400 milliards de mètres cubes et, dans un scénario de politiques inchangées, devrait rester relativement stable dans les années à venir. Il est à noter que le recul prévu de la production interne de gaz a également une incidence sur les importations de gaz. De nouvelles politiques visant à la réalisation des objectifs en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030 pourraient toutefois conduire à une réduction de la consommation de gaz, notamment par l’amélioration de l’efficacité énergétique dans le secteur du chauffage et l’industrie."

D’où provient le gaz de l’Union et quelle est la proportion de GNL ?

"Moins de la moitié des besoins en gaz de l’Union est actuellement couverte par la production intérieure. Le reste est importé, principalement de la Norvège (30 %), de la Russie (39 %) et de l’Algérie (13 %). Ces dernières années, le GNL représentait environ 10 % des importations, pour la plupart en provenance du Qatar, de l’Algérie et du Nigeria."

Quels pays sont les principaux producteurs mondiaux de GNL ?

"Actuellement, le Qatar est de loin le plus gros fournisseur mondial de GNL, avec environ 100 milliards de m³. D’autres fournisseurs importants (> 20 milliards de m³) sont le Nigeria, la Malaisie, l’Indonésie et l’Australie. Le volume de liquéfaction au niveau mondial devrait toutefois connaître une énorme augmentation avec la mise en service de nouvelles installations aux États-Unis et en Australie au cours des prochaines années."

Comment l’Union peut-elle tirer pleinement parti du GNL? Quelles sont les prochaines étapes ?

"Pour améliorer l’accès de tous les États membres au GNL et aux infrastructures de stockage comme source alternative de gaz, l’UE doit:

♦ Construire les infrastructures nécessaires pour réaliser le marché intérieur, afin que tous les États membres puissent accéder aux marchés internationaux du GNL, que ce soit directement ou par l’intermédiaire d’autres États membres. Dans le nord-ouest de l’Europe, les marchés sont compétitifs, bien connectés et donnent accès à diverses sources de gaz, dont un certain nombre de terminaux offrant d’importantes capacités d’importation de GNL, mais les marchés gaziers sont moins développés dans les régions de la mer Baltique, d’Europe centrale, d’Europe du Sud-Est et d’Europe du Sud-Ouest;

♦ Réaliser le marché intérieur du gaz afin qu’il envoie les bons signaux de prix, de manière à attirer le GNL là où il est nécessaire et à faciliter les investissements nécessaires dans les infrastructures;

♦ Utiliser les installations de stockage de manière plus efficiente. La Commission améliorera les règles d’exploitation applicables à l’utilisation transfrontière des infrastructures de stockage. Il importe également que les États membres optimisent l’utilisation du stockage de gaz au niveau transfrontière en élaborant des plans d’action préventifs et des plans d’urgence;

♦ Coopérer étroitement avec les partenaires internationaux pour promouvoir des marchés mondiaux du GNL qui soient libres, liquides et transparents. Cela suppose un dialogue avec les fournisseurs actuels et futurs et avec les autres grands pays consommateurs pour que le GNL puisse être commercialisé librement sur les marchés mondiaux, tant dans des conditions de marché normales qu’en cas de chocs extérieurs."

Les prix du GNL peuvent-ils concurrencer les prix du gaz acheminé par gazoduc ?

"Le GNL joue déjà un rôle considérable dans l’approvisionnement en gaz de l’Union, qui pourrait devenir plus important au cours des prochaines années avec la croissance des marchés mondiaux et l’augmentation de la dépendance de l’Union à l’égard des importations. La compétitivité du GNL par rapport à d’autres sources (et donc la quantité de GNL effectivement importée dans l’Union par les acteurs du marché) dépendra de toute une série de facteurs dont, par exemple, le coût de la liquéfaction et du transport, les taux de change et, bien entendu, l’équilibre entre l’offre et la demande mondiale de GNL (en effet, une forte demande en Asie peut entraîner une hausse des prix dans d’autres régions du monde)."

Vu le grand nombre de terminaux GNL existants, avons-nous réellement besoin de nouvelles infrastructures ?

"L’Union possède une importante capacité globale d’importation de GNL, équivalant à quelque 43 % de la demande totale de gaz actuelle (2015). Toutefois, dans les régions d’Europe du Sud-Est, d’Europe centrale et de la mer Baltique, beaucoup de pays n’ont pas accès au GNL et/ou sont fortement dépendants d’un seul fournisseur de gaz, et seraient donc les plus touchés en cas de crise d’approvisionnement. Il est important que ces pays puissent avoir accès à un nœud gazier régional proposant un éventail de sources d’approvisionnement, parmi lesquelles le GNL. Sur la base de la liste des projets d’intérêt commun de l’Union, la stratégie pour le GNL comprend une liste des grands projets d’infrastructures qui sont indispensables pour que tous les États membres de l’Union aient accès au GNL."

Qui financera les nouvelles infrastructures nécessaires pour le GNL?

"Comme pour toute nouvelle infrastructure, la viabilité commerciale est un aspect très important. Dans le cas d’un terminal GNL, son utilisation à l’échelle de toute une région ou le choix de technologies moins coûteuses et plus souples, telles que les unités flottantes de stockage et de regazéification (FSRU), peuvent améliorer considérablement sa viabilité. En principe, les terminaux GNL, à l’image d’autres infrastructures énergétiques, devraient être financés par les tarifs appliqués aux utilisateurs finals (l’investissement étant supporté par tous les consommateurs de gaz dans le cadre de leur facture de gaz mensuelle). Dans d’autres cas, les compagnies gazières supportent les coûts de construction (l’investissement étant pris en charge par un certain nombre d’entreprises en contrepartie du droit d’utiliser le terminal par la réservation de capacité à long terme). Cependant, même en s’appuyant sur une base économique solide, le financement peut poser des problèmes dans certains cas. S’agissant des projets revêtant une importance particulière pour la sécurité d’approvisionnement, les fonds de l’Union, tels que le mécanisme pour l’interconnexion en Europe, pourraient contribuer à combler le déficit de financement. Quant aux prêts de la BEI, notamment au titre du Fonds européen pour les investissements stratégiques, ils peuvent également constituer une source de financement à long terme."

Quel rôle joue le stockage dans la sécurité de l’approvisionnement en gaz ?

"Le stockage du gaz est nécessaire pour équilibrer les fluctuations de la demande journalière et saisonnière, dont les variations dépendent de la demande d’énergie pour le chauffage, la production d’électricité ou la consommation industrielle. Le stockage joue également un rôle majeur pour assurer l’approvisionnement en gaz en cas de rupture d’approvisionnement ou de pic de demande (notamment pendant une vague de froid). Le principal avantage du gaz en stock est qu’il se trouve à proximité du consommateur et peut être distribué sans délai."

L’Union dispose-t-elle de stocks de gaz suffisants?

"Les capacités de stockage dans l’Union sont réparties de manière inégale, avec de grandes installations en Italie, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Pour des raisons géologiques, l’Europe de l’Est et l’Europe du Sud-Est ne peuvent utiliser que de petites capacités de stockage pour garantir la continuité de l’approvisionnement en gaz. S’ils sont bien reliés par des gazoducs, les États membres peuvent faire appel au gaz stocké dans les pays voisins."

"Les capacités actuelles sont jugées suffisantes, même en tenant compte de l’augmentation progressive de la dépendance de l’Union à l’égard des importations. En outre, le développement et l’optimisation des règles d’exploitation et d’interaction entre les exploitants d’infrastructures de stockage et les gestionnaires de réseau de transport, les fournisseurs et les consommateurs permettront d’augmenter la disponibilité à court terme des stocks de gaz dans et entre les États membres et les régions."

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16 Commentaires sur "L’UE mise sur le gaz naturel liquéfié et le stockage du gaz"

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chelya
Invité

Et le gaz mise sur FleishmanMillard pour obtenir ses subventions nécessaires à l’entretien du réseau… La commission a systèmatiquement surévalué la consommation de gaz de l’UE a tel point qu’on se demande si une opération main propre n’ait pas à prévoir à la DG Energy… Evidemment tout ses investissements payés par le contribuable ne vont pas plus servir que les cycles combinés gaz payés par le contribuable, puisqu’au même moment l’UE a aussi lancé un stratégie chauffage et refroidissement qui va enlever la quasi totalité du besoin de gaz…

Jim
Invité

L’Union européenne met en avant la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité. Super ! Sinon que : – sécurité d’approvisionnement : la plupart des pays producteurs ne sont pas franchement nos amis; le gaz leur offre un moyen de pression extraordinaire; et nous nous passons la corde au cou avec le sourire… – compétitivité : celle-ci ne dépend que marginalement du prix de l’énergie; nous avons tellement d’autres erreurs à corroger dans ce domaine – l’impact environnemental du gaz, énergie carbonée, est commodément passé à la trappe; moins nous en consommerons, le plus tôt possible, mieux ce sera.

pierreerne
Invité

Cet article parle de la réalité, contrairement à une habitude tenace chez Enerzine… Ce qui provoque la stupeur et la réaction d’un certain nombre d’internautes habitués à un discours très différent…

enerc77
Invité

Certainement avec tous les risques géopolitiques associés. A part la Norvège, les autres producteurs sont à risque. Et même pour certains à court terme. On risque bien de payer très cher notre addiction à ce gaz mortel.

Nature
Invité

Pourquoi si peu de voitures au GPL ou au GNL ?

enerc77
Invité

Parce que les gouvernements successifs ont fiscalement favorisé le diesel. En Italie, c’est l’inverse

6ctsimple
Invité
notamment pour les raisons géopolitiques vis-à-vis de quelques grands fournisseurs de l’Europe évoquées par certains. Il y a quand même un petit problème: – certains pays parlent de sortir du nucléaire ou de réduire sa capacité – d’autres ou les mêmes parlent de sortir ou de réduire le charbon/lignite. – on s’engage à réduire les émissions de CO2 – coté pétrole on ne sait pas trop, mais il serait bien de baisser – et ce qui est sûr c’est que la production européenne de gaz est en déclin Imaginer qu’à court terme ( disons 20 ou 30 ans) les renouvelables… Lire plus »
Papijo
Invité
Je ne comprends pas le raisonnement de certains qui mettent en doute l’utilité du GNL et en même temps se plaignent de notre trop grande dépendance vis à vis de nos fournisseurs actuels ! Le GNL ne concurrence que les gazoducs et nous permet de “discuter” en meilleure position avec nos fournisseurs, d’autant plus que le gaz de schiste américain commence à arriver en Europe. Si on veut supprimer le charbon, on n’a pas d’autre choix que le gaz (et certainement pas le biogaz dont la production que l’on peut espérer est ridiculement faible par rapport aux besoins, (et aussi… Lire plus »
lionelfr
Invité
bien qu’ayant approché un gros transporteur de gaz récemment , je suis un peu newbie dans ce domaine. Je vais donc parler naïvement : Le gaz n’est-il pas le plus fexible/facile à transporter, bénéficiaire d’tnfrastructures maousse ? En outre, rien que 2% de 430 TWh de gaz par an HH , y a de quoi injecter 8.6 TWh d’hydrogène avant Sabatier Le gaz n’est pas nécessairement fossile (cf. Titan) et possède un réseau séculaire.. uant aux baisses de prix, il faudra admettre qu’elles seront récurrentes à mesure qu’on gagne en indépendance. Et s’il faut une marge de manoeuvre, pourqoui pas… Lire plus »
Ds
Invité

Aux US, les terminaux pour importer du GNL sont à l’abandon grace au gaz de schiste … Un autre aspect de la question ?

enerc77
Invité
Si il y bien un secteur fossile qui restera pour longtemps, c’est bien le gaz. Pour le pétrole, on a des alternatives par exemple dans le transport terrestre. Il “suffit” juste de déployer. Pour le gaz c’est plus compliqué, parce que déja c’est le moins polluant, qu’on aura besoin de backup dans la production électrique et que le chauffage au gaz durera encore longtemps car c’est pour l’instant moins polluant que l’électricité (pas en France, mais en Europe). Même si les ENRs réduisent la consommation des centrales à gaz, on en aura besoin pour encore plusieures décennies. D’un point de… Lire plus »
6ctsimple
Invité
Votre premier lien ( energypost) est interessant, mais c’est bizarre il ne parle que de consommation, qui baisse si on se réfère à Eurostat (lien fourni dans l’article) de 435MTEP à 387MTEP entre 2004 et 2013 dans l’EU28. Mais si on va chercher la production de l’EU28 dans la même base de donnée, on voit que sur la même période elle est passée de 205MTEP à 118MTEP! Donc la situation en termes d’indépendance et de sécurité d’approvisionnement se dégrade et ça ne va pas s’arranger! Energypost subventionné par notre ami Vladimir? Non, je vais un peu loin, mais quand même… Lire plus »
6ctsimple
Invité

“on a une stratégie chaud et froid piloté par d’autres personnes que le gaz qui va faire disparaitre la consommation de gaz pour la chaleur.” Bah oui bien sûr, heureusement! A quelle échéance? Par ailleurs, j’ai bien peur que la consommation de gaz pour la production d’électricité ne remonte allègrement dans les 10 ans qui viennent à l’échelle européenne par rapport à la référence 2013 de l’article.

6ctsimple
Invité

Vous faites une apparition à 20h30 sur Enerzine et vous n’y laissez qu’une contribution totalement inutile sur un autre fil: alors que je vous avais interpellé 2 fois sur un sujet un peu plus important…. Troller, c’est parfois un peu compliqué, non? Mais c’est vrai que recopier bêtement “il faudrait un “reality check”” sans même avoir un petit peu réfléchi à la situation réelle, ça peut vous amener à paeer pour un con……

6ctsimple
Invité

Post ci-dessus rédigé non pas à 20h14 mais après l’intervention de Chelya vers 20h30, on ne va pas refaire le procès de la datation d’Enerzine….

6ctsimple
Invité

j’oubliais qu'”on a une stratégie chaud et froid qui va faire disparaitre (rien que ça!) la consommation de gaz pour la chaleur.”…. A mon avis, la production européenne de gaz, sauf exploitation de ressources non conventionnelles, va décroitre plus vite que la consommation, mais on verra bien. En tous les cas pour les dix années qui viennent de s’écouler, c’est largement le cas.

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