Moratoire sur le MON810 ?

Le MON810 est un maïs génétiquement modifié, produit par le semencier américain Monsanto et autorisé à la culture en 1998 ; il a été modifié pour produire une toxine insecticide, appelée " Bt ", censée protéger la plante de la pyrale du maïs, papillon qui la dévore. Il s’agit aujourd’hui de la seule variété d’OGM cultivée en France de façon commerciale à hauteur de 30.000 ha en moyenne chaque année.

Depuis dix ans, l’innocuité du MON810 suscite de plus en plus de doutes.

Dès 1998, en application du principe de précaution, l’Autriche a interdit le MON810. Puis, la Grèce, l’Italie, la Suisse, la Hongrie et la Pologne ont interdit à leur tour cet OGM. Enfin, il y a quelques semaines, le gouvernement allemand a décidé de suspendre l’autorisation du maïs MON810 et par conséquent la vente de semence en attendant la mise en place d’un plan d’observation sur l’environnement. C’est ainsi que l’Office allemand pour la protection des consommateurs (BVL) a adressé un courrier à Monsanto lui demandant de ne pas commercialiser le MON810. L’Allemagne a ainsi notamment réagit à la publication d’une étude réalisée par Greenpeace et qui montre que la quantité d’insecticide produite par chaque épi varie de 1 à 100 selon les plantes.

L’étude de Greenpeace en question remonte à Février 2006. Basée sur plusieurs études scientifiques et sur l’analyse de 619 échantillons prélevés en Allemagne et en Espagne., elle « fait état de quelques dysfonctionnements. La quantité d’insecticide produite par chaque épi de maïs semble varier de 1 à 100 selon les plantes. La toxine serait également susceptible de s’attaquer à d’autres papillons non ciblés alors que la pyrale du maïs pourrait présenter une résistance à l’insecticide. Par ailleurs, ces études ont mis en évidence une possible contamination des sols par la toxine qui serait transpirée à partir des racines de la plante. » (source Actu-Environnement)

« Outre la variabilité observée, les concentrations moyennes sont plus basses que celles présentées par Monsanto. Selon l’agrochimiste américain, le taux moyen de toxine est de 9,35 microgrammes par gramme de matière fraîche dans les feuilles. Les valeurs moyennes relevées par Greenpeace allaient de 0,5 à 2,2 microgrammes. » (source Le Monde)

"Ces incertitudes montrent la faiblesse globale des processus d’évaluation des OGM. On se rend compte qu’on connaît très mal leur biologie", précise Arnaud Apotheker de Greenpeace France. La toxine reste-t-elle efficace à des taux moins élevés que ceux annoncés par Monsanto ? Et si c’est le cas, cela signifie-t-il que la molécule est plus active qu’on ne le pense ? Pour éviter que des mutants capables de survivre n’apparaissent, la doctrine veut que la dose produite par la plante se situe à 25 fois la dose requise pour tuer 99 % des insectes cibles. Est-on toujours dans ce schéma ? Arnaud Apotheker demande donc à une remise à plat des procédures d’homologation.

Aujourd’hui, après l’Allemagne, c’est au tour de la France de douter de l’innocuité de la semence MON810. Le gouvernement français aurait demandé de nouvelles analyses sur la toxicité du maïs transgénique. Mais ces interrogations nous valent une belle cacophonie du nouveau gouvernement.

Dans une interview publiée le 25 mai dans Le Parisien, le ministre de l’Ecologie Alain Juppé déclare : " On vient de découvrir que la sécrétion de la toxine qui est censée tuer l’insecte qui attaque le maïs se passe dans des conditions qui ne sont pas exactement celles qu’on attendait. Donc l’Allemagne vient de suspendre l’autorisation du MON810. Dans ce cas précis il faut s’inspirer du cas allemand." Aussitôt, Greenpeace encourage Alain Jupé à passer aux actes.

Hélas, la nouvelle ministre de l’agriculture Christine Lagarde a très vite réagi aux propos d’Alain Jupé en les désavouant. " Si on écoute madame Lagarde, il est urgent d’attendre en matière de moratoire. Voilà des propos qui ressemblent à s’y méprendre à ceux tenus par le lobby des semenciers et des maïsiculteurs pro-OGM " souligne Arnaud Apoteker.

Ces différences de position entre le ministre de l’écologie et le ministre de l’agriculture devraient (on l’espère) trouver un dénouement lors du Conseil des ministres de mercredi, dont l’issue est attendue avec impatience par les associations. La position qui sera prise fera en effet figure de premier test de l’engagement écologiste du gouvernement. Va-t-il donner la priorité au respect de l’environnement et au principe de précaution inscrit dans la Constitution ou bien céder au lobby des gros producteurs agricoles et des multinationales de l’agrochimie ?

D’après Arnaud Apoteker " Si la transposition de la directive 2001/18, qui doit réglementer les conditions de mises en culture d’OGM en France, peut attendre le Grenelle de l’environnement prévu pour octobre, le maïs MON810 qui a déjà été semé en France, lui, n’attendra pas l’automne pour contaminer l’environnement. Voilà pourquoi il y a urgence à mettre en place un moratoire sur cet OGM. "

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Alain Richard

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