Nicolas Hulot dévoile son texte fondateur sur la transition énergétique

Cette transition ne peut s’engager qu’au prix d’un certain courage politique. Il faudra surmonter un contexte économique morose pour mettre la société en mouvement, alors même que la transition effraie par les investissements mais aussi par les évolutions professionnelles et les changements de comportement qu’elle nécessite. Pourtant la transition énergétique constitue une formidable opportunité de sortie de crise.

Génératrice d’économies d’énergie, elle réduira les émissions françaises de gaz à effet de serre (GES) et allégera la facture pour des entreprises, des ménages et globalement un Etat encore trop dépendant des énergies fossiles. Créatrice d’emplois et d’innovations en France, elle dynamisera l’économie locale en améliorant l’efficacité énergétique des services essentiels et en renouvelant le mix énergétique. Solidaire et équitable, elle mobilisera dans un élan fédérateur tous les niveaux d’une société aujourd’hui dans l’expectative.

Le gouvernement doit engager la France sur le chemin de la transition énergétique sans plus attendre. Cette transition doit être construite en cohérence avec 5 principes fondateurs, et selon 4 axes structurants.


Les 5 principes fondateurs

1. Réduire les émissions françaises de gaz à effet de serre. Les émissions mondi ales de GES ont atteint en 2011 leur plus haut niveau historique, et nous conduisent inéluctablement à une augmentation de la température supérieure à 2°C dans les prochaines décennies, et une succession de crises (écosystémiques, alimentaires, hydrologiques et de ressources). Sans attendre, la France doit s’engager dans une politique plus ambitieuse de réduction de ses émissions de GES visant un minimum de – 25% en 2020, et insistant tout particulièrement sur les mécanismes de réduction des émissions
du secteur diffus.

2. Engager une vraie politique de maîtrise de la demande énergétique. Pour répondre au minimum à l’engagement européen de réduction de la consommation d’ énergie primaire à hauteur de – 20% en 2020 comparativement au scénario tendanciel, elle doit se traduire par des objectifs sectorisés et territorialisés ambitieux. Elle doit assurer le développement de comportements de sobriété et de technologies d’efficacité énergétique adaptées.

3. Développer un modèle énergétique résilient et décarboné. Pour assurer la sécurité d’approvisionnement énergétique de notre pays face aux chocs géopolitiques et économiques, tout en assurant une juste réponse à l’enjeu climatique, la France doit impérativement se tourner vers des sources d’énergies à bas carbone et non dé pendantes d’importations de combustible énergétique. À ce titre, il sera indispensable de placer les énergies renouvelables au cœur de notre modèle énergétique.

4. Satisfaire les besoins énergétiques essentiels de tous. On estime aujourd’hui que près de 8 millions de Français, soit 13% de la population, se trouvent en situation de précarité énergétique, et ne peuvent pas assumer leurs factures d’énergie pour leur logement ou leurs transports. Parmi eux, plus d’1 million de très précaires ne peuvent plus satisfaire leurs besoins énergétiques essentiels. La transition énergétique doit permettre de lutter contre ce phénomène, en assurant un juste partage des ressources et un accès équitable à l’énergie pour tous.

5. Encourager un savoir – faire français et européen. Levier d’innovation, de prospérité et de création d’emplois non délocalisables, la transition énergétique française doit contribuer à l’émergence d’une véritable filière d’excellence industrielle en France et en Europe et aboutir à de nouveaux modèles économiques viables.

Les 4 axes prioritaires

Dans le respect de ces principes, la transition énergétique doit se structurer de façon cohérente autour de 4 axes prioritaires. De plus, le plan d’action global doit être coordonné tant du point de vue des échéances que des objectifs, garantir une visibilité et une stabilité à moyen terme et être soumis à un processus régulier et participatif d’évaluation et d’ajustement.

1er axe : Réformer la gouvernance de l’énergie

Le citoyen est aujourd’hui peu impliqué dans les choix énergétiques de notre pays.

Pourtant, ces derniers impactent notre mode de vie, nos habitudes, et l’ensemble de nos activités. Une réduction de notre consommation énergétique ne peut ni se définir ni se réaliser sans la participation et la compréhension de l’ensemble des citoyens français. En outre, l’acceptabilité sociale de projets énergétiques constitue également un des enjeux de la politique énergétique, aussi bien sur les infrastructures de production que sur l’évolution du réseau de transport et de distribution de l’énergie. La politique énergétique française doit donc se construire collectivement, en impliquant l’ensemble des parties prenantes, et les différents niveaux territoriaux, afin de garantir des solutions techniques optimisées et des transitions professionnelles sécurisées. Cela passe notamment par un important transfert de moyens et de compétences vers les instances locales et territoriales. Cette consultation doit être renouvelée à échéance régulière, aboutissant à une vraie décision politique faisant force de loi et un processus d’évaluation démocratique des mesures mises en œuvre.

2e axe : Promouvoir la fiscalité écologique

La fiscalité écologique, en donnant un signal prix, constitue un levier essentiel orientant efficacement les comportements et les investissements, vers une consommation énergétique maîtrisée. Pourtant, la fiscalité écologique représente aujourd’hui moins de 5% des prélèvements obligatoires, et la France se situe au 26e rang européen en la matière. Pour ne pas peser plus sur la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages dans un contexte d’austérité et de ralentissement économique, le développement de la fiscalité écologique doit se concevoir principalement comme une incitation, à l’image de la contribution climat énergie et de la tarification progressive de l’énergie, ou dans une dynamique de rééquilibrage de la pression fiscale de la production vers la pollution et les ressources. Cela implique aussi la suppression des niches fiscales dommageables à l’environnement qui, en maintenant un avantage compétitif aux secteurs les plus polluants, freinent l’essor des secteurs d’avenir.

3e axe : Investir en priorité pour la transition avec des financements innovants

La transition énergétique nécessite des investissements importants pouvant être mobilisés sur différents chantiers : anticipation, préparation et accompagnement des transitions professionnelles (métiers, compétences et qualifications) et soutien à la R&D ; rénovation des logements anciens ; développement de solutions collectives, individuelles ou partagées, assurant une mobilité sobre, économique et résiliente sur les territoires ; ou encore développement d’un modèle énergétique résilient et décarboné. L’argent public devra être mobilisé et, su r un mode similaire au plan Marshall, les banques publiques, telles que la Banque Européenne d’Investissements ou la future Banque Publique d’Investissements, devront générer des financements éco-conditionnés. Les capacités d’investissement des acteurs privés, ménages et entreprises, devront également être orientés vers ces projets, facilité par une fiscalité incitative incluant un signal prix sur le carbone, et du tiers financement.

4e axe : Faire progresser les normes et règlements

L’outil normatif et réglementaire permet d’assurer la transition dans un laps de temps maîtrisé. Annoncées, bien calibrées et utilisées à bon escient, les normes contribuent au développement des filières industrielles et artisanales adéquates. Le gouvernement doit donc assurer une anticipation des échéances réglementaires et normatives de la transition énergétique, notamment en ce qui concerne la performance thermique des logements, la performance énergétique des équipements et véhicules particuliers, ou encore la tarification progressive des énergies.

Ce changement de notre modèle énergétique doit avoir lieu maintenant, tant le paysage énergétique se pense et se réalise sur le long terme. Les unités de production et de consommation d’énergie qui constitueront notre univers en 2050 se construisent dès aujourd’hui. Ce sont les investissements des 10 prochaines années qui définiront notre modèle énergétique du XXIe siècle et notre capacité à répondre aux défis de notre époque, au bénéfice de la nature et des hommes.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par FNH

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