Notre production d’énergie éolienne sera décuplée d’ici 2015

Pour atteindre cet objectif, la France mise notamment sur le développement de son parc éolien dont le gisement considérable (le second en Europe) est évalué à environ 200 TWh (50 TWH en terrestre et 150 TWh en offshore), soit 40 % de la consommation électrique totale de le France prévue en 2020.

La France est ainsi le premier contributeur en Europe en matière d’énergies renouvelables (en incluant toutefois l’énergie hydroélectrique qui représente 90 % de la production d’énergie propre) et la production d’énergie éolienne devrait être décuplée d’ici à 2015 en France. Mais Xerfi souligne que cet essor de l’éolien en France soulève interrogations et incertitudes. Il fragilise, par la nature intermittente de sa production électrique, l’équilibre offre-demande d’électricité nécessaire au bon fonctionnement du réseau. Il suppose d’étendre et de renforcer le réseau électrique, et ne répond que partiellement aux insuffisances des capacités de production électrique.

Malgré le faible poids des énergies renouvelables (EnR) dans sa consommation électrique, la France est le premier producteur en Europe d’électricité « verte » du fait de l’importance de ses barrages et de ses centrales hydroélectriques. Elle tire en effet l’essentiel de sa production électrique du nucléaire, technologie qui n’émet pas de CO² mais qui pose néanmoins des problèmes de sûreté et de traitement des déchets.

La puissance installée devra ainsi être multipliée par 10 d’ici à 2015 pour atteindre 17 GW (contre 2,6 GW en 2007). Une croissance exponentielle qui va profiter à tous les acteurs de la filière : exploitants, fabricants, bureaux d’études, spécialistes du génie civil et du génie électrique. Le taux de croissance annuel moyen de l’éolien sera de 30 % par an entre 2007 et 2010 précise l’étude, mais quelles sont les grandes catégories d’opérateurs présents sur le marché ?

Les investisseurs tout d’abord, comme les banques qui ont engagé de nombreux investissements. Ainsi le Crédit Foncier dispose d’une structure dédiée au financement des énergies renouvelables (ENR), et notamment des parcs éoliens supérieurs à 5 MW. Le Crédit Agricole a, quant à lui, un fonds commun de placement à risques (FCPR), nommé « Capenergie », qui possède entre autres une participation dans la société Aerowatt.

Il faudra également compter avec les groupes de l’industrie (français ou étrangers) comme Areva (prise de participation dans le fabricant allemand Repower), General Electric (prise de participation dans Theolia, exploitant de fermes éoliennes) ou Alstom (rachat du fabricant Espagnol Ecotècnia) prennent pied dans l’éolien.

Le secteur éolien intéresse aussi les énergéticiens, qui peuvent être des producteurs et distributeurs d’électricité. Suez ou Total ont mis un pied dans les énergies renouvelables à coup d’investissements ou de rachats d’entreprises. Au-delà de la recherche d’une forte rentabilité et d’une vitrine « écologique », l’éolien se révèle être un relais de croissance pour ces intervenants. Il est en effet un complément à leur bouquet énergétique afin de se prémunir des risques liés à la raréfaction des énergies fossiles à moyen et long terme.

Enfin, dernier acteur d’envergure sur le marché de l’éolien : EDF. Électricité de France tire les mêmes avantages de l’éolien que ces concurrents directs comme Suez. A la différence notable que sa présence dans l’exploitation de fermes éoliennes a en partie pour objectif d’alléger la facture liée à l’obligation de rachat d’électricité.

Mais qu’en est-il de la rentabilité des investissements dans l’éolien ? Selon l’étude, le rendement du parc éolien français est assez faible et aléatoire, compris entre 14 % et 21 % pour la période 2001 à 2006. Mais ce rendement va augmenter à mesure que le parc va grossir et être disséminé sur l’ensemble du territoire. Grâce au système d’aide à la filière éolienne, le ratio moyen RN/CA des parcs éoliens atteint ainsi 17,3 %, un niveau largement supérieur à celui enregistré dans la production et la distribution d’électricité.

Selon Xerfi, ce système d’aide à la filière éolienne permet ainsi de rentabiliser ce mode de production L’analyse des comptes des fermes éoliennes implantées en France réalisée par Xerfi confirme les conclusions des business plans des professionnels. Le ratio RN/CA atteint ainsi 17,3 %, un niveau largement supérieur à celui enregistré dans la production et la distribution d’électricité.

Xerfi souligne enfin que l’extension du parc éolien terrestre français va être confrontée à un problème de saturation d’ici à 2015, comme c’est déjà le cas en Allemagne ou dans d’autres pays d’Europe du Nord. Mais c’est oublier qu’en France, le gisement de l’éolien "offshore" est encore plus considérable que celui de l’éolien terrestre et que, dans ce domaine, tout reste à faire.

Face au caractère aléatoire de l’énergie éolienne, les exploitants se diversifient dans d’autres modes de production d’électricité comme le photovoltaïque, l’hydraulique ou les technologies classiques. C’est cette stratégie que choisissent les opérateurs qui possèdent dans leur grande majorité un bouquet énergétique varié. Ce « mix-énergétique » permet ainsi de limiter les risques inhérents au fonctionnement des parcs éoliens.

Mais demain le couplage synergique entre l’énergie éolienne et le vecteur hydrogène et l’arrivée d’éoliennes géantes de 5 MW destinées aux parcs offshore, pourraient bien changer la donne énergétique et économique en permettant le stockage et l’utilisation différée de l’électricité éolienne. En Norvège, le projet d’aménagement hydroélectrique de l’île d’Utsira combine la génération d’électricité d’origine éolienne et la production et le stockage d’hydrogène afin de fournir aux insulaires, un approvisionnement stable en électricité propre.

En Espagne, dans le parc expérimental de Sotavento à Monfera devrait débuter très prochainement un autre projet visant à produire jusqu’à 60 Nm3/hr d’hydrogène en utilisant la production en trop d’énergie éolienne qui ne peut être transmise au réseau. L’hydrogène sera utilisé pour alimenter une génératrice à moteur à combustion interne, laquelle fournira ensuite de l’électricité au réseau électrique lorsqu’il n’y a pas de vent.

En Allemagne, le groupe énergétique EnBW va mettre en service une centrale de stockage par air comprimé, unique en son genre, d’ici 2011. Il s’agit d’une centrale à gaz modifiée, capable d’emmagasiner temporairement l’énergie sous forme d’air comprimé par injection, dans des réservoirs souterrains de formations géologiques diverses. L’énergie est restituée lors des périodes de forte ou moyenne demande. L’innovation technique du projet de EnBW consiste à récupérer la chaleur résultant de la compression de l’air en vue d’améliorer le rendement de l’installation qui atteint 70 %.

Pour intéressante qu’elle soit, l’étude de Xerfi sous estime, me semble-t-il, trois facteurs qui vont rendre rapidement l’utilisation à grande échelle de l’énergie éolienne bien plus compétitive que prévue : le progrès technologique qui va permettre la réalisation d’éoliennes géantes offshores de plus de 5 MW, bien plus rentables que les machines actuelles (chacune de ces machines pourra produire assez d’électricité pour alimenter plus de 4000 foyers), le couplage énergétique entre l’énergie éolienne et les autres sources ou vecteurs d’énergie propres, solaire, hydrogène et air comprimé notamment et enfin l’augmentation plus rapide que prévue du prix des énergies fossiles liées à l’explosion économique en Asie et à la nécessité de diminuer de façon drastique nos émissions de gaz à effet de serre pour limiter les effets désastreux du réchauffement climatique.

Alors qu’un nouveau rapport du GIEC, qui sera officiellement révélé en novembre, confirme que les hommes sont responsables, avec une probabilité de 90 %, d’un changement climatique majeur (Voir article dans notre rubrique Environnement) et prévient que le niveau des mers pourrait monter de 3m70 d’ici un siècle, nous devons savoir dépasser le cadre techno-économique actuel d’analyse de l’énergie éolienne pour adopter une vision plus prospective, plus audacieuse et plus globale qui nous conduit à affirmer que l’énergie éolienne jouera dans 20 ans un rôle de premier plan dans la production énergétique mondiale.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët

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