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Nucléaire: la grande claque d’Abu Dhabi

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Bien sur il allait y avoir de la concurrence. Les américano Japonais GE/Hitachi et Westinghouse/Toshiba, tous deux constructeurs de réacteurs mais qui jouaient dans la même catégorie que nous (Areva le constructeur de réacteur, GDF-Suez l’exploitant et Total, le débutant) avec notre EPR, les réacteurs de quatrième génération, bardés des dernières sécurité, peu consommateurs de combustible et peu producteurs de déchets. Et puis un "petit" d’un type différent, un exploitant, le Coréen Kepco (Korea Electric Power corp), l’EDF de Corée du Sud, qui exploite 20 centrales nucléaires mais qui ne disposait pas d’un réacteur de nouvelle génération avec les dernières avancées techniques disponibles en matière de sécurité.

Que croyez vous qu’il arriva ? Ce fut le petit qui gagna ! Et ce malgré l’engagement personnel de l’Élysée en la personne de Claude Gueant, son secrétaire général, et la sortie du chapeau en dernier ressort de notre exploitant national l’EDF.

Et maintenant, les raisons de cette claque retentissante à notre industrie nucléaire. Elles sont de divers ordres. D’abord il ne suffit pas (plus) d’accord politiques entre états pour "faire des affaires". Ensuite il faut écouter le client et répondre à ses besoins plutôt que de vouloir lui imposer un modèle qui est le notre. Le client agit en industriel. Il veut de la fiabilité telle qu’elle résulte de l’expérience prouvée du matériel en service d’abord et du savoir faire de l’opérateur tel qu’il peut se mesurer par des éléments d’exploitation industriel. Il veut un cout de construction le plus faible possible des centrales. Il veut enfin un cout de production aussi faible que possible de l’électricité.

Or qu’offrait l’équipage français ? Un réacteur en principe meilleur sur le plan de la sécurité mais un prototype seulement et dont l’expérience dans cette phase de construction est loin d’être convaincante. Il coutera finalement très cher à construire, demande un temps de construction pour l’instant très long par rapport aux réacteurs classiques. Et son logiciel de contrôle, de régulation et de sécurité pose pour l’instant problème. Le fait d’avoir deux réacteurs en cours de construction est finalement contreproductif.

Autre enseignement, c’est l’exploitant qui assurera la bonne marche des centrales pendant quarante ans qui apparait à l’évidence plus important que le constructeur du réacteur pour convaincre le client. Or GDF-Suez n’a pas fait le poids face à Kepco et même EDF n’atteint pas les performances de Kepco en terme de taux de disponibilité des centrales et surtout de cout de l’électricité produite. Rajoutez la dessus que Abu Dhabi souhaitait un seul interlocuteur et que nous lui en proposions quatre(!!) et la messe était dite.

Les choses qui n’ont par marché. L’assurance de la fourniture du combustible et de la reprise des déchets par Areva ne semble pas avoir été une considération importante dans le choix final. Or c’est un élement essentiel du "business model" d’Areva. L’avantage "sécuritaire" de l’EPR sur le réacteur classique de Kepco ne semble pas avoir été reçu comme tel par Abu Dhabi, en particulier sa capacité de résistance à la chute d’un avion.

Globalement, cela pose la question de l’approche "à la française". Si on n’arrive pas à vendre l’EPR aux gens les plus riches de la planète, à qui pourra t’on le vendre en effet. C’est mon expérience personnelle que les gens riches ne le sont pas par hasard et savent calculer. Peut être aurait il fallu et faudrait il désormais s’intéresser au cout de construction des EPR et au cout de production d’électricité ? C’est peut être là que le bât blesse, dans un pays ou le pouvoir politique ne réagit même pas à l’accroissement du cout de construction de l’EPR et où le prix du kWh est imposé au client.

Enfin peut être est ce Monsieur Proglio qui a raison sur le leadership à donner à l’exploitant sur le constructeur…

Une grande claque mais qui a le mérite de reposer la question de notre approche technique et commerciale dans le nucléaire

NB "On" avait pensé que le fond souverain d’Abu Dhabi pourrait, peut être entrer dans le capital d’Areva qui a d’énormes besoin de financement. Ca semble compromis pour l’instant.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange


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