Offre

Je voudrais bien m’acheter une voiture électrique, ou à défaut très peu polluante, mais les constructeurs ne m’offrent pas de produit de ce type là à des prix abordables. Le triangle environnement – économie – social se rappelle à notre souvenir. Allons au bout de ce raisonnement. Je veux pouvoir me passer de voiture, il me suffit d’en louer[2] une de temps en temps. Ce sera souvent un luxe. Vous connaissez tous la fameuse déclaration de Georges Pompidou, selon laquelle il faut adapter la ville à l’automobile. A cette époque, notre économie dépendait fortement du secteur de l’automobile, et il était bon de lui assurer un débouché aussi étendu que possible. Le service a donc été asservi à l’offre. La manière de répondre au besoin de mobilité a été retenue en priorité pour favoriser une forme de croissance économique. Un demi-siècle plus tard, le coût social, la dépendance[3] qui en résulte pour nos approvisionnements, la pollution et les accidents de la circulation amènent à remettre en question la politique retenue, et à créer une nouvelle offre de moyens de transports. Une offre diversifiée, qui répond mieux au besoin, aux contraintes économiques et environnementales.

Pareil pour l’énergie. Avant de chercher la meilleure dans des techniques rustiques ou sophistiquées, revenons à l’évidence, plus souvent évoquée qu’appliquée : la meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Vivre bien sans voiture est mieux que d’avoir besoin d’une voiture pour vivre bien, une maison très bien isolée vaut mieux qu’une batterie de capteurs solaires sur une passoire à calories. Et c’est moins cher. Faut-il encore que nos villes et nos maisons offrent réellement la possibilité de choisir la formule économique, que leur conception ne nous oblige pas à payer toujours plus cher un service finalement mal adapté à nos besoins. Le pouvoir d’achat et Grenelle ne sont pas destinés à s’opposer, leur alliance peut au contraire ouvrir des voies originales de progrès[4]. Il faut juste pour cela rééquilibrer le dialogue entre l’offre et la demande, ce qui est par essence la fonction d’un système économique qui marche bien.

La question du réchauffement climatique nous conduit à engager de toute urgence ce rééquilibrage, et de nombreux domaines seront touchés, de l’alimentation au logement, du transport à la santé. Un exercice somme toute salutaire, mais non exempt de dangers. L’envie de booster des solutions vertueuses peut accentuer le décalage entre le besoin et l’offre, laquelle est souvent marquée par une forte inertie. La compétence, le savoir-faire, ne se créent pas en un tournemain, et des aides trop généreusement attribuées pour des solutions sans offre à la hauteur conduisent à des errements bien connus. Une réponse bâclée, ne satisfaisant les exigences que dans la forme, et en définitive une déception générale accompagnée d’une baisse de la confiance, d’un découragement ; une hausse immodérée des prix, l’offre ne pouvant satisfaire la demande, ce qui entretien l’idée que l’environnement, c’est pour les riches. Le pire arrive parfois, avec une combinaison des deux effets, mauvais travail et très cher à la fois.

Les politiques de remise à niveau sont donc prises entre le feu de l’urgence d’un côté, et celui de la capacité de l’offre à évoluer rapidement. L’action sur l’offre est donc au cœur de ces politiques. Nous ne parviendrons pas au facteur 4, c’est-à-dire à diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre, sans une action puissante pour faire émerger une offre à la hauteur des enjeux. La synthèse Grenelle-Attali-pouvoir d’achat n’est pas une illusion, elle est la solution. Une solution exigeante, qui bouleverse des idées reçues, qui bouscule l’ordre établi et les relations traditionnelles entre les acteurs de la vie sociale, politique, économique.

Nous voilà donc revenus à la qualité de l’offre, établie en relation étroite avec les utilisateurs, remettant l’usage au cœur des politiques à toutes les échelles. La qualité ne se définit pas que du côté de l’offre, elle est le fruit d’un dialogue entre parties prenantes, y compris des acteurs périphériques, ni producteurs ni consommateurs, mais qui souffrent ou profitent de retombées, d’effets collatéraux. Gardons-nous des solutions toutes faites, des vérités qui s’apparentent à la pensée unique[5]. Un mode renouvelé et enrichi de création d’une offre ambitieuse doit être la marque du développement durable. Une offre construite collectivement et qui ne manquera pas de nous surprendre par sa modernité et son efficacité.

Notes :

[1] Achat, chronique du 03/12/2007
[2] Voir sur ce point la chronique Location, du 07/03/2006 et n°37 dans Coup de shampoing sur le développement durable, Editions Ibis Press, 2007 (www.ibispress.com)
[3] Dépendance, chronique du 04/10/2007
[4] Progrès, chronique du 02/10/2006
[5] Vérité, chronique du 10/10/2006 et n°79 dans Coup de shampoing, Unique du 06/12/2007

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Dominique Bidou

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