Production de biocarburants issus d’algues marines

Selon la Technology Review du M.I.T. du 22/02/08 qui a révélé cette découverte dans ces colonnes, le but principal de cette technologie serait " de produire rapidement des biocarburants très peu onéreux ".

La jeune compagnie Solazyme a récemment démontré l’efficacité de la technologie en la testant dans une voiture diesel et a annoncé en Janvier dernier avoir passé un accord de développement avec le géant américain Chevron. A la fin de l’année 2007, Solazyme avait obtenu une dotation de 2 millions de dollars de la part du National Institute of Standards and Technology pour développer un substitut pétrolier de synthèse à partir d’une huile brut alguale, et obtenir un bio carburant moins cher que les biocarburants du marché et que les carburants fossiles en général.

Cette nouvelle technologie en combine deux : l’une déjà bien connue et l’autre tout à fait innovante. La connue concerne l’exploitation des propriétés d’algues marines génétiquement modifiées. L’innovante pour ne pas dire la révolutionnaire concerne la méthode de croissance : en effet plutôt que de faire pousser cette algue dans des étangs à ciel ouvert ou dans des containers de plastiques à la lumière du soleil pour capitaliser sur la photosynthèse comme certains chercheurs ont commencé à le faire, Solazyme fait pousser ces microalgues dans l’obscurité la plus totale, à l’intérieur de gigantesques containers en acier hermétique à toute lumière. Plutôt que de permettre aux algues de tirer leur énergie du soleil, les chercheurs de Solazyme, en les plongeant dans l’obscurité, les forcent à tirer leur énergie des sucres de fermentation dont elles se nourrissent.

Les chercheurs de la compagnie ont découverts que lorsque les algues se nourrissaient ainsi de sucre de fermentation, leurs organismes convertissaient ce sucre en huiles de divers catégories. Selon Solazyme, les huiles ainsi extraites seraient capables de produire plusieurs types de biodiesel y compris des biocarburants pour l’aviation civile et militaire. Ces différents biocarburants sont obtenus à partir de différentes variétés d’algues et de microalgues marines (non citées par Solazyme). Certaines algues produisent des triglycérides similaires à ceux produits par le soja ; d’autres produisent un mélange d’hydrocarbures similaire au pétrole brut léger.

La technologie de Solazyme utilise les micro organismes d’origine marine pour convertir des sucres en huiles un peu à la façon des levures dans le procédé de conversion des céréales en éthanol. D’après le président de Solazyme et ingénieur de recherches Harrison Dillon, " les microalgues possèdent sur ses concurrents l’avantage de pouvoir opérer cette conversion à partir d’herbes ou même de copeaux de bois. Il faut savoir que le bois comme tout autre source de cellulose nécessite moins d’espace pour être produit et moins d’énergie que les céréales comme le maïs, source principale de bioéthanol aux USA ". Ceci dit, il faut préciser que dès l’on aborde la question de la production d’hydrocarbures à partir de sources cellulosiques, les données ont tendance à se compliquer : toxicité de la lignine sur certains micro-organismes et envolée de coûts de transformation.

Les détracteurs de la technologie présentée par Solazyme doutent qu’il soit possible de produire de cette manière un carburant qui finisse par être compétitif sur le marché des biocarburants actuels. Solazyme leur oppose que les résultats obtenus depuis les 18 derniers mois, l’ont largement convaincu que les quantités qui pourraient être produites permettront d’être compétitif. Et d’ailleurs Solazyme, à en croire Harrison Dillon, se dit être en mesure de " commencer la commercialisation de tels biocarburants d’ici 2 à 3 ans". Si ces propos se traduisent concrètement, cela signifie que, dans la course mondiale aux biocarburants issus de la biomasse marine, les Etats-Unis aurait pris une sérieuse longueur d’avance. Rappelons que la Chine a aussi annoncé l’année dernière la mise au point d’un biodiesel à partir de la biomasse marine.

L’Europe par le biais de l’Espagne et du Danemark, mène de nombreuses recherches similaires de même que la France, dont on ne sait, pour l’instant, presque rien de l’avancée des projets dans ce domaine.

Sources : Solazime/ Technology Review du Massachussetts Institute of Technology (MIT) du 22/02/08 / Photo : © Solazyme

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Francis Rousseau

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