Quels nouveaux leviers de croissance dans l’univers pétrolier ?

Les réductions de coûts et les préoccupations environnementales, qui ne cessent de croître depuis 10 ans, ont toujours été vues comme à l’origine de la baisse d’activité chez les industriels du pétrole.

Or si elles provoquent des fermetures de sites, elles ouvrent aussi de nouvelles opportunités de développement d’activités autour des sites – des forages aux plateformes off-shore, en passant par les raffineries.

Les services environnementaux liés au démantèlement ou à la réhabilitation des sites industriels représentent un marché important.

« Renforcé par les effets combinés des régulations environnementales et de la crise économique, le segment lié à l’industrie pétrolière continue de croître et atteint aujourd’hui une quinzaine de milliards de dollars (services eau, déchets et remédiation inclus). En effet, les politiques environnementales favorisent l’émergence de méthodes réfléchies de déconstruction et de réhabilitation des terrains, ce qui donne un nouveau tournant à la fermeture des sites de production pétrolière », précise Jean-Philippe Tridant-Bel, Directeur de la BU Energie-Environnement d’ALCIMED.

ALCIMED analyse ci-après le potentiel qu’offre la filière pétrolière sur ce sujet, de l’extraction de la ressource fossile jusqu’aux complexes de chimie de base, en passant par le raffinage.

Contexte : la multiplication des contraintes environnementales et financières
Jusque dans les années 1970, l’abandon d’un champ pétrolier revenait à la simple coulée d’un bouchon de béton dans les puits de pétrole. Si cette pratique persiste, des contrôles techniques ont été instaurés. De plus, plusieurs pays ont adopté des réglementations obligeant le démantèlement des structures annexes.

Ainsi l’étude de l’impact environnemental sur les terrains exploités et leur réhabilitation avant cession ont été réglementées, à l’exemple du « Comprehensive Environmental Response, Compensation and Liability Act » aux Etats-Unis. Les activités offshore sont régies par des conventions internationales ou des accords régionaux encadrant spécifiquement la fin de vie des opérations offshore, tels qu’OSPAR, UNCLOS et IMO. En outre, les campagnes d’exploration dans des territoires reculés à l’écosystème fragile nécessitent une prise en compte accrue des aspects environnementaux et une considération des problématiques de fin de vie par le biais d’études à long terme ; ce avant toute autorisation d’exploitation afin de limiter l’impact environnemental des projets.

A ce durcissement des réglementations environnementales s’ajoutent des contraintes financières toujours plus fortes : croissance en berne, des charges industrielles alourdies notamment par les normes, un marché du pétrole capricieux… La position industrielle de l’Europe est particulièrement fragilisée par le contexte économique et par ses engagements environnementaux plus forts que dans les autres pôles économiques mondiaux.

Les sites de forage : de nombreuses pistes à explorer pour les prestataires de services environnementaux et de démantèlement

Si de plus en plus de puits sont forés chaque année, le nombre de clôtures de sites de production arrivés en fin de vie s’accroît aussi. Contraints par les réglementations précédemment énoncées, les exploitants font appel à des prestataires de services pour le démantèlement et la réhabilitation environnementale.

« Sachant que des dizaines de milliers de puits sont fermés chaque année, dont quasiment les 3/4 aux Etats-Unis, le marché potentiel annuel mondial des services environnementaux de fin de vie des sites pétroliers on-shore avoisinerait le milliard de dollars », indique Swann Schoonenbergh, consultant au sein de la BU Energie et Environnement d’ALCIMED. Ce marché regroupe les prestations d’études, de réhabilitation (décontamination, excavation, re-végétalisation, traitement des eaux souterraines…) mais aussi de gestion et de valorisation des déchets issus du démantèlement (déchets de structures mais aussi déchets dangereux issus des cuves de stockage notamment).

En marge des activités d’exploitation, des initiatives sont lancées par des associations industrielles ou gouvernementales pour surveiller, évaluer et réhabiliter les sites de production historiques abandonnés avant la mise en place des cadres législatifs. Par exemple, l’Oklahoma Energy Resources Board, association américaine, met en place des programmes de réhabilitation des sites sur l’ensemble du territoire fédéral.

Les plateformes off-shore : démantèlement et reconversion

Les plateformes pétrolières sont elles aussi sujettes au démantèlement : il y a aussi dans ce cas un développement de nombreux services annexes. Le marché de prestation de services liés à la fermeture de sites d’extraction se démarque particulièrement en offshore avec un potentiel annuel mondial estimé à 7 milliards de dollars si l’on considère l’ensemble de la chaîne de valeur de la fin de vie des plateformes. « Seuls 40 %[1] de ce chiffre sont à imputer au démantèlement de plateformes à proprement parler, c’est-à-dire déconstruction en mer, transport à terre, collection et triage des matériaux, recyclage et mise en décharge », précise Swann Schoonenbergh. Le reste correspond aux opérations sous-marines, à la fermeture des puits et à la déconstruction du réseau de conduites.

Si les structures maritimes arrivant en fin de vie se situent majoritairement dans le Golfe du Mexique, la taille beaucoup plus imposante des plateformes de Mer du Nord rend le marché européen particulièrement attractif. En effet, si 80% des plateformes à démanteler sont sur le marché américain[2], les chiffres d’affaires des activités liées au démantèlement sont plus équilibrés avec 40 % en Amérique du Nord et 30 % en Europe.

Toutefois, le démantèlement n’est pas la seule option, même si le recyclage des matériaux est économiquement avantageux. Les Malaysiens par exemple réfléchissent à la conversion de plateformes pétrolières en centre de tourisme offshore[3].

Les raffineries et complexes pétrochimiques : après le démantèlement, la dépollution des sites

La sévère restructuration de l’industrie européenne du raffinage mène à un certain nombre de fermetures ou de reconversions. Sur 79 raffineries, 20 à 30 pourraient disparaître ou être refondues d’ici 2030-2040[4].

Les raffineries, complexes pétrochimiques et usines de chimie de base nécessitent une gestion avancée des activités de déconstruction et de réhabilitation. D’une part, les opérations de démantèlement sont complexes et de nombreux matériaux sont souillés, donc considérés comme déchets dangereux. D’autre part, les terrains sont contaminés par de nombreux types de polluants (métaux lourds, huiles, etc.) de manière plus ou moins profonde, même si de grands efforts ont été réalisés par les opérateurs pour limiter la pollution au cours de l’exploitation. En outre, il ne faut pas considérer ces opérations comme l’apanage de la gestion de fin de vie après fermeture d’un site. Au contraire, elles ont lieu tout au long de l’exploitation du site, lors de travaux majeurs, ou bien lors de la reconversion d’un site industriel.

« Tous ces nouveaux vecteurs de croissance pour les prestataires de services environnementaux pourraient profiter pleinement et en priorité aux Européens : parce qu’ils sont confrontés à des contraintes plus fortes, ils ont dû imaginer et mettre au point des services liés aux nouvelles vies des sites pétroliers », conclut Jean-Philippe Tridant-Bel.

Un surplus d’expérience et d’expérimentation en la matière qui reste à transformer en avantage concurrentiel. Des acteurs mondiaux tels que les entreprises françaises Suez Environnement et Veolia, ou bien régionaux à l’image des sociétés américaines Regenesis et canadienne enGlobe, se positionnent déjà.

[1] D’après AACE, Reverse Engineering Services et Oil & Gas UK
[2] Nombre de plateformes démantelées
[3] Decommissioning of Offshore Platform: A Sustainable Framework, MSSA Malaysian Structural Steel Association, 2014
[4] Les Echos, 18 avril 2015

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pierreerne
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Frédéric Bastiat est mort en 1850 après avoir écrit, dans le pamphlet “Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas” le chapitre “la vitre cassée”, dans lequel il montrait de façon très élégante qu’une vitre cassée, si elle donnait du travail au vitrier, n’était pas une chose rentable. En ce sens que M. Bonhomme qui était, dans son histoire, le propriétaire de la vitre, a peut-être donné l’argent de la nouvelle vitre au vitrier (c’est ce qu’on voit) mais du coup n’en a pas donné au cordonnier auquel il aurait sinon, acheté une paire de chaussures avec l’argent qu’il… Lire plus »
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