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Saga du gaz et rapports est/ouest: ca ne se simplifie pas

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L’approvisionnement de l’Europe en gaz se fait par gazoduc pour une faible part à partir des gisements de Groningue et de Mer du Nord en cours d’épuisement, encore par gazoduc pour toute l’Europe centrale et de l’est ainsi que pour l’Italie, et pour la France par un mélange d’approvisionnement par gazoduc mais aussi par importation de gaz liquéfié par bateaux méthaniers et dépôts gaziers côtiers à partir d’Algérie et du Golfe Persique. La Grande Bretagne, elle, consomme le gaz de la mer du nord mais commence à voir peu à peu son approvisionnement devenir plus problématique. Globalement, depuis ces dernières années, l’Europe et en particulier l’Allemagne qui prévoit toujours la fermeture de ses centrales nucléaires, est devenu très dépendante de la Russie et de sa compagnie nationale Gazprom.

Où donc trouver d’autre gaz? Vers la Caspienne et l’Asie centrale où le Turkménistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan voire au delà l’Irak et l’Iran sont des fournisseurs potentiels importants. D’où le grand ballet des gazoducs auquel nous avons assisté ces dernières années.

D’abord, il faut pour l’Allemagne conserver l’existant, la source de gaz russe.Et pour cela construire au nord le gazoduc qui sous la Baltique va amener le gaz directement de Russie en Allemagne sans traverser la Pologne où les ex républiques soviétiques. C’est le Nordstream en construction dont l’ex chancelier allemand Gerhardt Schrôder est d’ailleurs aux commandes de la société qui le construit. Dernier avatar de ce gazoduc sous la Baltique, l’arrivée potentielle de GDFSuez à son capital qui a valu à Messieurs Mestrallet et Cirelli les grands honneurs lors de leur visite récente à Moscou pour y rencontrer Vladimir Poutine et Gazprom.

A l’est par contre c’est la bagarre pour s’emparer et amener le gaz de la Caspienne. L’Union Européenne soutient la construction du gazoduc dit Nabucco qui contourne la Mer Noire par le sud via la Turquie pour ensuite remonter le gaz jusqu’en Europe Centrale. La Russie dont les liens avec les ex républiques soviétiques de la Caspienne restent très fort, a su obtenir la commercialisation exclusive du gaz turkmène en l’évacuant le long de la Caspienne vers le nord et la Russie puis en le réexportant vers l’Europe Centrale et jusqu’en Italie par le gazoduc dit South stream.

Reste à financer tout cela car un gazoduc comme le South Stream ou le Nabucco qui s’étendent sur plus de 3300 km coute quand même environ 8 milliards d’euros. Pour le South stream, c’est Gazprom et la société nationale italienne, ENI qui financent avec des participations diverses des pays traversés. Pour Nabucco à l’origine duquel on trouve la Turquie, le financement a enfin été trouvé en un savant partage entre sociétés pétrolières pour 30 pct et les états européens pour les 70 % restant.

Reste à trouver les fournisseurs de gaz pour alimenter le tuyau qui doit transporter 31 milliards de m3 par an en Europe. Et comme je vous l’ai dit plus haut, la Russie et Gazprom ont en quelque sorte préempté le gaz turkmène et kazakh. Plus récemment encore, Gazprom a encore fait le même coup en obtenant de l’Azerbaïdjan un accès prioritaire au plus grand gisement de gaz du pays à mettre en exploitation, Shah Deniz, en bons commerçants et politiques, tous ces pays assurent néanmoins qu’il y aura assez de gaz pour alimenter les deux tuyaux !

Au milieu de tous ces pays candidats fournisseurs, on trouve…le Kurdistan, un peuple non arabe et non turc, à cheval sur les deux pays, vivant sous le joug de leurs pouvoirs centraux et qui voient une occasion historique avec la situation en Irak de prendre son indépendance, son pétrole et son gaz sous le bras! Plus loin encore l’Iran qui cherche sa voix à l’heure actuelle.

C’est dire que la saga du gaz est loin d’être terminée et que cet article n’en est qu’un petit chapitre.

Signalons enfin la poursuite du développement des bonnes relations germano russe avec la visite récente de Medvedev à Munich. Pour y discuter de sujets plus industriels que le pétrole ou le gaz mais qui créent des liens néanmoins. En l’occurrence, il s’agissait de la prise de participation de la banque russe Sherbank au coté du canadien Magna pour reprendre …Opel, un sujet forcement important pour Angela Merkel en cette période préélectorale. Autre signe important du renouveau de cette amitié industrielle en cette année d’anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop le renversement des alliances dans le nucléaire et le la chage d’Areva par Siemens au profit de Rosatom.

C’est dire que dans l’Union Européenne, tous les pays semblent jouer leur jeu indépendamment les uns des autres. Triste tout de même….

A suivre

NB:Coté francais, outre la prise de participation éventuelle de GDF Suez dans le Nordstream, signalons que le très gros terminal méthanier qu »EDF envisageait de construire à Dunkerque a obtenu son permis de construire. Par contre celui de Fos sur Mer( GDFSuez) a été annulé…
Signalons également que la Commission Européenne est arrivé à un accord avec l’Ukraine pour l’aider à payer son gaz à Gazprom. Ouf nous aurons du gaz cet hiver !

[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange


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