UFE : “Transition énergétique, levons quelques malentendus” (Edito)

La position des électriciens est souvent caricaturée dans le DNTE*. Levons donc quelques doutes. En repartant de plusieurs principes fondamentaux largement partagés, l’UFE** souhaite les remettre en perspective, à la fois sur les plans cli-matique, économique, et géopolitique, mais aussi en termes de cohérence d’ensemble de la démarche..

Ainsi, nul ne conteste l’urgence de l’enjeu climatique. Mais cette urgence est mondiale. La France ne pèse que 1% des émissions mondiales de CO2. Elle émet deux fois moins de CO2 que l’Allemagne par exemple, souvent citée comme en avance par rapport à notre pays. Le Facteur 4 en France, qui est un objectif national, consiste à économiser, d’ici à 2050, 300 MT de carbone, soit l’accroissement en 7 mois des émissions carbone de la Chine. Si la France doit donc agir, elle doit surtout se mobiliser pour obtenir l’aboutissement d’un accord mondial tout en se donnant le temps de mettre en place des politiques appropriées. Il faut éviter que le zèle hexagonal aboutisse à se créer un handi-cap concurrentiel et économique supplémentaire par rapport à d’autres continents qui peuvent annihiler en quelques mois un effort français de plusieurs décennies.

De même, nul ne conteste l’enjeu géopolitique et financier que constitue la dépendance au pétrole responsable de 70% du déficit commercial de la France et de 61% des émissions de carbone de notre pays. Mais la priorité n’est pas d’engager avec le même effort une lutte contre toute consommation d’énergie. Elle est de réduire notre dépendance au pétrole. Alors que le sec-teur des transports représente 42% des émissions de pétrole en France, l’essentiel des regards s’est concentré sur le bâtiment, responsable de 31% des émissions.

Nul ne conteste, non plus, la nécessité d’être plus efficace dans l’usage de l’énergie
. Mais cette politique a un coût. Pour économiser 1 TWh d’énergie, on peut dépenser 1 MM€ comme en dépenser 4 MM€. Il s’agit, donc, là encore, compte tenu de la rareté du capital en France, de cibler, en priorité, les me-sures les plus efficaces, celles qui, pour les entreprises comme pour les particu-liers, ont le meilleur temps de retour sur investissement, et économisent le plus de carbone émis. De surcroît, l’idée qui consiste à laisser croire que les éco-nomies d’énergie dégageraient automatiquement du pouvoir d’achat est, en réalité, une « illusion ». Ces économies d’énergie, il faut d’abord commencer par en financer la mise en œuvre et le coût peut être disproportionné par rap-port aux économies réalisées, et conduire à détruire, ainsi, de la valeur. Quant à la sobriété énergétique, elle renvoie à un changement profond de mode de vie, voire de société. Un tel changement ne peut se décréter, et miser sur celui-ci pour réussir la transition énergétique serait imprudent, pour ne pas dire irresponsable.

Corréler capacité de production et demande

En matière d’énergies renouvelables, nul ne conteste la nécessité de développer l’éolien, le solaire, la biomasse et l’hydraulique qui disposent d’un potentiel de développement. Mais pas à n’importe quel prix, ni n’importe comment.

La capacité de production du solaire et de l’éolien doit se faire en accompagnant la croissance de la demande d’électricité, vecteur d’une économie de plus en plus numérique et dé-carbonée.

Développer les ENR en remplacement du nucléaire est une impasse sur le plan climatique, et un non-sens sur le plan économique. Sur ce dernier point, il faut mettre en place des mécanismes de soutien aux ENR qui diminuent progressivement, puis s’arrêtent lorsque ces énergies sont matures, alors qu’actuellement, le coût du soutien ne cesse de croître. Il pourrait atteindre, selon la CRE, 30€/MWh dans les années qui viennent. Il s’agit d’insérer, à terme, les ENR dans les mécanismes de marché, sans distorsion de concurrence. Et, au-delà, nous devons aussi développer les réseaux, tant au niveau européen que français, pour bénéficier des indispensables complémentarités climatiques (ensoleillement, vent) entre régions, entre Etats. Nous devons préserver et, si nécessaire, développer les moyens de production thermique dont nous avons besoin pour compenser l’intermittence des ENR, grâce à un market-design approprié. Il s’agit, enfin, de développer le stockage de l’électricité de manière massive. Mais faire tout ceci, dans l’urgence, n’a pas de sens en France compte tenu de son avance sur le plan climatique.

Créer des filières industrielles françaises ou européennes est une priorité qui doit précéder le développement de nou-veaux outils de production, comme cela a été illustré par les appels d’offres sur l’éolien Offshore. Sinon, l’effet Keynésien profite à la Chine, tel que l’a rappelé dernièrement le débat sur l’importation de panneaux solaires.

Ajoutons un point de réalisme : la création de champions au niveau européen ne passera pas par des décisions étatiques. L’Allemagne n’est pas sur cette logique. Créer un EADS de l’énergie, un Airbus de l’éolien, un Eurocopter du solaire, ne peut venir que d’une alliance entre industriels.

** UFE : Union Française de l’Electricité
* Débat national sur la transition énergétique

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30 Commentaires sur "UFE : “Transition énergétique, levons quelques malentendus” (Edito)"

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Propv
Invité

Nul ne conteste non plus qu’il n’y a rien de ce texte rédigé par des personnes qui ne veullent que rien ne change, car ils se considèrent comme les meilleurs, et surtout pas leur position de dominants !

Bachoubouzouc
Invité

“Nul ne conteste non plus qu’il n’y a rien de ce texte rédigé par des personnes qui ne veullent que rien ne change, car ils se considèrent comme les meilleurs, et surtout pas leur position de dominants !” Et bonjour le procès d’intention… Qu’est-ce qui se passe, Propv, vous avez peur des remarques de bon sens de l’UFE ?

Yolo
Invité

Surtout n’encourageons pas les économies d’énergie, on serait obligés de fermer des centrales nucléaires …. la galère …

Yolo
Invité

Surtout n’encourageons pas les économies d’énergie, on serait obligés de fermer des centrales nucléaires …. la galère …

Bachoubouzouc
Invité
“Surtout n’encourageons pas les économies d’énergie, on serait obligés de fermer des centrales nucléaires …. la galère …” L’UFE dit : “Nul ne conteste, non plus, la nécessité d’être plus efficace dans l’usage de l’énergie. Mais cette politique a un coût. Pour économiser 1 TWh d’énergie, on peut dépenser 1 MM€ comme en dépenser 4 MM€. Il s’agit, donc, là encore, compte tenu de la rareté du capital en France, de cibler, en priorité, les me-sures les plus efficaces” Où est le problème ? La remarque de l’UFE ne vous semble pas de bon sens ? Qu’est-ce qu’il y a… Lire plus »
Luis
Invité
¤ Si l’on suit le raisonnement du lobby de l’électricité traditionnelle, il faudrait établir un mécanisme de soutien aux nouveaux réacteurs nucléaires comme l’EPR. Comme les anglais. Avec un coût de production autour de 105 à 110 €/MWh, soit le double du prix de base moyen du marché, ces nouveaux réacteurs ne sont pas économiquement viables a eux seuls. Pour la prétendue évidence “de l’enjeu climatique”, sous-entendu le blabla sur le CO2, cela est de moins en moins évident avec l’arrêt de l’augmentation de la température globale depuis 15 ou 17 ans (selon les sources, et même 18 ou 23… Lire plus »
Nicias
Invité

Vous préférez rester dans votre petite bulle parano Un parano, j’en voie un gros qui a compris que le texte parlait de subventionner le nucléaire… n,

jipebe29
Invité

“Ainsi, nul ne conteste l’urgence de l’enjeu climatique.” Tiens donc, et la plateau de T depuis 1997, est-ce dans la droite ligne de l’urgence climatique?

jipebe29
Invité

“De même, nul ne conteste l’enjeu géopolitique et financier que constitue la dépendance au pétrole” Et nul ne conteste que les EnR ont pour dommages collatéraux la perte de pouvoir d’achat des ménages, la perte de compétitivité de nos entreprises, et l’augmentation de notre dette souveraine, non?

jipebe29
Invité

“… 61% des émissions de carbone de notre pays” Je ne savais pas que nous émettions du carbone… Si tel était le cas, cela ferait peut-être de très gros terrils en sus chez les ch’tis? Alors que le gaz triatomique CO2, inodore, incolore et sans saveur, indispensable à toute la chaîne de la Vie, n’est PAS un polluant… et son action présumée sur Tglobale est une hypothèse non prouvée, réfutée par les données d’observation et diverses publications de physiciens…

Pas naif
Invité
.. dès qu’on touche d’un poil de réalisme leur credo renouvelable. Celui-ci n’est plus du tout “sauver la planète du CO²” mais à tout prix faire du renouvelable à l’allemande. On sait où ça mène: au mur. La marche politique forcée du tout renouvelable erratique produit déjà des situations et besoins nouveaux déjà visibles: 1- Les CCG qui étaient idolâtrées des écolos comme étant la panacée pour complémenter les variations de leurs chéries, ne sont plus rentables et leurs propriétaires les ferment à vitesse grand-V; Alors où ces idéocrates vont-ils trouver le back-up nécessaire? 2- La ridicule priorité absolue donnée… Lire plus »
Sicetaitsimple
Invité

Vous avez raison. D’ailleurs ne vous en faites pas , d’ci 2022 l’Allemagne ( car nous parlons de l’Allemagne) devrait fermer env. 8000MW de nucléaire, ce qui toutes choses égales pas ailleurs devrait réduire les épisodes de prix négatif …et augmenter la production de fossiles.

Gustave
Invité
Les questions qui opposent souvent les partisans d’un côté ou de l’autre sont tournées autour du cabone/cout/part du nucléaire/sureté. Soyons transparents et considérons objectivement le problème: – La surêté est un argument central dans les opposants du nucléaire. Et c’est à mon avis sur cet unique argument que devrait appuyer les opposants du nucléaire. – Pour ce qui est des autres élements, la singularité française tant sur les couts de production, que sur le carbone, devraient plaider pour du nucléaire. En effet, si nous étions garantis de la sureté de la production d’origine nucléaire, nous serions très compétitifs et nous… Lire plus »
Yolo
Invité

Il devrait être interdit de continuer à utiliser une technologie dont on n’a toujours pas trouvé de solution au problème des déchets malgré une réflexion de plus de 30 ans… Pourquoi ne pas signaler dans le débat que l’O² est un gaz à effet de serre encore plus puissant que le CO²? Que dire alors de ces milliards de m3 d’eau qui s’évaporent des centrales, épuisent nos ressources (2003 le pb sécheresse a failli faire arrêter des centrales !) et réchauffent allègrement notre atmosphère sans passer par la case carbone ???

Nicias
Invité

Vous confondez l’oxygène que l’on respire avec l’ozone (O3). Les molécules diatomiques ne sont pas des gaz à effet de serre. Que dire alors de ces milliards de m3 d’eau qui s’évaporent des centrales, épuisent nos ressources L’eau c’est du renouvelable, si on ne pompe pas l’eau d’un fleuve, elle finit dans l’océan. Quand ça s’évapore, ça finit sous forme de pluie plus tôt que tard. Les histoires d’économie d’eau sont encore plus stupides que les histoires d’économie d’énergie.

Bachoubouzouc
Invité
“Il devrait être interdit de continuer à utiliser une technologie dont on n’a toujours pas trouvé de solution au problème des déchets malgré une réflexion de plus de 30 ans…” D’une part, il est mensonger de dire qu’il n’y a pas de solution aux déchets nucléaires : Il y a Cigéo, qui est en débat avant (si tout va bien) construction. Vous allez me dire que ce n’est pas une solution, mais il va falloir argumenter (précisemment)… D’autre part, si on devait interdire une technologie faute de solution pour ses déchets, alors que dire des fossiles ? Allez vous interdire… Lire plus »
Bachoubouzouc
Invité
“du vrai problème qui a est et a toujours été l’économie.” Et d’une seule phrase, Chelya “oublie” notre parc nucléaire, qui fournit de l’électricité à un prix particulièrement compétitif. “Les centrales nucléaires sont horriblement cher à financer, à construire et à assurer.” Pourtant les derniers chiffres qui nous arrivent de Londres nous donnent un MWh éolien onshore à un prix sensiblement identique au MWh nucléaire… “Même chose sur l’argument de la série : un réacteur nucléaire de série : ça n’existe pas et ça n’a jamais existé.” Ah bon ? Que dire alors du palier CP1, dont on a construit… Lire plus »
Yolo
Invité

Les histoires d’économie d’eau sont encore plus stupides que les histoires d’économie d’énergie selon vous cette vapeur d’eau ne participe pas au réchauffement climatique ? …

Yolo
Invité

D’autre part, si on devait interdire une technologie faute de solution pour ses déchets, alors que dire des fossiles ? Allez vous interdire la bagnole, les centrales au charbon, au gaz ? Interdire, non, mais limiter, trouver des solutions durables, recyclables, penser aux générations futures… simplement un peu d’altruisme et d’empathie…

Yolo
Invité

D’autre part, si on devait interdire une technologie faute de solution pour ses déchets, alors que dire des fossiles ? Allez vous interdire la bagnole, les centrales au charbon, au gaz ? Interdire, non, mais limiter, trouver des solutions durables, recyclables, penser aux générations futures… simplement un peu d’altruisme et d’empathie…

Nicias
Invité
Ce n’est pas selon moi, c’est l’opinion de tous les climatologues. La vapeur d’eau jetée dans l’atmosphère par les usines est minuscule par rapport à ce qui est déjà dans l’atmosphère. D’autre part le cycle de l’eau est très court et en quelques jours elle retombe sur terre. Le problème de l’eau mis en avant par les climatologue est différent. La quantité d’eau que l’atmosphère peut contenir sous forme de gaz est proportionnelle à la température (d’où la rosée du matin). Une atmosphère plus chaude contiendra (peut-être) plus de gaz eau qui absorbe les infra-rouge. En gros, c’est 1/3 du… Lire plus »
Nicias
Invité
Le seul problème réel est la pollution, le reste le marché peut s’en charger (si besoin en lui donant une longue vue). Pricing Externalities through the Tax System Four Key Advantages 1. Cost Effectiveness An emission tax system minimizes the social cost of achieving an abatement target. The technical term here is the “equimarginal criterion”. Different polluters face different costs of reducing emissions. Unlike standards, emission charges automatically allocate abatement activity among polluters in such a way as to minimize the cost to society of the environmental improvement. For industries with wide variations in technology, age of plant, scale of… Lire plus »
Bachoubouzouc
Invité
@ Chelya “Si le nucléaire était compétitif en France, Fitch et Moodys n’auraient pas mis EDF sous perspective négative” D’une part je vous rappelle que les strike price de l’éolien onshore anglais seront au même niveau que ceux de l’EPR tête de série. C’est déjà un indice… D’autre part la rentabilité du nucléaire n’a pas grand chose à voir avec celle d’EDF, puisque Moodys dit lui même : “Fitch a justifié sa décision dans un communiqué par des craintes que les augmentations futures des tarifs réglementés du géant de l’électricité ne suffisent pas à maintenir ses niveaux d’endettement aux niveaux… Lire plus »
Sicetaitsimple
Invité

“La nouvelle phase d’allocation de CO2 donnent des quotas en fonction de la production de l’année précédente donc les opérateurs de centrales charbon forcent la production de leur centrale” Il va falloir remettre à jour vos fiches, comme dirait quelqu’un.. Depuis Janvier 2013, il n’y plus d’allocation de quotas à tel ou tel producteur, c’est achat aux enchères ou sur les marchés ( on parle des producteurs d’électricité, il y a juste quelques systèmes de transition pour certains “récents entrants” dans l’UE.

Sicetaitsimple
Invité

“La nouvelle phase d’allocation de CO2 donnent des quotas en fonction de la production de l’année précédente donc les opérateurs de centrales charbon forcent la production de leur centrale” Il va falloir remettre à jour vos fiches, comme dirait quelqu’un.. Depuis Janvier 2013, il n’y plus d’allocation de quotas à tel ou tel producteur, c’est achat aux enchères ou sur les marchés ( on parle des producteurs d’électricité, il y a juste quelques systèmes de transition pour certains “récents entrants” dans l’UE.

Dan1
Invité
A Yolo. “Arguments nucléaires Il devrait être interdit de continuer à utiliser une technologie dont on n’a toujours pas trouvé de solution au problème des déchets malgré une réflexion de plus de 30 ans…” Ah bon, et pourquoi serait-ce un argument spécifiquement nucléaire ? Vous avez trouvé une solution pour les déchets rejetés par les centrales thermiques dans le monde (plus de 40% d’électricité au charbon) ? “Que dire alors de ces milliards de m3 d’eau qui s’évaporent des centrales, épuisent nos ressources (2003 le pb sécheresse a failli faire arrêter des centrales !) et réchauffent allègrement notre atmosphère sans… Lire plus »
Sicetaitsimple
Invité

Comme vous êtes le roi de l’affirmation non-sourcée, on va vous prier de nous en fournir une ( source). N’est-ce pas?

Sicetaitsimple
Invité

Allez, pour vous aider! Dites donc, en une semaine: – que “le Danemark ce serait pareil sans interconnexions” – que “l’Allemagne envisage de fermer ses interconnexions” -et maintenant un truc pas clair et de toutes façons faux sur les quotas de CO2, pour un fin connaisseur du secteur vous me paraissez quand meme un peu limité! Bon, c’est le principe du troll, affirmer en espèrant ne pas être contredit… PS: si vou voulez je peux remettre les liens sur les deux sujets précédents mais ça ne va pas apporter grand chose….

Dan1
Invité

Pour ceux qui s’intéresse objectivement à la consommation d’eau des centrales nucléaires, une information ou une piqure de rappel : Et c’est vrai qu’en ce moment, en France, le danger est grand de manquer d’eau et qu’il n’est pas inutile de lancer un débat sur la sécheresse qui est la préocupation première des Français.

Sicetaitsimple
Invité

La grosse difficulté du diplôme Google, c’est qu’il faut savoir lire et écrire. Au contraire, le diplome “café du commerce” ne demande que de savoir parler. Exemple:”La question de la référence sur la Best Available Technique est tout à fait vrai”. Patron, vous remettez ça”. Si c’est tout-à-fait, on ne voit vraiment pas pourquoi on voudrait en savoir plus….Même si c’est tout-à-fait faux.

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