Une bactérie qui dégrade 80% de la biomasse végétale industrielle

Dans le cadre du programme DEINOL, des équipes de recherches sont parvenues à isoler et à optimiser une souche de bactérie "déinocoque" capable de produire de l’éthanol à partir d’une biomasse végétale industrielle, à base de blé.

Les enjeux du bioéthanol sont doubles aujourd’hui. Premièrement de le produire à partir de biomasse pour ne pas choisir entre du carburant ou de la nourriture. D’autre part de produire du bioéthanol de 2ème génération à moindre coût dans un contexte d’augmentation des prix de près de 20%.

Avec un titre en alcool supérieur à 3%, DEINOL dépasse le seuil fixé par ce jalon qui a pour objectif final de faire la preuve du concept. En effet, l’intérêt industriel majeur de la solution DEINOL réside dans la capacité des bactéries déinocoques à dégrader les déchets verts complexes en sucres simples puis à les convertir en éthanol, le tout en une seule opération et sans additif (de type enzymes, levures, antibiotiques ou antiseptiques).

Ce succès d’étape s’est traduit par le versement de la troisième tranche du financement OSEO accordé au projet DEINOL dans le cadre du Programme ISI (Innovation Stratégique Industrielle), soit 1,15 million d’euros versé à la société Deinove. Au total, le projet a reçu 4,5 millions d’euros d’aides sur l’enveloppe globale de 8,9 millions d’euros accordée par OSEO.

Alors que la production de bioéthanol est aujourd’hui limitée à la biomasse alimentaire et utilise des procédés anciens impliquant des étapes multiples et la fermentation à l’aide de levures, le procédé « tout en un » d’usine bactérienne fondée sur le "déinocoque" ouvre la voie à l’exploitation de la biomasse non-alimentaire (déchets de la filière agricole, biomasse végétale…) et à des procédés plus efficaces, plus propres et moins couteux.

« Au-delà du financement qu’il nous assure, ce résultat confirme l’intérêt de notre technologie de pointe pour transformer la biomasse en produits énergétiques et industriels. Il s’agit d’une première mondiale technologique dont nos équipes et nos partenaires peuvent s’enorgueillir : la bactérie déinocoque que nous avons optimisée s’est révélée non seulement capable de dégrader 80% de la biomasse végétale industrielle mais aussi de produire des quantités de bioéthanol conformes à nos ambitions » a souligné Jacques Biton, Directeur Général de Deinove.

Et d’ajouter : « Nous entamons une nouvelle phase du projet, confiants à la fois dans notre capacité à atteindre les performances requises pour la phase finale d’industrialisation de DEINOL, et dans la diversité des champs d’applications de nos micro-usines bactériennes. »

« La filière du bioéthanol est résolument en marche vers la 2ème génération mais elle reste encore dans l’attente de son standard de production » a rappelé Philippe Pouletty, Co-fondateur et Président du Conseil d’Administration de Deinove. « Les résultats de DEINOL démontrent que Deinove, et avec lui son partenaire industriel TEREOS, sont à la pointe de cette course mondiale au standard et que ce procédé novateur pourrait offrir demain à la France l’opportunité de renforcer sa position sur ce marché crucial pour l’avenir. »

Suite à cette annonce, le cours de la société biotechnologie Deinove s’est littéralement envolé (+56,79%), passant de 8,10 euros la veille à 12,70 euros hier en clôture.

 

DEINOL, une rupture technologique

En améliorant considérablement les performances économiques et écologiques de leurs installations, la solution DEINOL devrait offrir aux industriels de la filière du bioéthanol cellulosique de nombreux avantages compétitifs :

Un procédé stable et reproductible : une fois dans le fermenteur, les bactéries conservent leurs propriétés car leur génome reste stable du fait de leur propriété intrinsèques mais aussi grâce à l’approche de DEINOVE qui vise à guider la nature plutôt que la modifier. Dotées d’une grande robustesse, elles tolèrent également les stress physique et chimique qu’elles pourront rencontrer au cours du process industriel.

Un procédé haute température
: la souche bactérienne est capable de transformer la biomasse entre 40 et 60°C, des températur es inaccessibles aux procédés actuels (qui travaillent à 35°C et imposent de refroidir, à coût élevé, les réacteurs et de prévenir les contaminations microbiennes qui surviennent à ces températures à l’aide d’antibiotiques).

Une solution tout-en-un
: la souche de déinocoque optimisée est multi-fonctionnelle, assurant successivement 1/ la dégradation des différents composants riches en sucres et en carbone de la biomasse végétale puis 2/ la fermentation alcoolique, sans l’aide d’additifs.

Une solution ouverte
: au delà de l’amidon, les bactéries déinocoques de DEINOVE sont actuellement capables de digérer la cellulose et l’hémicellulose, ouvrant la voie à l’utilisation massive de biomasses végétales non alimentaires.

Une mise en œuvre simple et rationnelle : le procédé peut être mis en place sur des installations industrielles existantes, sans nouvel investissement majeur.

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3 Commentaires sur "Une bactérie qui dégrade 80% de la biomasse végétale industrielle"

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Lionel_fr
Invité

ça a l’air appétissant sur le papier, le déploiment est pour quand ? Je trouve amusant que le blé fournisse le pain et le vin ou plutot la gnôle pour charger l’image.. Plus concrètement, tout ce qui fait de l’ethanol un carburant viable est une bonne nouvelle pour nos bronches ! la combustion de l’alcool reste la plus inofensive après l’hydrogène. Merci à l’atome d’oxygène qui compose sa molécule au grand dam des automobilistes à qui il supprime 25% de l’autonomie d’un plein pour le plus grand plaisir des riverains qui respireront mieux et vivront plus longtemps…

Pastilleverte
Invité

“à base de blé” précise le titre. heureusement, c’est apparemment à base des déchats du blé…. Dans ce cas, oui, bonne nouvelle… à suivre … à quand le déploiement “industriel” ?

michel123
Invité

produire une solution à 3° alors que les fermentations classiques donnent jusqu’à 15° necessitera une concentration pour élever le degré jusqu’à 99%. Elever le degré d’alcool utilise toujours (je pense) l’évaporation différentielle pour séparer eau et alcool et reste trés énegivore.

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