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Il est vrai que le terme est maladroit, mais comment résumer tant d’exigences en une seule expression ?

Le quartier. Un nouveau quartier n’a pas de sens en soi. Ce n’est qu’un morceau d’une ville, d’une agglomération, au sens bassin de vie plutôt qu’administratif. C’est à cette échelle que le quartier doit manifester ses vertus écologiques. Il y a bien des manières de le faire, mais il faut le vouloir, et non se regarder le nombril en cherchant un optimum au sein d’un périmètre étroit. C’est le « programme » d’un nouveau quartier qui répond à cette exigence. Comment le nouveau venu va-t-il compléter la ville existante, à quels besoins particuliers doit-il répondre pour améliorer les conditions de vie de ceux qui sont déjà sur place ? Un éco quartier n’est pas un être à part, il s’inscrit dans un tissu, avec ses caractéristiques, ses projets, sa population. Il offre aussi l’occasion de faire bouger le reste de la ville : nouvelles techniques, nouveaux services, vitrines d’un possible auquel l’ancienne ville n’aurait pas pensé, ou dont elle n’aurait pas osé rêver. Intervention sur un quartier, mais influence sur toute une ville, le mot quartier ne doit pas restreindre le champ de la pensée.

Eco, pour écologique. Nous voilà avec une belle panoplie de techniques écologiques. Pour les maisons, d’abord, à basse consommation d’énergie, en attendant celles qui produiront plus d’énergie qu’elles n’en consommeront. N’oublions pas les autres qualités d’une maison, la qualité des ambiances et les garanties pour la santé. Quittons les maisons. Les rues, les espaces publics, les infrastructures sont sollicitées. Pour des réseaux de toutes sortes, chaleur et froid, eau et assainissement, déchets, télécommunications, transports. Les formes urbaines, l’organisation de l’espace, les hauteurs d’immeubles, constituent une autre famille d’enjeux forts : en dépendent largement la diversité biologique, qui a toute sa place en ville, le besoin et les types de transports, le micro climat local et la dispersion de la pollution atmosphérique que nous n’aurons pas su éviter, la concentration des eaux de pluie, et leur stockage éventuel, pour parler d’éléments techniques, auxquels il faudrait ajouter le paysage et les ambiances vécues, l’accès aux services publics et aux commerces, et bien d’autres choses encore.

Les techniques de l’écologie et de l’énergie sont en progrès rapide, et il serait bien dommage que les éco quartiers n’en soit pas la vitrine et le lieu idéal de mise en œuvre. Mais ne nous laissons pas aveugler par la technique. Ce qui doit être écologique, ce n’est pas le quartier ni même la ville, mais le mode de vie de leurs habitants. La technique n’en est que le support matériel. C’est très important, et il ne faut pas se tromper, car ce support est là pour longtemps. Il engage l’avenir, mais ce n’est pas la finalité du projet. On a parfois l’impression que les éco quartiers sont des assemblages de procédés et de matériaux performants. Il faut aller au-delà, c’est la vie des gens, et leur capacité à créer des valeurs économiques et sociales, qui est l’objectif véritable. On ne construit pas une maison pour faire des économies d’énergie, mais pour offrir à ses futurs habitants un cadre de vie agréable, sain, propice à une vie sociale créative. L’économie d’énergie n’est qu’une contrainte, une obligation externe, qu’il faut bien sûr respecter, et le mieux possible.

Certains éco quartiers semblent parfois taillés sur mesure pour des habitants très motivés, des écolos ou équivalents. Il n’est pas surprenant, en période d’innovation, de constitution du concept, qu’une population particulière s’y trouve très impliquée. Ce serait grave si cette situation perdurait. Les éco quartiers sont pour tout le monde. Bien sûr, on ne vit pas dans un éco quartier exactement comme dans un quartier traditionnel, mais ce n’est pas un préalable. Ce n’est que la conséquence d’une bonne conception des aménagements et des services, d’une organisation sociale adaptée, d’une qualité des relations sociales. L’éco attitude doit venir naturellement, et elle prendra des formes bien différentes selon les cultures et les origines des habitants de ces nouveaux quartiers, avant de déteindre sur les environs. C’est une dynamique qui est lancée, il serait bien présomptueux d’en décrire l’aboutissement. N’enfermons pas les habitants dans un modèle étroit : le développement durable doit ouvrir le champ des possibles.

Les éco quartiers témoignent d’une grande ambition. Les villes traditionnelles se sont construites avec le temps, un luxe dont nous privent aujourd’hui  le nombre de mal logés et l’exigence de la lutte contre l’effet de serre. Il faut toutefois accepter que le temps joue son rôle. Nous commençons à maîtriser quelques instruments, mais le plus souvent nous les juxtaposons, au lieu de les conjuguer. Nous sommes en période d’apprentissage collectif, traduit part le désordre apparent sur l’appellation même d’éco quartier, parfois dénommés quartier durable. Le nombre d’apprentis et d’écoles d’apprentissage est plutôt encourageant, pourvu que chacun admette ses limites, qu’ils se parlent, croisent leurs expériences, et s’insèrent dans un processus d’appropriation par tous de ces avoir faire en devenir.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Dominique Bidou


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