WEO 2012 : “Reflux d’énergie aux États-Unis”

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de publier son atlas mondial de l’énergie 2012, un document de référence qui fournit des projections sur l’évolution des tendances énergétiques jusqu’en 2035, ainsi qu’un aperçu de leurs répercussions en termes de sécurité énergétique, de durabilité environnementale et de développement économique.

Partie 1 : "Un nouveau paysage énergétique mondial se dessiner"

Aux États-Unis, le secteur énergétique fait face à de profonds bouleversements, dont les effets se feront ressentir bien au-delà de l’Amérique du Nord et du seul secteur énergétique.

La récente résurgence des productions pétrolière et gazière aux USA, résultat des technologies permettant l’exploitation des ressources en huile et en gaz de schiste, stimule l’activité économique – avec une baisse des prix du gaz et de l’électricité qui permet à l’industrie de gagner en compétitivité – et modifie en profondeur le rôle de l’Amérique du Nord en matière de commerce énergétique mondial.

On prévoit que d’ici aux alentours de l’année 2020, les États-Unis deviendront le plus gros producteur de pétrole mondial (dépassant l’Arabie Saoudite jusqu’au milieu des années 2020) tout en commençant à ressentir l’impact des nouvelles mesures d’économie de carburant dans le secteur des transports.

Il en résulte une chute régulière des importations pétrolières des États-Unis, à tel point que l’Amérique du Nord devient exportatrice nette autour de 2030.

Ceci accélère le mouvement du commerce pétrolier international vers l’Asie, et accentue l’importance de sécuriser les routes stratégiques qui transportent le pétrole du Moyen-Orient vers les marchés asiatiques. Les États-Unis, qui importent actuellement près de 20 % de leurs besoins énergétiques totaux, deviennent presque autosuffisants en termes nets un renversement spectaculaire de la tendance observée dans la majorité des autres pays importateurs d’énergie.

Mais personne ne peut s’isoler des marchés mondiaux

Aucun pays ne peut se targuer d’être une « île » énergétique, et les interactions entre combustibles, marchés et prix s’intensifient.

La plupart des consommateurs de pétrole sont habitués aux effets des fluctuations de prix mondiales (la réduction de leurs importations de pétrole ne mettra pas les Etats Unis à l’écart des développements des marchés internationaux), mais ils peuvent s’attendre à des interactions croissantes dans d’autres secteurs.

Actuellement par exemple, les prix modérés du gaz naturel entraînent une réduction de la consommation de charbon aux États-Unis, qui peuvent donc exporter leur production excédentaire vers l’Europe, où le charbon a détrôné le gaz plus onéreux.

En 2012, à son niveau le plus bas, le gaz naturel était vendu aux États-Unis à près d’un cinquième des prix d’importation pratiqués en Europe et à un huitième de ceux pratiqués au Japon.

À l’avenir, les interrelations de prix entre marchés gaziers régionaux seront amenées à se renforcer, avec la flexibilisation du commerce de gaz naturel liquéfié et l’évolution des conditions contractuelles. Les changements ressentis dans une partie du monde se répercuteront alors plus rapidement ailleurs.

Au sein des différents pays et régions, les marchés électriques concurrentiels sont en train de créer des liens plus forts entre les secteurs gazier et charbonnier, qui doivent également s’adapter au développement des énergies renouvelables et, dans certains cas, à un recul de l’énergie nucléaire. Les responsables politiques œuvrant pour une amélioration de la sécurité énergétique en plus de leurs objectifs économiques et environnementaux se trouvent face à des choix de plus en plus complexes et parfois contradictoires.

[DVID]

Une exploitation propre des gaz de schiste ?

"Il est possible d’exploiter proprement le gaz de schiste", a concédé au journal Le Monde, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birolmais, mais précise t-il "à condition de fixer un cadre réglementaire très strict aux industriels qui devront faire des investissements technologiques importants."

Alors que la France a affiché son intention de bannir l’exploitation industrielle de cette source d’énergie, du moins, durant l’actuel quinquennat, Fatih Birol précise qu’il faut "en mesurer les conséquences. La France réduit la part du nucléaire, interdit le gaz de schiste et vise à limiter plus fortement ses émissions de CO2. Ces trois éléments sont-ils compatibles ? Je n’en suis pas sûr."

Le directeur de l’AIE estime que "les bénéfices à tirer du gaz de schiste peuvent être très élevés (…) le sous-sol français pourrait recéler des ressources énergétiques importantes, mais comment le savoir si l’on ne va pas regarder ?" a conclu Fatih Birol.

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10 Commentaires sur "WEO 2012 : “Reflux d’énergie aux États-Unis”"

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gp
Invité
Comment peut-on encore accorder une quelconque crédibilité à une agence qui au début de ce siècle annonçait une exploitation pétrolière à plus de 105 Mb/j en 2012??? Que le marché énergétique mondial suive des tendances lourdes OUI. Que le secteur énergétique va nécessiter des investissements très importants, OUI. Que les fossiles vont continuer à occuper une place de choix dans le bouquet énergétique mondial pendant encore qlq décennies, OUI hélas. Mais ce qu’on aimerait par dessus tout, c’est que l’AIE change de siècle à son tour!!! à quoi bon forer le sous-sol à qui mieux mieux si pour extraire du… Lire plus »
Le lorrain
Invité

les lobbies du gaz de shiste font feu de tout bois dans tous les médias aussi courtisants qu’incompétents… et ils vont gagner, tant pis pour notre nature. Le pouvoir du fric et de la corruption seront trop fort, une fois de plus. Mais les générations futures les jugeront… trop tard!

fredo
Invité

au contraire, ils ont perdu à 120%, Gallois inclus ! on commence quand les économies d’énergies?

Consume
Invité

Génial ça va peut -être faire baisser le prix à la pompe tout ça !

yp
Invité

surtout que c’est sûr que c’est objectif, et qu’il y a ni conflit d’intérêt, ni lobbying derrière la rédaction du rapport bien entendu. Déja en général on peut pas prédire l’avenir donc les rapports de ce genre même par des personnes compétentes et objectives je trouve ça bidon, mais alors là, vu le domaine et les enjeux économiques en jeu, je me marre! Pour lire l’avenir moi je préconise madame Irma point com, elle fait des super rapports avec des couleurs et des petits personnages c’est vachement bien.

Steph
Invité

Ce qui me sidere c’est quand bien meme on pourrait forer ‘proprement’, personne ne parle des consequence en terme d’augmentation de temperature. Plus que jamais, le navire fonce droit sur l’iceberg et l’orchestre joue de plus en plus fort.

gaga42
Invité

Effectivement, c’est effrayant, alors qu’en plus des publications (le monde) ont calculé que, à usage égal, les GDS sont au moins aussi nocifs pour le réchauffement climatique que le charbon, à cause des inévitables “fuites” de méthane. Il n’y a plus qu’à espérer que ce soit une nouvelle bulle financière, comme celà est suggéré par beaucoup.

an391
Invité
En ce qui concerne le gaz de schiste, ne pas oublier qu’il y a un fort relent de bulle d’investissement pompée par wall street autour du gaz de schiste (et masquant la réelle rentabilité opérationnelle) est que cette bulle est plus ou mois en train de se dégonfler, le principe : – On ramène des capitaux d’investissement à n’en plus finir à coup de power point prometteurs – cela permet de masquer les vrais couts d’exploitation qui sont énormes – On sort au bon moment et les petits venus gonfler la bulle on s’en branle. En Pologne les exploitations quasi… Lire plus »
an391
Invité
il faut aussi savoir que Fatih Birol est le seul rescapé de l’équipe de l’AIE de 1998, équipe qui, sous la direction de Jean-Marie Bourdaire à l’époque, avait essayé de produire un rapport “honnête” : résultat quasiment tous virés. Depuis l’optimisme et les prévisions de l’AIE décroissent d’année en année pour essayer de ratrapper la réalité, ce qui serait à hurler de rire si ça n’était aussi pathétique, lecture OBLIGATOIRE à ce sujet : “petrole.blog.lemonde.fr how-the-global-oil-watchdog-failed-its-mission” La crise (mondiale) est avant tout un monstrueux choc pétrolier qui ne fait que commencer, celui du pic (maximum de flux,de débit ) mondial… Lire plus »
gaga42
Invité

A lire d’urgence: les explications que Matthieu Auzanneau vient de poster si son excellent blog ” ” hébergé par Le Monde: Les Etats-Unis, 1er producteur mondial de pétrole en 2017 ?

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