Une envolée des prix à la pompe et des rayons vides dans certaines stations ont ravivé un vieux démon. La réalité du terrain, beaucoup plus nuancée, dessine une carte à deux vitesses.
📌 L’essentiel en 3 points
- Évitez les achats de précaution et suivez les cartes en temps réel pour trouver une station approvisionnée.
- La France n’est pas en pénurie généralisée, 5 à 6% des stations sont en difficulté selon les relevés officiels.
- Le réseau TotalEnergies concentre l’essentiel des ruptures à cause de ses prix plafonnés et de l’afflux de clients.
Depuis la mi-septembre, les réseaux et les files d’attente devant quelques stations-service ont transformé une simple tension logistique en une rumeur de pénurie. A la base, le déclencheur a été une flambée des prix du brut sur les marchés internationaux doublé de ruptures localisées qui avaient fait passer le taux de stations en difficulté de 8% à 13% en seulement quelques jours.
Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie, avait pourtant martelé le 15 septembre qu’il n’y avait aucun risque de pénurie. Un démenti ferme qui n’a pas suffi à calmer les automobilistes, pris entre la peur de tomber en panne sèche et des prix qui grimpent sans préavis.
Une crise très ciblée
Au matin du 16 septembre, 91% des stations-service disposaient d’essence et de gazole, selon les données gouvernementales alors disponibles. Le 19 septembre à 10 heures, le site Essencepascher.fr, qui agrège les données publiques, recensait 5,5% des 9 777 stations répertoriées en rupture totale, soit 536 établissements à sec. A 14h, le chiffre de la pénurie est passé à 6,1%.
Un chiffre qui reste certes préoccupant pour les zones concernées mais nous sommes très loin d’une pénurie nationale. La particularité de cette séquence tient surtout au poids du réseau TotalEnergies qui concentre à lui seul 90,8% des stations en rupture. Ainsi, les prix plafonnés pratiqués par l’enseigne ont attiré une clientèle massive, vidant les cuves plus vite que les livraisons ne pouvaient les remplir. Ce plafonnement, censé protéger le pouvoir d’achat, a paradoxalement augmenté le risque de rupture dans ces stations.
Les automobilistes ont aussi été nombreux à se ruer sur le sans-plomb 95-E10, le carburant le plus vendu, accentuant davantage les déséquilibres locaux.
Pourquoi la peur a pris le dessus
La combinaison d’une hausse rapide des cours du pétrole et d’images de pompes hors service a déclenché des achats de précaution, eux-mêmes responsables de nouvelles ruptures. Un cercle vicieux classique que les pouvoirs publics peinent à enrayer.
Certaines régions, notamment l’Île-de-France, les Pays de la Loire et le Grand Est, subissent davantage les à-coups de livraison.
La chaîne logistique pour sa part n’a pas suivi l’augmentation des volumes vendus dans le réseau à prix plafonnés, ce qui allonge les délais de réapprovisionnement, même lorsque les livraisons sont portées à deux fois par jour.
L’épisode rappelle la grève de 2022 qui avait bloqué la distribution, avec une ampleur sans commune mesure. À l’époque, les piquets dans les raffineries avaient mis en difficulté près d’un tiers du réseau, contre 8 à 10% de stations selon les relevés officiels de ces derniers jours.
Le prix national moyen au 19 septembre 2026
| Carburant | Prix moyen |
|---|---|
| E10 | 2,176 € |
| Gasoil | 2,409 € |
| SP98 | 2,277 € |
| SP95 | 2,225 € |
| E85 | 0,893 € |
| GPL | 1,052 € |
(Souuce : Essencepascher.fr)
Comment éviter la panne au mauvais moment
Inutile donc de céder à la panique et de remplir son réservoir plus que nécessaire, c’est le meilleur moyen de créer une pénurie artificielle. Les automobilistes ont la possibilité de consulter en temps réel les cartes alimentées par les données officielles pour repérer les stations approvisionnées. Privilégier également les enseignes qui n’affichent pas de prix cassés permet aussi de réduire l’attente et le risque de tomber sur une pompe vide.
Enfin, anticiper ses trajets dans les zones signalées en tension reste la parade la plus efficace. Le gouvernement écarte tout risque de pénurie nationale, mais le chef de l’État a demandé une « totale mobilisation » pour sécuriser les approvisionnements dans les jours et les semaines à venir, surtout si les cours du brut restent élevés.
















