La France a officiellement engagé une nouvelle phase de travaux industriels préparant le Rafale F5, avec plusieurs contrats notifiés cet été à Dassault Aviation, MBDA, Thales et Safran. Le chasseur promet une transformation profonde, mais il devra encore franchir le cap du lancement en réalisation, attendu fin 2026, puis obtenir sa qualification à l’horizon 2033 avant son entrée en service.
📌 L’essentiel en 3 points
- La DGA a notifié cet été plusieurs contrats préparatoires à Dassault, MBDA, Thales et Safran, avant le lancement en réalisation du standard F5 prévu fin 2026.
- Radar RBE2-XG, liaison de données IVDL, guerre électronique SPECTRA F5 et études sur le futur moteur M88 T-REX doivent contribuer à une qualification à l’horizon 2033.
- Le Rafale F5 restera fondé sur une cellule non furtive de conception, mais il doit devenir le centre d’un système de combat associant à terme un drone furtif ; un avion de sixième génération distinct n’est, lui, pas encore un programme officiellement lancé.
Un chasseur augmenté, pas encore réalisé
La Direction générale de l’armement a notifié cet été plusieurs contrats préparatoires au Rafale F5 à Dassault Aviation, MBDA, Thales et Safran Aircraft Engines. Rendue publique le 10 septembre, cette nouvelle séquence ne correspond pas encore au lancement en réalisation du nouveau standard : celui-ci demeure prévu pour la fin de l’année 2026.
Ce ne sont pas les premiers travaux liés au F5. La DGA avait déjà annoncé, en octobre 2024, les premières commandes structurantes du futur standard, incluant notamment le lancement de travaux sur le drone furtif de combat appelé à compléter le Rafale après 2030.
Les marchés notifiés en 2026 portent cependant sur des briques techniques concrètes. Dassault travaille notamment sur une centrale inertielle à gyrolasers HRG. Thales est chargé de la liaison de données IVDL, du futur radar RBE2-XG et d’éléments de la guerre électronique SPECTRA F5, avec MBDA. Safran étudie la conception préliminaire du M88 T-REX.
Le RBE2-XG ne part pas d’une feuille blanche, il prolonge la famille des radars RBE2 à antenne active déjà utilisée par le Rafale. Il doit apporter davantage de puissance, de portée et de capacités de traitement, sans modifier l’encombrement de l’équipement.
Pour le moteur, l’ambition est d’obtenir à terme environ 20% de poussée supplémentaire, de 7,5 à 9 tonnes. Mais le M88 T-REX n’est pas encore un moteur validé ni commandé en production. Safran se trouve à ce stade au début de la conception préliminaire.
Le chantier doit aussi rendre le système de mission plus ouvert et renforcer les échanges de données en réseau. L’objectif reste une qualification à l’horizon 2033, avant une mise en service dans l’armée de l’Air et de l’Espace, puis dans la Marine nationale. Plusieurs projections situent cette entrée en service entre 2033 et 2035.
Le drone, un chantier associé
Le drone de combat destiné à opérer aux côtés du Rafale F5 ne relève pas seulement de la salve de contrats notifiée cet été. La France avait déjà lancé, en 2024, les premiers travaux autour de cet appareil furtif, présenté comme un complément du futur standard et héritier de l’expérience accumulée avec le démonstrateur nEUROn.
Le Rafale F5 ne deviendra pas pour autant un avion furtif de conception. Sa cellule et sa silhouette resteront celles d’un appareil qui intègre des mesures de réduction de signature, sans atteindre le niveau de discrétion radar structurelle des chasseurs de cinquième génération conçus autour de la furtivité, comme le F-35 ou le F-22.
Gagner en puissance de calcul, en capacité de détection, en liaison de données et en guerre électronique ne transformera donc pas le Rafale en appareil indétectable. Ces évolutions doivent en revanche renforcer sa survivabilité, sa capacité à opérer en environnement contesté et son efficacité dans le combat collaboratif.
La facture, et l’après-SCAF
La facture du Rafale F5 n’est pas encore connue. Les contrats publiés par la DGA ne donnent pas de montant global et ne couvrent pas à eux seuls l’ensemble des développements futurs, notamment ceux liés au drone de combat. Présenter dès aujourd’hui un coût consolidé du programme serait donc prématuré.
Le contexte stratégique, en revanche, a changé. Le Rafale F5 ne résulte pas de l’arrêt du NGF (New Generation Fighter), ses travaux avaient été engagés avant la rupture franco-allemande. Mais la fin, en juin 2026, du projet d’avion de combat commun renforce désormais son importance dans la trajectoire française.
D’ailleurs, Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, n’avait pas hésité à parler de « Super Rafale » pour décrire la version F5 attendue au cours de la première moitié des années 2030.
Quant à l’horizon 2040-2045, elle renvoie à une autre étape. Dassault évoque la perspective d’un futur avion de combat de sixième génération, distinct du Rafale F5. À ce stade, il s’agit toutefois d’une trajectoire industrielle et stratégique, et non d’un programme français officiellement lancé avec une architecture, un financement et un calendrier définis.
Le Rafale F5 représente donc moins l’aboutissement d’un chasseur mis en service dans la Marine nationale en 2002, puis dans l’armée de l’Air en 2006, qu’une transition majeure, celle d’un avion rénové, connecté et appelé à évoluer avec des drones, en attendant que la France définisse la suite de sa trajectoire aéronautique de combat.
















