Le gouvernement américain impose une nouvelle appellation de l’intelligence artificielle à l’exécutif. Derrière les déclarations solennelles, la frontière entre percée scientifique et stratégie de communication devient floue.
📌 L’essentiel en 3 points
- La Maison-Blanche impose « Super Intelligence » dans les documents non statutaires de l’exécutif, sans étendre cette obligation au Congrès, aux entreprises ou au public.
- Six entreprises ont signé un accord volontaire et non contraignant. Elon Musk a annoncé vouloir renommer SpaceXAI en SpaceXSI.
- Des investissements et des offres d’emplois de plusieurs centaines de milliers de dollars perdurent dans le domaine de l’IA.
Donald Trump a signé un décret enjoignant aux agences fédérales d’employer « Super Intelligence » et « SI » à la place d’« artificial intelligence » et d’« AI » dans leurs documents non statutaires. L’obligation ne s’étend ni au Congrès, ni aux entreprises, ni au public. Une Super Intelligence Force est également annoncée pour coordonner les efforts américains dans ce domaine.
Le président avait avancé cette requalification le 22 septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU, avant de la formaliser à la Maison-Blanche une semaine plus tard. Le tournant est donc d’abord administratif et politique. Ce changement de vocabulaire peut sembler anodin, mais il modifie la façon dont les institutions présentent la technologie.
Les dirigeants d’OpenAI, d’Anthropic, de Google, de Nvidia, de Meta et de SpaceXAI se sont réunis le 29 septembre à la Maison-Blanche pour signer le « White House Accord on Super Intelligence ». Le geste est fort, mais l’engagement reste volontaire et non contraignant. Contactées par le Washington Examiner, les sociétés concernées n’ont pas indiqué si elles comptaient rebaptiser leurs produits ou adopter officiellement le vocabulaire présidentiel. Elon Musk a, de son côté, annoncé son intention de renommer SpaceXAI en SpaceXSI. La Maison-Blanche pousse le terme, mais les réponses des acteurs de la tech ne sont pas uniformes.
Les capitaux se déploient pourtant à grande vitesse. Nvidia annonce des engagements valorisés à un milliard de dollars sur cinq ans pour renforcer les capacités américaines de recherche et développement dans des domaines présentés sous l’étiquette de la superintelligence. L’annonce financière accompagne ainsi la nouvelle terminologie, sans démontrer à elle seule une rupture dans les capacités des systèmes.
Dans les laboratoires, les recrutements consacrés à l’alignement et à la sécurité affichent des rémunérations élevées. Chez OpenAI, des offres en interprétabilité proposent un salaire de base de 380 000 à 500 000 dollars, tandis que certains postes d’alignement affichent une fourchette de 295 000 à 500 000 dollars. Chez Anthropic, une offre d’ingénieur ou de chercheur en alignement se situe entre 350 000 et 500 000 dollars par an, hors participation au capital. Ces montants documentent le coût du recrutement spécialisé. Ils ne permettent pas, sans comparaison dans le temps, d’affirmer que les salaires « explosent ».
La superintelligence reste encore un horizon hypothétique où une IA surpasserait les humains dans la plupart des domaines cognitifs. Le décret, lui, change les mots. Utiliser ce terme comme une étiquette administrative pourrait créer une confusion entre une ambition technologique et un état des connaissances. Le risque est de laisser croire qu’une rupture technique accompagne nécessairement la nouvelle appellation.
Le 23 septembre, les dirigeants d’OpenAI et d’Anthropic ont appelé devant le Conseil de sécurité de l’ONU à une coopération internationale et à des garde-fous face aux risques de l’intelligence artificielle. Quelques jours plus tard, leurs entreprises ont signé l’accord volontaire porté par la Maison-Blanche.
Le choix du mot ne sera pas neutre pour le débat public. Les agences fédérales doivent désormais employer « Super Intelligence » dans les documents visés par le décret, mais ce changement ne s’impose pas aux auditions du Congrès ni au vocabulaire commercial des entreprises. La nouvelle appellation soutient par conséquent un récit de leadership américain ; elle ne suffit certainement pas à établir l’existence d’une technologie correspondant à la définition scientifique de la superintelligence.
















