Conçus pour surveiller la météo terrestre, les satellites japonais Himawari ont aussi enregistré Vénus pendant près de dix ans. Leurs observations fortuites offrent aux chercheurs une archive inattendue sur le sommet des nuages de la planète, très au-dessus de son atmosphère brûlante.
📌 L’essentiel en 3 points
- Les satellites Himawari-8 et Himawari-9 ont enregistré Vénus de façon opportuniste de juillet 2015 à février 2025.
- Les 437 détections, analysées dans plusieurs bandes infrarouges, permettent de suivre des variations de température de brillance et d’étudier des ondes au sommet des nuages vénusiens.
- Ce n’est pas une mission dédiée, mais une archive réutilisée pour compléter les observations planétaires et vérifier l’étalonnage d’autres instruments.
Une équipe menée par Gaku Nishiyama, associé à l’Université de Tokyo, au centre aérospatial allemand DLR et à l’Observatoire astronomique national du Japon, avait publié en 2025 une étude consacrée à ces images. Les instruments AHI des satellites Himawari-8 et Himawari-9 avaient alors capté Vénus à 437 reprises, de juillet 2015 à février 2025. Le plus surprenant était que les observations ne relevaient pas d’un programme dédié mais que la planète apparaissait en bordure du champ de vision des imageurs pendant leurs acquisitions de la Terre.
Une décennie d’images fortuites
Himawari-8 a été lancé en 2014, Himawari-9 en 2016, et tous deux sont opérés par l’Agence météorologique japonaise. Leur mission première reste la surveillance de la météo terrestre. Mais le champ de vision de l’instrument AHI dépassait légèrement le disque de la Terre, laissant apparaître, à l’occasion, des corps célestes dans l’espace environnant. Vénus s’est ainsi glissée dans ces observations périphériques sans qu’un programme spécifique ne soit nécessaire.
Concrètement, chaque imageur AHI produit des vues complètes du disque terrestre. Des objets situés juste au-delà du limbe pouvaient donc entrer dans le cadre. Les clichés de Vénus n’ont pas la finesse de ceux d’une sonde en orbite autour de la planète, et les observations dépendent des alignements entre le satellite, la Terre et Vénus. Les 437 détections ne constituent pas une veille continue ni une série dense et régulière. Elles offrent néanmoins une archive suffisamment longue pour comparer les variations atmosphériques sur plusieurs années.
Les chercheurs ont exploité plusieurs bandes infrarouges pour suivre les variations de la température de brillance au sommet des nuages, vers 64 à 71 kilomètres d’altitude. La grandeur est déduite du rayonnement mesuré ; les différentes bandes renseignent des niveaux légèrement distincts de la couche nuageuse. La série permet également d’étudier des variations associées aux marées thermiques et aux ondes atmosphériques, notamment aux ondes de Rossby. La longévité des satellites météo japonais a ainsi transformé des observations fortuites en suivi atmosphérique sur près de dix ans.

Ce que ça change pour la planétologie
Les images ne sont pas comparables aux cartes météorologiques détaillées produites pour la Terre, et leur résolution reste limitée. Leur intérêt tient surtout à la durée de l’archive. En effet, les Himawari ont saisi Vénus par intermittence, au gré des alignements, pendant près d’une décennie. Ces données peuvent ainsi compléter les observations des instruments consacrés à l’exploration planétaire.
Elles fournissent aussi un point de comparaison pour vérifier les mesures d’autres instruments. En croisant les observations d’AHI avec celles de la caméra LIR d’Akatsuki et de l’instrument MERTIS de BepiColombo, l’équipe a mis en évidence un biais d’étalonnage de LIR. La caméra sous-estime le rayonnement infrarouge de Vénus d’environ 15 à 17%. Le résultat concerne les données de la sonde, et non une anomalie des archives Himawari. Il apporte un repère pour réétalonner les mesures et mieux interpréter les signaux thermiques.

Des instruments pensés pour la Terre pourraient aussi servir à étudier d’autres corps lorsque les alignements s’y prêtent. La Lune, Mercure, Mars et Jupiter apparaissent également, à l’occasion, en bord de champ. Leur présence ne garantit toutefois pas des résultats équivalents à ceux obtenus pour Vénus. L’archive offre donc des possibilités supplémentaires, à examiner selon la cible et les données disponibles.
Gaku Nishiyama, Yudai Suzuki, Shinsuke Uno, Shohei Aoki, Tatsuro Iwanaka, Takeshi Imamura, Yuka Fujii, Thomas G. Müller, Makoto Taguchi, Toru Kouyama, Océane Barraud, Mario D’Amore, Jörn Helbert, Solmaz Adeli, Harald Hiesinger, « Temporal variation in the cloud-top temperature of Venus revealed by meteorological satellites, » Earth, Planets and Space: June 30, 2025, doi:10.1186/s40623-025-02223-8.
















