De la gestion énergétique des bâtiments publics à la surveillance des infrastructures portuaires, des collectivités européennes expérimentent des agents d’intelligence artificielle fondés sur les technologies de Nvidia. Dans une publication du 13 octobre, le groupe américain présente plusieurs projets destinés à rapprocher données locales, simulations numériques et outils d’aide à la décision. En Côte-d’Or, ces systèmes couvrent déjà plus de 500 bâtiments publics, tandis que d’autres initiatives restent au stade du développement ou des essais.
En Côte-d’Or, des agents pour exploiter les données des bâtiments
Le cas français offre l’un des exemples les plus concrets avancés par Nvidia. Le département de la Côte-d’Or, avec les entreprises Akila et ThinkDeep, a développé des agents qui réunissent des informations issues de capteurs, des données sur les infrastructures et des historiques au sein d’un jumeau numérique, une représentation informatique du patrimoine concerné. Le dispositif s’appuie sur les modèles Nemotron, les bibliothèques Omniverse et les capacités de calcul accéléré du groupe. L’utilisation de Cosmos pour traiter des données vidéo est, elle, prévue ultérieurement.
Sur plus de 500 bâtiments publics, ces outils accompagnent la gestion énergétique, la conformité, la sécurité et la résilience climatique. Selon les résultats rapportés par Nvidia, le temps nécessaire à la recherche documentaire serait passé de plusieurs semaines à quelques minutes, tandis que les coûts totaux d’exploitation auraient diminué de 10%. L’objectif annoncé atteint 30% à plus grande échelle.
À Sète, Port Sud de France travaille également avec la plateforme d’agents de ThinkDeep. L’application mobilise Cosmos et Nemotron pour analyser des données relatives aux cargaisons et à la sécurité, coordonner les opérations et faciliter la manutention sécurisée de matières dangereuses. L’enjeu n’est plus seulement de retrouver une information, mais de la rendre exploitable dans un environnement où plusieurs activités doivent être coordonnées.
Des services municipaux aux risques portuaires
Dans la région de Milan, le projet porté par Galene.AI, Dell Technologies et TD Synnex prend une autre direction. Les partenaires déploient une infrastructure d’IA exploitée localement, en commençant par Cinisello Balsamo, avant une extension prévue à quatre autres municipalités. Traduction en temps réel, agents conversationnels destinés aux habitants, assistance aux achats publics et à la recherche de financements figurent parmi les services envisagés. L’ambition est de simplifier les tâches administratives et de permettre l’accès aux données municipales en quelques secondes plutôt qu’en plusieurs heures, tout en maintenant leur gouvernance locale.
Au port d’Anvers-Bruges, en Belgique, Milestone et Dell Technologies testent des technologies d’analyse visuelle susceptibles, notamment, de signaler des déversements d’hydrocarbures. Le projet utilise des données synthétiques pour entraîner les modèles à reconnaître des incidents dont les exemples réels sont rares. La démarche vise à préparer les systèmes à des événements difficiles à documenter ; Nvidia ne fournit cependant pas de résultats sur leur capacité de détection en situation opérationnelle.
Les initiatives britanniques se situent, elles aussi, à des degrés d’avancement distincts. La région urbaine de Liverpool explore avec K2K des infrastructures et des applications consacrées à la mobilité et à la sécurité. À Belfast, Innovation City Belfast étudie un pilote portant sur les transports, la sécurité des habitants et la gestion des événements et des interventions. À Jersey, K2K travaille sur l’aide à la décision, l’aménagement, la mobilité et les services publics, avec un volet consacré à l’énergie propre.
Relier l’observation, la simulation et la décision
Les projets reposent sur une combinaison de technologies aux fonctions différentes. Cosmos et le modèle d’architecture Metropolis consacré à la recherche et à la synthèse vidéo doivent aider les agents à interpréter les images : congestion routière, état d’un équipement, espaces sous-utilisés ou risques pour la sécurité. Nemotron permet de construire des agents capables de raisonner sur les informations et de répondre en langage naturel. Les bibliothèques Omniverse servent, quant à elles, au déploiement de jumeaux numériques.
À Göteborg, en Suède, Younite AI développe ainsi une expérience de jumeau numérique dans le cadre de l’initiative européenne Citiverse. Le projet vise à simuler des changements urbains et à améliorer l’accessibilité, en permettant notamment de prévisualiser les entrées d’un événement, les places assises et les conditions d’affluence avant de se déplacer. L’usage proposé dépasse ici la seule gestion technique : il cherche à rendre les informations sur un lieu utiles à ceux qui le fréquentent.
La maîtrise locale, condition du passage à l’échelle
Pour Nvidia, la généralisation de ces applications dépend d’abord de leur infrastructure. « Pour les villes européennes, passer des projets pilotes aux opérations quotidiennes nécessite une infrastructure capable de traiter les données locales, de personnaliser les modèles et de faire fonctionner les agents d’IA », écrit le groupe dans sa publication. Cisco, Dell Technologies, HPE, Lenovo et Supermicro figurent parmi les partenaires qui assemblent calcul accéléré, réseaux et stockage dans des infrastructures exploitées localement, qualifiées d’« usines d’IA ».
« Ces systèmes permettent aux villes de personnaliser et d’exécuter localement des applications intelligentes tout en conservant le contrôle de leurs données, de leurs modèles et de leurs opérations », affirme Nvidia. Le groupe cite aussi EY et Accenture pour l’intégration des applications aux systèmes existants, étape nécessaire pour reproduire les déploiements d’un service à l’autre.
Le tableau présenté reste néanmoins celui d’une transition : réalisations opérationnelles, développements en cours et pilotes y coexistent. Les gains annoncés en Côte-d’Or donnent une première indication des bénéfices recherchés, sans permettre de conclure à leur reproductibilité dans toutes les collectivités. Le passage à l’échelle se jouera précisément sur ce terrain : transformer des applications adaptées à un bâtiment, un port ou une municipalité en services durables, sans perdre la maîtrise des données ni confondre objectifs affichés et résultats établis.
















