Se lever la nuit pour uriner peut perturber le sommeil. Une étude menée par une équipe chinoise sur des données américaines associe cinq heures ou plus de télévision ou de vidéo par jour à un risque de nycturie supérieur de 48%, par rapport à moins d’une heure.
📌 L’essentiel en 3 points
- Cinq heures ou plus de télévision ou de vidéo par jour sont associées à un risque supérieur de 48% de se lever au moins deux fois la nuit pour uriner, par rapport à moins d’une heure, chez les adultes américains étudiés.
- Ce lien statistique ne prouve pas que les écrans provoquent directement les réveils urinaires. Plusieurs mécanismes sont proposés, sans être départagés.
- Éviter les écrans une fois au lit peut préserver le temps de sommeil, comme le suggère l’étude chez les adolescents.
Le chiffre interpelle, car il touche un réflexe quotidien. Regarder des séries, des vidéos ou la télévision pendant des heures pourrait être lié aux réveils nocturnes pour uriner. L’équipe de l’hôpital de Wenling, affilié à l’université médicale de Wenzhou, a examiné les données de 13 294 adultes américains, recueillies de 2011 à 2016 dans le cadre du National Health and Nutrition Examination Survey. L’étude porte sur le temps passé assis à regarder la télévision ou des vidéos, et non sur l’ensemble des usages numériques. Attention, le résultat décrit une association statistique, et non pas une preuve que l’écran provoque directement le problème.
Un réveil fréquent et multifactoriel
La nycturie correspond au fait de se réveiller la nuit pour uriner. Dans cette étude, les chercheurs ont retenu au moins deux levers nocturnes. Les personnes déclarant cinq heures ou plus de télévision ou de vidéo par jour étaient comparées à celles qui y consacraient moins d’une heure, et non à un groupe d’utilisateurs simplement « plus modérés ».
Plusieurs facteurs pourraient se mêler à cette association. Les auteurs évoquent notamment le diabète, les boissons consommées devant l’écran, la station assise prolongée et la qualité du sommeil.
Ce que l’étude ne dit pas
Les données sont transversales et déclaratives, elles rapprochent des habitudes de visionnage et des réveils urinaires rapportés par les participants, sans établir lequel précède l’autre. Elles ne permettent donc pas d’affirmer que regarder la télévision ou des vidéos produit à lui seul un excès d’urine. Elles ne permettent pas non plus de réduire l’association à des réveils que le dormeur aurait autrement ignorés.
La distinction est capitale pour ne pas transformer un signal épidémiologique en verdict médical. L’étude ne démontre ni qu’un écran déclenche la nycturie, ni qu’une réduction du temps de visionnage suffirait à la faire disparaître.
Des mécanismes qui se chevauchent
Plusieurs hypothèses se recouvrent pourtant. Les auteurs évoquent un sommeil plus court ou de moins bonne qualité, susceptible d’accompagner de longues sessions de télévision ou de vidéo. Ils montrent aussi les boissons consommées pendant ces sessions et le lien possible avec le diabète.
Une autre piste concerne la station assise prolongée, associée aux œdèmes des jambes. Les chercheurs mentionnent également une possible atteinte vésicale. Ces mécanismes restent des explications proposées, pas des résultats démontrés par l’étude. Rien ne permet de déterminer leur poids respectif dans l’association observée.
Un signal à replacer dans son contexte
Les travaux sur les écrans et le sommeil apportent un éclairage, mais ils ne portent pas tous sur les mêmes populations. Une publication relayée par ScienceDaily reprend une étude néo-zélandaise parue en 2024 dans JAMA Pediatrics, menée auprès de 85 adolescents de 11 à 14 ans. Chez eux, utiliser un écran une fois au lit était associé à un endormissement retardé d’environ trente minutes et à un sommeil plus court. En revanche, le temps d’écran dans les deux heures précédant le coucher pesait peu sur le sommeil.
Une revue systématique publiée en 2015, réunissant 67 études chez l’enfant et l’adolescent, retrouvait une association défavorable entre temps d’écran et sommeil dans 90% des travaux avec une durée plus courte et/ou coucher plus tardif.
Dans l’étude néo-zélandaise, le déplacement de l’heure du coucher apparaît comme une explication importante. Ainsi, le temps passé sur l’écran empiète sur celui réservé au sommeil. Un retard de la sécrétion de mélatonine reste une possibilité, mais ces résultats ne l’établissent pas.
Agir sur la frontière du soir
Le résultat invite par conséquent à regarder les habitudes de visionnage, pas à supprimer toute vidéo. Garder les appareils hors du lit constitue une piste pour préserver le temps consacré au sommeil, notamment au regard des observations chez les adolescents.
La prochaine fois que vous enchaînez les épisodes d’une série jusqu’à minuit, le premier enjeu est le temps laissé au sommeil. Quant aux réveils urinaires, l’étude signale un lien avec de longues durées de visionnage, sans établir que votre vessie vous fera payer la soirée.
Article : « Association between TV and/or video time and nocturia in adults: An analysis of the National Health and Nutrition Examination Survey » – DOI : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/nau.25406
Article : « Electronic Screen Use and Sleep Duration and Timing in Adults » – DOI : https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2831993
















