Remplacer une chaudière au gaz ou au fioul sans augmenter ses dépenses mensuelles, c’est la promesse de l’offre de pompes à chaleur lancée le 1er octobre, avec un objectif de 55 000 installations en deux ans. Destiné aux propriétaires modestes, ce dispositif associe équipement, financement, entretien et fourniture d’électricité. Il leve l’obstacle du coût initial, mais son intérêt dépend du reste à charge, des conditions du contrat et des caractéristiques du logement.
Un « leasing » qui finance surtout le reste à charge
Le terme de « leasing » reste très bien connu des loueurs de voitures électriques. Pour le chauffage, le gouvernement parle plus précisément d’« offre intégrée » . La solution réunira l’installation d’une pompe à chaleur air/eau, son entretien, le pilotage de sa consommation et le financement de la somme restant à payer après les aides. Une fourniture d’électricité à prix fixe pendant trois ans complète l’ensemble. Le mécanisme repose donc sur la mensualisation d’un investissement, plutôt que sur une simple location d’équipement.
Les bénéficiaires sont les propriétaires de maisons individuelles appartenant aux catégories de revenus modestes ou très modestes de l’Agence nationale de l’habitat (Anah). L’éligibilité dépend de la composition du foyer et de sa localisation. Pour trois personnes hors Île-de-France et en outre-mer, le plafond de revenu fiscal de référence s’élèvera à 39 148 euros. Une étude préalable doit également vérifier que le logement se prête à l’installation. Remplir les conditions de ressources ne suffit donc pas, à lui seul, à garantir la réalisation du projet.
Six consortiums ont été sélectionnés pour proposer ces offres. Les précommandes ont ouvert le 1er octobre, tandis que les premières installations sont annoncées pour novembre.
La mensualité ne dit pas tout du prix
La règle centrale est clairement formulée : « La mensualité globale après travaux, qui comprend le remboursement du reste à charge de la pompe à chaleur, les dépenses d’électricité et le contrat de maintenance, doit être inférieure ou égale à votre dépense énergétique mensuelle avant les travaux. ». Autrement dit, ce n’est pas la seule échéance de financement qu’il faut comparer à l’ancienne facture, mais bien l’ensemble des dépenses retenues dans le contrat. Le ménage doit par conséquent connaître les hypothèses qui fondent l’engagement et ce que prévoit le contrat lorsque la consommation s’en écarte ( conditions d’usage, de température conventionnelles, prix de l’énergie à la souscription, prix annuels moyens historiques ).
Le gouvernement annonce une aide moyenne de 9 800 euros par foyer, financée par les certificats d’économies d’énergie (CEE). L’offre intégrée n’est pas cumulable avec MaPrimeRénov’ pour les mêmes travaux ; elle n’est pas non plus accessible lorsqu’une demande correspondante a déjà été déposée auprès de l’Anah.
Les offres doivent permettre de rembourser le reste à charge en trois ans dans la majorité des cas, mais cette période peut atteindre cinq ans, notamment lorsque des besoins de chauffage plus faibles limitent les économies mobilisables pour le remboursement. Une petite mensualité étalée plus longtemps n’équivaut pas nécessairement à une installation moins chère. Pour comparer les propositions, le reste à charge doit apparaître distinctement, avec la durée, les frais éventuels de financement et le montant total dû.
À l’usage, des économies réelles mais variables
Le potentiel économique de la pompe à chaleur n’est pas une simple promesse commerciale. Dans une étude portant sur cent maisons individuelles réparties dans vingt départements, l’Agence de la transition écologique (Ademe) rapporte un coefficient de performance moyen de 2,9. Cela signifie que pour un kilowattheure d’électricité consommé, les appareils étudiés produisent en moyenne 2,9 kilowattheures de chaleur. Certaines installations dépassent 4, tandis que d’autres peinent à atteindre 1,8.
Une pompe à chaleur ne coûte pas moins cher à l’usage parce qu’elle est électrique, mais parce qu’elle fournit plusieurs unités de chaleur pour une unité d’électricité achetée. L’avantage dépend donc à la fois de son efficacité réelle et du rapport entre les tarifs de l’électricité et ceux du combustible remplacé.
Pour une maison de 100 mètres carrés, avec les hypothèses retenues par l’exécutif (coût de fonctionnement uniquement) :
- Un besoin de chauffage de 180 kWh par mètre carré et par an, une chaudière à 90% de rendement et une pompe à chaleur de performance saisonnière égale à 3 >> la dépense annuelle d’énergie serait de 1 200 euros avec une électricité à 0,20 euro/kWh.
- Elle serait de 2 000 euros avec un gaz à 0,10 euro/kWh,
- Et de 2 600 euros avec un gaz à 0,13 euro/kWh.
Le prix fixe de l’électricité pendant trois ans apporte de la visibilité, sans figer la quantité consommée. Il faut aussi examiner ce qui se passe ensuite au niveau des conditions tarifaires, du coût de la maintenance et d’éventuelles échéances encore dues si le remboursement s’étend sur cinq ans.
Il faut savoir que vous êtes en droit de refuser l’offre d’électricité associée ou changer de fournisseur sans incidence sur le financement ou l’entretien de sa pompe à chaleur.
Le logement reste l’arbitre
Avant de choisir un financement, encore faut-il savoir ce que l’on finance. Une pompe à chaleur air/eau peut utiliser le réseau de chauffage central existant, mais la compatibilité des radiateurs et la température d’eau nécessaire sont déterminantes. Plus l’eau doit être chauffée à haute température, plus l’appareil consomme d’électricité. De grands radiateurs ou un plancher chauffant facilitent au contraire un fonctionnement à basse température.
Une maison peu isolée n’est pas automatiquement incompatible avec une pompe à chaleur performante, souligne l’Ademe, à condition notamment de disposer d’émetteurs adaptés. Elle conserve toutefois des besoins de chauffage élevés. Réduire les déperditions améliore donc le confort et diminue la quantité de chaleur à produire, même lorsque l’appareil fonctionne efficacement.
La qualité de la pose et des réglages pèse également lourd. Selon l’Ademe, un tiers des installations étudiées pourraient être améliorées. Ainsi, un réglage optimisé adapte la température de l’eau envoyée dans les radiateurs à la température extérieure.
L’étude préalable doit enfin préciser le dimensionnement de l’appareil, la capacité des radiateurs à chauffer les pièces et les éventuels travaux complémentaires. L’emplacement de l’unité extérieure, son bruit et les possibilités de raccordement comptent aussi. Un devis séduisant perd de son intérêt si des adaptations indispensables apparaissent après la signature.
Des aides ouvertes, d’autres encore annoncées
Le calendrier impose enfin de distinguer trois mesures souvent réunies sous la même bannière. L’offre intégrée est ouverte depuis le 1er octobre 2026. La simplification générale du parcours d’aide pour les pompes à chaleur air/eau et géothermiques, avec la fin du double guichet MaPrimeRénov’–CEE, est annoncée pour le 1er janvier 2027 ; elle s’applique déjà à l’offre intégrée.
La prime de « sortie du gaz » relève, elle aussi, d’un calendrier distinct. Le site gouvernemental annonce jusqu’à 1 000 euros par logement, dans les zones de sortie du gaz des 109 territoires d’électrification. Sa mise en œuvre est prévue d’ici mars 2027, après la détermination de ces zones.
Une bonne affaire sous conditions
L’offre présente un intérêt marqué pour un ménage éligible dont la chaudière doit être remplacée, si l’étude technique confirme un fonctionnement efficace et si le financement reste compétitif. Elle résout surtout la difficulté à avancer le prix d’un équipement dont les économies se réalisent progressivement.
Lorsque la chaudière fonctionne encore, le raisonnement est différent. En effet, il faut comparer la dépense immédiate de remplacement avec les économies attendues, tout en tenant compte des travaux nécessaires dans le logement.
Pompe à chaleur : l’offre intégrée en un coup d’œil
Depuis le 1er octobre 2026, une solution clé en main aide les propriétaires éligibles à remplacer leur chauffage au gaz ou au fioul par une pompe à chaleur air/eau.
| Point à vérifier | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Qui peut en bénéficier ? | Les propriétaires d’une maison individuelle appartenant aux catégories de revenus modestes ou très modestes de l’Anah, pour remplacer un chauffage au gaz ou au fioul. |
| Quels plafonds de revenus ? | Les plafonds dépendent du nombre de personnes dans le foyer et
du lieu de résidence. Exemple : 39 148 € de revenu fiscal
de référence maximum pour 3 personnes, hors Île-de-France
et en Outre-mer. Consulter les plafonds sur France Rénov’ . |
| Quels revenus sont retenus ? | Le revenu fiscal de référence de l’année N-2. À titre dérogatoire, celui de l’année N-1 peut être utilisé si l’avis d’imposition ou de non-imposition correspondant est disponible. |
| Quel équipement est prévu ? | Une pompe à chaleur air/eau fabriquée en France ou en Europe, dimensionnée selon les besoins du logement. Une étude préalable vérifie que cette installation est adaptée. |
| Que comprend l’offre ? |
|
| Quel impact sur le budget ? | La mensualité globale après travaux doit être inférieure ou égale à la dépense énergétique mensuelle avant travaux. Elle comprend le remboursement du reste à charge, les dépenses d’électricité et la maintenance. |
| Quel montant d’aide ? | Selon le Gouvernement, l’aide moyenne s’élèvera à 9 800 € par ménage, via un soutien spécifique reposant sur les certificats d’économies d’énergie (CEE). Ce montant moyen n’est pas une somme garantie à chaque foyer. |
| Quelle durée de remboursement ? | Le reste à charge doit pouvoir être remboursé en 3 ans dans la majorité des cas. La durée de remboursement ne peut pas dépasser 5 ans. |
| Peut-on cumuler les aides ? | L’offre n’est pas cumulable avec MaPrimeRénov’. Elle est également inaccessible si une demande d’aide a déjà été déposée auprès de l’Anah pour les mêmes travaux. |
| Comment déposer sa demande ? | Comparer les offres des 6 consortiums sélectionnés,
puis déposer une demande sur le site du consortium choisi.
Les modèles proposés et les coûts d’installation peuvent varier. Consulter la liste officielle des consortiums (PDF) . |
| Le rafraîchissement est-il possible ? | Chaque consortium doit proposer au moins un modèle réversible pour chauffer en hiver et rafraîchir en été. Cette possibilité dépend de la configuration du logement et du système de chauffage. |
| Faut-il changer de fournisseur ? | Non. Souscrire l’offre d’électricité du consortium n’est pas obligatoire. Il est possible de changer de fournisseur à tout moment, sans conséquence sur le financement ou l’entretien de la pompe à chaleur. |
















