Des chercheurs estiment que 27 millions de tonnes de nanoplastiques se cachent dans la seule couche supérieure mélangée de l’Atlantique Nord tempéré et subtropical. Cette pollution invisible révèle un réservoir jusque-là absent des bilans et souligne les limites du nettoyage des océans.
📌 L’essentiel en 3 points
- Environ 27 millions de tonnes de nanoplastiques seraient présentes dans la couche supérieure mélangée de l’Atlantique Nord tempéré et subtropical. Cette estimation concerne trois polymères et reste assortie d’incertitudes.
- La fragmentation des déchets déjà accumulés peut se poursuivre même si les rejets cessent, empêchant une disparition rapide de la pollution sans rendre toute opération de nettoyage inutile.
- Des microplastiques ont été retrouvés dans le mucus, les tissus et le squelette de coraux du golfe de Thaïlande. Cette étude ne démontre ni une accumulation dans toute la chaîne alimentaire ni des conséquences pour la santé humaine.
Pendant des décennies, les océanographes se sont heurtés à un paradoxe tenace. Les quantités de déchets polymères rejetées en mer excédaient largement ce que les filets et les échantillonnages parvenaient à capturer en surface. Cet écart, surnommé le plastique manquant, a alimenté plusieurs hypothèses sur le devenir des déchets. Les travaux sur les nanoplastiques apportent aujourd’hui une partie de la réponse.
Une fraction du plastique pourrait avoir changé d’échelle et de visibilité, alimentant une pollution diffuse que personne ne peut voir à l’œil nu. Cela ne signifie pas que tous les déchets manquants se sont transformés en nanoparticules, mais qu’un réservoir important échappait aux bilans classiques.
Une fragmentation qui disperse la pollution
Une équipe de chercheurs a extrapolé des mesures réalisées à douze stations à la couche supérieure mélangée de l’Atlantique Nord tempéré et subtropical. Leur conclusion donne le vertige. Ainsi, environ 27 millions de tonnes de nanoplastiques seraient en suspension dans cette seule couche, dans une région comprise entre environ 8,5° et 55° de latitude nord. L’estimation porte sur trois polymères tels que le PET, le polystyrène et le PVC. Elle ne concerne donc ni tous les types de plastique, ni toute la profondeur de l’océan.
Ces fragments, dont les dimensions se mesurent à l’échelle nanométrique, échappent aux filets classiques d’échantillonnage. La fragmentation progressive des déchets contribue à leur formation, mais l’étude évoque également des apports depuis les terres et l’atmosphère. Les chercheurs les ont identifiés et quantifiés par spectrométrie de masse car invisibles à l’œil nu ne signifie pas indétectables.
Le plastique peut ainsi se fragmenter en une brume de particules que les équipements de collecte des déchets visibles ne retiennent pas. Des technologies membranaires, comme l’ultrafiltration, la nanofiltration ou l’osmose inverse, permettent d’en éliminer dans des conditions contrôlées de traitement de l’eau. Elles n’offrent pas pour autant une solution de dépollution à l’échelle des océans.
Les organismes marins deviennent des réservoirs
La pollution plastique ne reste pas confinée à la colonne d’eau. Une étude menée sur des coraux du golfe de Thaïlande a identifié 174 particules de microplastique dans 27 échantillons appartenant à quatre espèces. Les chercheurs les ont retrouvées dans le mucus de surface, les tissus et même le squelette corallien. Ces résultats montrent que des organismes marins peuvent constituer des réservoirs de particules, au-delà des seuls déchets visibles dans l’environnement.
La distinction de taille reste toutefois essentielle. Les particules identifiées dans ces coraux étaient des microplastiques, majoritairement compris entre 101 et 200 micromètres, et non les nanoplastiques mesurés dans l’Atlantique Nord. Leur présence dans les différentes parties du corail ne démontre pas une accumulation à tous les étages de la chaîne alimentaire. Elle ne permet pas non plus de conclure à des conséquences pour la santé humaine. Les nanoplastiques ont la possibilité, quant à eux, franchir certaines barrières biologiques, mais leurs effets ne doivent pas être confondus avec les résultats de cette étude sur les coraux.
La prudence s’impose également face au chiffre de 27 millions de tonnes. L’étude primaire, intitulée « Nanoplastic concentrations across the North Atlantic », a été publiée le 9 juillet 2025 dans Nature et détaille sa méthode d’extrapolation. Le calcul repose sur les prélèvements effectués à douze stations et sur le volume estimé de la couche supérieure mélangée. Il s’agit d’une estimation, pas d’un inventaire exhaustif.
Les auteurs ne présentent pas ce chiffre comme une estimation haute. Ils qualifient les concentrations mesurées de semi-quantitatives et soulignent que le rendement de leur méthode analytique peut conduire à une sous-estimation. Ils discutent aussi de biais possibles de surestimation.
Une autre piste, étayée par des modèles, montre que les déchets déjà accumulés peuvent continuer à se fragmenter même si de nouveaux rejets cessent. Autrement dit, arrêter les apports ne fait pas disparaître rapidement la pollution existante. Le stock ancien peut encore produire des particules plus petites pendant des décennies. La vitesse de cette fragmentation dépend toutefois du polymère et des conditions d’exposition : tous les déchets n’évoluent pas de la même manière.
Tous ces résultats soulignent les limites des stratégies de nettoyage centrées sur les déchets visibles. Les filets classiques ne retiennent pas les nanoparticules, tandis que les procédés capables de les séparer de l’eau fonctionnent dans des installations de traitement, pas à l’échelle d’un bassin océanique. Cela ne rend pas toute collecte inutile, mais empêche de considérer le ramassage comme une réponse suffisante à l’ensemble de la pollution plastique.
La persistance de la fragmentation montre aussi que l’arrêt des rejets, indispensable pour ne pas accroître le stock, ne suffirait pas à effacer rapidement l’héritage des déchets accumulés. Chaque morceau de plastique abandonné dans l’environnement peut devenir une source durable de microplastiques et de nanoplastiques, selon sa composition et les conditions auxquelles il est exposé.
Article : « Detection and Fate of Microplastics and Nanoplastics and Technologies for Their Removal » – DOI : 10.3390/molecules31040613
Article : « Possible sink of missing ocean plastic: Accumulation patterns in reef-building corals in the Gulf of Thailand » – DOI : 10.1016/j.scitotenv.2024.176210
Article : « Nanoplastic concentrations across the North Atlantic » – DOI : 10.1038/s41586-025-09218-1

















