Sur les traces d’un tueur d’ozone

35 000 tonnes de tétrachlorure de carbone (CCl4) non déclaré sont rejetées dans l’atmosphère chaque année – bien que les applications qui rejettent cette substance dans l’environnement soient officiellement interdites par le Protocole de Montréal depuis 2010. D’où vient donc cette toxine environnementale ? Les chercheurs de l’Empa se sont penchés sur la question et ont trouvé des sources possibles.

« C’est juste un travail de détective« , dit Stefan Reimann, chercheur à l’Empa dans le département « Pollution de l’air / technique de l’environnement », l’un des auteurs de diverses études sur le tétrachlorure de carbone, explique : « C’est du pur travail de détective« . En fait, son travail est comparable à celui d’un enquêteur. Le CCl4 est l’un des principaux contributeurs à l’appauvrissement de la couche d’ozone et a été officiellement interdit par le Protocole de Montréal en 2010. Le gaz incolore n’est pas encoreinterdit qu’en tant que produit intermédiaire pour les synthèses chimiques, mais il ne doit plus être rejeté dans l’atmosphère.

Par conséquent, selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), tous les pays sont tenus de ne permettre aucune émission de CCl4 ou de déclarer et quantifier toute émission qui pourrait néanmoins se produire. Les émissions « officielles » déclarées au PNUE ne totalisent que 3 000 tonnes dans le monde. En réalité, cependant, environ 35 000 tonnes de CCl4 sont rejetées dans l’atmosphère chaque année, comme une étude internationale l’avait déjà découvert en 2016. L’étude supposait à l’époque que les émissions chimiques étaient principalement dues aux usines produisant des solvants chlorés, qui sont encore autorisés. En particulier lors de la production de dichlorométhane (CH2Cl2), de chloroforme (CHCl3) et de tétrachloroéthène (C2Cl4), le CCl4 se forme comme sous-produit et s’échappe dans l’atmosphère. D’autres sources possibles sont les émissions provenant de la production de chlore gazeux ou des anciennes décharges. Ces sources ont été confirmées par deux nouvelles études réalisées par des équipes de recherche internationales avec des mesures en Corée du Sud.

Pas d’usines illégales de tétrachlorure de carbone

Les 35 000 tonnes de CCl4 proviennent très probablement d’usines non illégales, du moins pas entièrement. Comme le montrent les mesures effectuées en Corée du Sud, environ 20 000 tonnes d’émissions non déclarées de CCl4 proviennent de Chine. Une grande partie du gaz peut en fait être attribuée à la production de solvants chlorés, ce qui est autorisé tant qu’aucun CCl4 n’est rejeté dans l’atmosphère. Il est toutefois intéressant de noter que même après l’interdiction officielle du CCl4 en 2010, les émissions chinoises n’ont pas diminué, ce qui suggère une source persistante de cette production. Le reste des émissions provient d’autres pays d’Asie, mais aussi d’Europe et des Etats-Unis. Selon le chercheur de l’Empa Reimann, il est essentiel de mettre en œuvre des améliorations techniques et des stratégies d’amélioration de la réglementation afin de réduire les émissions de CCl4 au niveau de l’usine et du procédé. En outre, les mesures mondiales continues des substances appauvrissant la couche d’ozone doivent être poursuivies afin de découvrir les sources de substances qui menacent la régénération de la couche d’ozone.

Les émissions d’éthane et de propane massivement sous-estimées

Une étude de « Nature Geoscience » a révélé que les émissions mondiales réelles d’éthane et de propane ont jusqu’à présent été massivement sous-estimées dans les calculs du modèle. Ces calculs s’écartent d’environ 50% des valeurs réelles mesurées dans l’atmosphère, comme une équipe internationale de chercheurs l’a découvert. Les valeurs mesurées par la station de recherche du Jungfraujoch et les analyses des chercheurs de l’Empa ont notamment contribué à cette découverte. Il y a quelques théories sur l’origine de ces émission jusqu’ici inconnue des deux gaz : Ils peuvent s’échapper des conduites de gaz qui fuient ou être libérés lors de l’extraction du gaz naturel, par exemple par fracturation. Même la fonte du pergélisol et le dégagement de gaz provenant du sol gelé qui en découle sont une source possible.

SB Dalsøren, G Myhre, Ø Hodnebrog, C Lund Myhre, A Stohl, I Pisso, S Schwietzke, L Höglund-Isaksson, D Helmig, S Reimann, S Sauvage, N Schmidbauer, KA Read, LJ Carpenter, AC Lewis, S Punjabi, M Wallasch; Discrepancy between simulated and observed ethane and propane levels explained by underestimated fossil emissions; Nature Geoscience (2018); doi: 10.1038/s41561-018-0073-02018
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[ Communiqué ]

            

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