La Chine prévoit la mise en service de sept réacteurs nucléaires en 2026, selon l’association chinoise de l’énergie nucléaire. Avec 60 unités en exploitation, 36 en construction et un objectif de 110 GW d’ici 2030, Pékin est en passe de dépasser la France cette année et les États-Unis dans la décennie, porté par une maîtrise intégrée de sa filière.
Sept réacteurs nucléaires doivent être achevés et raccordés au réseau chinois en 2026, a annoncé la télévision centrale d’État CCTV, citant le rapport annuel de l’association professionnelle du secteur. Le pays exploite actuellement 60 réacteurs commerciaux, tandis que 36 unités supplémentaires sont en chantier ( dont deux dont les travaux ont débuté cette année ), un volume qui constitue le plus vaste programme de construction nucléaire jamais engagé dans le monde. Seize autres unités ont reçu une validation administrative et attendent leur tour pour sortir de terre.
Le chiffre de 125 GW de capacité totale avancé par les autorités chinoises cumule la puissance déjà installée et celle des réacteurs en construction. Cet indicateur agrégé éclipse les bilans des autres puissances nucléaires. En capacité opérationnelle stricte, les quelque 62 GW de la Chine restent inférieurs aux 97 GW des États-Unis et aux 63 GW de la France, selon les données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Mais la dynamique est ailleurs : grâce à son rythme de construction, la Chine devrait dépasser la capacité française en exploitation dès cette année et pourrait supplanter les États-Unis dans la décennie à venir.
Une trajectoire inscrite dans le plan quinquennal
L’expansion nucléaire figure en bonne place dans le 15ᵉ Plan quinquennal chinois, qui fixe un objectif de 110 GW de capacité opérationnelle installée d’ici 2030 — soit une augmentation de 76 % par rapport au niveau attendu fin 2025. Les ambitions à plus long terme visent 200 GW à l’horizon 2035, ce qui nécessiterait la mise en service d’environ 150 réacteurs supplémentaires pour un investissement estimé à 440 milliards de dollars. Depuis 2022, le gouvernement chinois approuve chaque année la construction d’au moins dix réacteurs.
La cadence industrielle tient à un facteur structural que d’autres puissances nucléaires peinent à reproduire. Alors que les États-Unis cherchent à relancer leur filière à travers des projets de petits réacteurs modulaires (SMR) dont la maturité technique reste à démontrer, la Chine capitalise sur une continuité d’exécution.
Modèles industrialisés et intégration verticale
Le parc chinois repose sur des modèles adaptés localement. Les réacteurs Hualong One et CAP1000 constituent l’essentiel des unités en construction, aux côtés de quelques VVER de conception russe. En janvier, la Chine a posé la première pierre de la première centrale nucléaire hybride au monde, dans la province du Jiangsu, associant des réacteurs à eau pressurisée de troisième génération à un réacteur à haute température refroidi au gaz de quatrième génération.
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Ce qui distingue fondamentalement l’approche chinoise, c’est la maîtrise de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. La Chine n’a pas seulement un avantage de rythme de construction, elle a une maîtrise intégrée de sa chaîne d’approvisionnement. Cette verticalisation permet d’éviter les goulots d’étranglement qui paralysent régulièrement les chantiers occidentaux. « La Chine a maintenu une cadence de construction et une répétition des modèles industriels, ce qui est le seul moyen de baisser les coûts et de fiabiliser la construction », ajoute-t-il, pointant une logique que l’industrie nucléaire française connaît bien pour l’avoir pratiquée lors du programme Messmer dans les années 1970.
Sécurité et gouvernance d’une expansion rapide
Le vice-ministre de l’Écologie et de l’Environnement, Dong Baotong, a déclaré lors d’un événement sur la sûreté nucléaire à Shenzhen que le nombre d’unités en exploitation devrait atteindre 70 d’ici fin 2026. « Le développement de l’énergie nucléaire en Chine se trouve à un tournant décisif dans sa montée en puissance », a-t-il indiqué, insistant sur la nécessité de concilier expansion rapide et rigueur des protocoles de sécurité.
La question de la sûreté dans un contexte d’accélération reste un sujet de vigilance en dehors des frontières chinoises. Les standards de transparence et de gestion des risques diffèrent de ceux en vigueur en Europe ou en Amérique du Nord. Une nuance qui renvoie aux débats sur la soutenabilité d’une croissance aussi rapide dans un secteur où la moindre défaillance peut avoir des conséquences planétaires.
Un poids déterminant dans la dynamique mondiale
À l’échelle internationale, le secteur nucléaire devrait mettre en service environ quinze réacteurs en 2026, selon BloombergNEF, après une contraction de la capacité totale de 1,1 GW en 2025. La Chine représente donc près de la moitié des nouvelles mises en service prévues dans le monde en 2026. La concentration des ajouts de capacité dans un seul pays interroge sur l’évolution des équilibres géopolitiques de l’atome civil, alors que les grandes économies occidentales peinent à renouveler leurs parcs vieillissants et que le débat sur le rôle du nucléaire dans la décarbonation reste ouvert.



















