L’Agence de la transition écologique a publié un avis sur les impacts environnementaux de l’intelligence artificielle générative. Entre opacité des acteurs et explosion des usages, l’ADEME appelle à la vigilance et formule plusieurs recommandations.
La consommation électrique des centres de données atteignait 485 TWh dans le monde en 2025. À l’horizon 2030, le chiffre pourrait doubler, rejoignant la consommation annuelle du Japon. En France, la trajectoire est tout aussi préoccupante : multiplication par 3,7 attendue d’ici 2035. Derrière l’envolée, l’intelligence artificielle générative et ses infrastructures énergivores. L’ADEME publie ce jour un avis intitulé « L’intelligence artificielle générative, des impacts environnementaux importants », qui dresse un panorama des effets directs et indirects de ces technologies.
Une empreinte directe aggravée par l’opacité du secteur
Le développement de l’IA générative bouscule l’écosystème numérique, mais l’adoption massive des nouveaux usages s’appuie sur des équipements particulièrement gourmands en ressources. Les impacts sont principalement liés à la consommation énergétique des centres de données nécessaires pour entraîner et faire fonctionner ces systèmes. Ils dépendent donc en grande partie de l’intensité carbone du mix électrique employé. Or, les usages numériques français reposent aujourd’hui aux deux tiers sur des datacenters hébergés à l’étranger, où le mix électrique est bien plus carboné que le mix français.
La fabrication des serveurs, l’artificialisation des sols et la consommation en eau viennent alourdir le bilan. Mais quantifier précisément ces effets reste ardu : le secteur de l’IA, particulièrement compétitif, se caractérise par une opacité tenace. Bases de données d’entraînement, taille des modèles, consommation énergétique réelle, localisation des centres de données… Autant d’informations que les acteurs principaux gardent sous le boisseau. « Le manque de transparence sur les données environnementales des modèles d’IA complexifie la quantification nécessaire des impacts », souligne l’ADEME.
L’agence pointe également des effets indirects difficiles à anticiper : stockage de données supplémentaires, terminaux utilisateurs plus énergivores, obsolescence accélérée des équipements. Autant de signaux qui, cumulés, dessinent une trajectoire préoccupante pour l’ensemble de la filière numérique.
Des promesses de verdissement à relativiser
Les applications de l’IA au service de la transition écologique, souvent regroupées sous la bannière « AI for green », sont fréquemment avancées par les acteurs du secteur. Ainsi, l’empreinte directe de l’IA serait compensée par des gains indirects dans d’autres domaines, avec la promesse d’une réduction de l’impact environnemental de nombreux secteurs.
L’ADEME tempère l’optimisme. Les applications d’IA dédiées à la transition écologique demeurent minoritaires et ne relèvent pas, pour l’instant, des mêmes technologies que les IA génératives et agentiques, lesquelles concentrent l’essentiel des impacts. « Quelle que soit la technologie employée, il est nécessaire de prendre en compte les impacts directs de la solution avec une analyse de cycle de vie complète ainsi que les effets indirects, en particulier les effets rebonds », précise l’avis.
Les premiers cas d’usage étudiés montrent que des gains nets existent, mais d’une ampleur très variable. Ces solutions doivent être pensées comme des compléments aux autres leviers de décarbonation, et non comme des substituts.
Des pistes pour contenir la facture environnementale
Face au constat, l’ADEME formule plusieurs recommandations. La première concerne la mise en place d’une méthodologie solide, standardisée et commune d’évaluation des impacts environnementaux. Les pouvoirs publics sont appelés à soutenir ces initiatives et à garantir leur application effective. En attendant, l’agence invite les concepteurs de services d’IA à s’appuyer sur les bonnes pratiques d’écoconception du référentiel général pour l’IA frugale de l’AFNOR et du Référentiel Général d’Écoconception des Services Numériques.
La relocalisation de centres de données en France constitue un autre levier. Elle permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en renforçant la souveraineté numérique, à condition que ces nouvelles infrastructures se substituent à des usages hébergés à l’étranger. Une planification territoriale de leur implantation apparaît nécessaire pour en limiter les conséquences sur les sols et les ressources en eau.
Enfin, la formation et la sensibilisation à un usage raisonné de l’IA sont présentées comme indispensables. L’ADEME plaide pour que les utilisateurs puissent effectuer des choix éclairés, par exemple en désactivant les fonctionnalités d’IA générative intégrées aux services numériques classiques lorsqu’ils ne souhaitent pas y recourir.
Le lien vers l’AVIS de L’ADEME : « L’intelligence artificielle générative : des impacts environnementaux importants«
Source : CP/ Ademe
















