Le projet H4 Marseille Fos, co-développé par Hy2gen, a signé un partenariat avec le consortium Rhône Décarbonation (Vicat, SPSE, Elengy). L’accord garantit la moitié des besoins en CO2 biogénique pour produire, dès 2032, 75 000 tonnes annuelles de e-SAF sur le site de Fos-sur-Mer.
La première chaîne de captage et utilisation du carbone (CCU) structurée en France vient de trouver un ancrage solide. Le 23 juillet 2026, H4 Marseille Fos, projet co-développé par Hy2gen, a officialisé un partenariat avec le consortium Rhône Décarbonation, qui réunit Vicat, SPSE et Elengy. L’accord garantit la couverture de 50 % des besoins en CO2 biogénique nécessaires à la production de carburant aérien durable de synthèse, le e-SAF.
Un pipeline de CO2 entre l’Isère et les Bouches-du-Rhône
Le dispositif s’appuie sur VAIA, composant principal de Rhône Décarbonation, qui capte 1,2 million de tonnes de CO2 par an à l’usine cimentière de Vicat, située à Montalieu-Vercieu en Isère. Le gaz, une fois capturé via des technologies éprouvées, est acheminé par le réseau de pipelines de SPSE jusqu’au site de H4 Marseille Fos, dans la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Le CO2 biogénique ainsi transporté, issu d’une source durable, alimentera la production de e-SAF à compter du démarrage des installations, programmé pour 2032.
« Sécuriser 50 % de notre approvisionnement en CO2 biogénique avec des partenaires industriels aussi solides que Vicat, SPSE et Elengy envoie un signal fort à l’ensemble de l’écosystème », a déclaré Alexis Martinez, directeur général de H4 Marseille Fos. « Le secteur CCU prend forme avec l’implication de toutes les parties prenantes et montre que H4 Marseille Fos est solidement ancré dans la réalité industrielle de la région. »

75 000 tonnes annuelles pour le marché européen
À pleine capacité, l’usine produira 75 000 tonnes de e-SAF par an grâce à la technologie Methanol-to-Jet. Le bilan environnemental affiche une réduction des émissions de gaz à effet de serre pouvant atteindre 84 % par rapport au kérosène fossile, soit environ 240 000 tonnes équivalent CO2 évitées chaque année. Une contribution qui pèse dans la trajectoire fixée par le règlement ReFuelEU Aviation, lequel impose une incorporation de 10 % de e-SAF dans les carburants aéronautiques d’ici 2040.
L’avancée obtenue rapproche H4 Marseille Fos de sa décision finale d’investissement, attendue pour 2028. Le projet figure parmi les initiatives de e-SAF les plus avancées du continent.
Une chaîne locale face aux incertitudes énergétiques
La dimension géopolitique n’est jamais loin. L’accord intervient dans un climat de volatilité des marchés de l’énergie fossile. Cyril Dufau-Sansot, directeur général d’Hy2gen, ne dit pas autre chose : « La flambée des prix de l’énergie montre les faiblesses des vecteurs énergétiques fossiles, qui dépendent en partie de chaînes d’approvisionnement fragiles dans le climat politique actuel. Avec les e-carburants RFNBO et bas carbone, l’Europe et d’autres régions peuvent développer leur propre approvisionnement en carburant sans dépendre des ressources fossiles comme le pétrole brut. »
Le dirigeant insiste sur la disponibilité locale des matières premières : « L’électricité renouvelable, l’eau et le CO2 biogénique sont les principales matières premières nécessaires, et nous les avons ici même. » Au-delà des perspectives environnementales, le projet promet des retombées économiques pour le sud de la France. « Le projet crée une chaîne de valeur locale, offrant de nouvelles opportunités d’emploi et un nouveau moteur économique pour la région », a-t-il souligné.
Au-delà de la production locale, la technologie Methanol-to-Jet offre une flexibilité supplémentaire : le site de Fos peut recevoir du e-méthanol par voie maritime et le transformer en e-SAF. Une fonction de hub d’importation qui pourrait, à terme, connecter la plateforme à des régions bénéficiant de coûts de production plus compétitifs.
Pour être comptabilisé dans les quotas européens, le e-SAF doit répondre à deux exigences : un hydrogène issu d’électricité renouvelable et bas carbone, et un carbone provenant d’une source durable et biogénique à horizon 2040. Le CO2 sécurisé par l’accord remplit le second critère. Reste désormais à boucler le volet hydrogène et à tenir le calendrier industriel.
















