Ecosia rompt avec Mistral AI et se tourne vers des modèles à poids ouverts, notamment chinois. Les résumés et le chatbot du moteur berlinois vont s’appuyer sur d’autres technologies, servies depuis l’Europe par la plateforme allemande Melious.
📌 L’essentiel en 3 points
- Ecosia abandonne Mistral AI environ cinq mois après l’avoir choisi pour remplacer OpenAI dans ses fonctions d’intelligence artificielle.
- Christian Kroll invoque une qualité décevante, des difficultés de capacité et un retard qu’il estime à un an sur la concurrence.
- Le moteur berlinois passe par la plateforme allemande Melious pour utiliser des modèles à poids ouverts, dont Qwen, GLM et Kimi, hébergés en Europe.
Un divorce à peine masqué
Christian Kroll, fondateur et PDG d’Ecosia, a annoncé la rupture dans un entretien accordé à Politico, publié le 6 octobre 2026. Le moteur de recherche basé à Berlin, connu pour financer la plantation d’arbres, avait pourtant choisi Mistral en mai pour remplacer OpenAI dans ses fonctions d’intelligence artificielle. Environ cinq mois plus tard, ce choix est remis en cause par le dirigeant, qui critique la qualité des modèles et les conditions de leur utilisation. La décision concerne les résumés automatiques et le chatbot intégrés au moteur.
Ce départ fragilise l’image de Mistral comme alternative européenne aux fournisseurs américains, mais ce seul client ne constitue pas, à lui seul, une mesure du niveau technologique de l’entreprise française.
Le constat sévère de Christian Kroll
Les mots du dirigeant sont directs. Il déclare : « Nous sommes déçus par la qualité de Mistral » et estime que ses modèles accusent « un an de retard » sur la concurrence. Kroll évoque aussi des surcharges de serveurs et les difficultés de Mistral à répondre aux besoins d’Ecosia, devenu selon lui un client trop important.
Le dirigeant ajoute également un grief environnemental. La place du nucléaire dans le mix électrique français, sur lequel s’appuie Mistral, cadrerait mal avec les objectifs climatiques d’Ecosia. Il met aussi en cause la souveraineté du fournisseur français en raison de ses investisseurs internationaux. Le patron de Mistral, Arthur Mensch, lui a répondu par une formule ironique : « Désolé si le nucléaire est un vrai frein ».
Cap sur les modèles à poids ouverts, y compris chinois
Ecosia ne remplacera pas Mistral par un autre laboratoire occidental. Le moteur passe par Melious, une plateforme allemande qui héberge en Europe des modèles à poids ouverts, dont les chinois Qwen, GLM et Kimi.
Kroll défend sa bascule par un double argument économique et technique. Il affirme avoir à peu près divisé la facture par deux, tout en améliorant la qualité et les performances. Le choix reste sensible pour un moteur utilisé par des institutions, du ministère fédéral allemand de l’Environnement au NHS britannique. Mais il ne signifie pas que les services seront hébergés en Chine ou hors d’Europe. La question porte notamment sur les biais politiques et la censure associés à certains modèles chinois.
Une souveraineté à géométrie variable
Ecosia abandonne un laboratoire français au profit d’une plateforme allemande, avec un hébergement européen, mais utilise notamment des modèles conçus en Chine. L’origine des modèles et le lieu où ils sont exécutés restent donc deux dimensions distinctes de ce choix.
Kroll voit dans les modèles à poids ouverts une occasion pour l’Europe de rattraper son retard sans consacrer des milliards à l’entraînement de modèles de frontière. Il ne présente pas la provenance chinoise comme un obstacle rédhibitoire. Son raisonnement consiste plutôt à utiliser des modèles disponibles et à traiter leurs limites techniques, notamment leurs biais, au moment de leur déploiement.
Le dirigeant ne considère pas qu’un fournisseur européen garantit, à lui seul, la souveraineté recherchée. Il invoque notamment les investisseurs internationaux de l’entreprise française pour contester cette promesse.
Un coup de froid sur l’IA européenne
Pourtant la rupture constitue bien un revers pour Mistral, environ cinq mois après son arrivée chez Ecosia. Sa portée financière n’est pas encore chiffrée, mais la portée symbolique reste ici plus que visible.
Pour les utilisateurs, Ecosia annonce donc un changement des modèles derrière ses fonctions d’IA. Christian Kroll revendique une meilleure qualité et de meilleures performances, mais ces déclarations ne suffisent pas à établir les bénéfices précis de la transition dans chaque usage.
Les questions écologiques et éthiques ne disparaissent pas pour autant. Le PDG d’Ecosia présente le départ de Mistral comme plus conforme aux objectifs environnementaux d’Ecosia, en invoquant le nucléaire français. Il reconnaît par ailleurs les enjeux de biais politiques des modèles chinois, tout en les jugeant techniquement corrigeables.
















