Le 19 octobre 2026 à 21 h 41, heure de Paris, une fusée japonaise H3 doit décoller de Tanegashima avec un passager franco-allemand hautement symbolique. Au Japon, il sera déjà 4 h 41, le 20 octobre. Idefix devra rouler là où la gravité est si faible qu’une accélération mal dosée peut le faire rebondir ou basculer. Un simple choc ne suffira toutefois pas à l’expédier dans le vide spatial.
📌 L’essentiel en 3 points
- Décollage prévu le 19 octobre 2026 à 21 h 41, heure de Paris, à bord d’un lanceur H3 japonais.
- Idefix, rover franco-allemand de 25 kg, tentera la première locomotion à roues sur un corps céleste à gravité ultra-faible.
- MMX doit étudier l’origine de Phobos et Deimos et rapporter sur Terre des échantillons de Phobos en 2031.
La mission japonaise MMX, pilotée par la JAXA avec la participation de la NASA, du CNES, du DLR et de l’Agence spatiale européenne, emportera une sonde d’environ 4 200 kg, carburant compris. Elle doit étudier Phobos et Deimos pour éclaircir un vieux débat, celui de leur origine. Le départ est prévu le 19 octobre au soir à Paris, ce qui correspond au 20 octobre au matin au Japon. En cas de report, la fenêtre de secours court du 21 octobre au 7 novembre 2026.
Un pari franco-allemand au nom d’Astérix
Idefix est né d’une coopération entre le CNES et le DLR. Ses 25 kg en font un rover compact, mais son défi n’a rien de modeste. Ce nom emprunté au chien d’Astérix évoque l’opiniâtreté d’un engin conçu pour accomplir une première mondiale : devenir le premier rover à roues à se déplacer sur un corps céleste à gravité ultra-faible.
Les deux agences en partagent la maîtrise d’œuvre. Le DLR a conçu le châssis, le système de redressement et la locomotion. Le CNES a fourni le module de service, l’informatique de bord, l’énergie, les communications et les caméras. Ensemble, ils ont développé un robot capable d’évoluer dans un environnement où un appui trop vif peut se transformer en rebond.
Rouler sans s’envoler
Phobos exerce une attraction minuscule, environ 1 800 fois plus faible que celle que nous connaissons sur Terre. Il ne s’agit donc pas d’apesanteur, mais d’une gravité extrêmement faible. Une accélération mal calibrée pourrait soulever l’engin, le faire rebondir ou le renverser. Elle ne le transformerait pas pour autant en débris orbital car quitter Phobos exige une vitesse de libération voisine de 11 mètres par seconde.
Les ingénieurs ont donc prévu une conduite prudente, avec des mouvements progressifs adaptés au terrain. Le système de redressement doit aussi permettre au rover de retrouver sa position de travail après son arrivée sur le sol. Dans cet environnement, rester mobile suppose autant de maîtriser les appuis que de faire tourner les roues.
Sa mission n’est pas de cartographier Phobos, ce travail revient à la sonde, mais d’analyser le sol au plus près. Ses images et ses mesures aideront à choisir le site de prélèvement de la sonde mère. Une collecte d’échantillons est prévue, avec un retour vers la Terre en 2031. Idefix constitue ainsi un maillon d’une chaîne d’exploration plus ambitieuse.
Phobos et Deimos, un casse-tête scientifique
La sonde MMX ne se contente pas de viser Phobos. Elle observera aussi Deimos, l’autre lune de Mars. Les deux satellites intriguent depuis des décennies. Les planétologues examinent notamment deux scénarios : des astéroïdes capturés par la gravité martienne ou des débris issus d’une collision géante avec Mars.
La composition des matériaux doit aider à départager ces hypothèses. Une parenté avec la matière martienne renforcerait la piste d’un impact, tandis qu’une signature proche de celle des corps primitifs appuierait celle de la capture. Les observations de MMX, les mesures d’Idefix et l’analyse des échantillons pourraient faire pencher la balance, sans que le résultat soit connu d’avance.

Un calendrier resserré
La fusée H3 lancera l’ensemble vers Mars. Après environ un an de trajet, la sonde doit atteindre le système martien en août 2027. L’arrivée ne marquera pas immédiatement le début des déplacements d’Idefix ; MMX observera d’abord les deux lunes, puis le rover doit être lâché vers la fin de 2028 ou le début de 2029.
Le calendrier s’étend donc sur plusieurs années, jusqu’au retour prévu des échantillons en 2031. À plus court terme, un contretemps ne renverrait pas automatiquement le départ au début de novembre. La fenêtre de secours annoncée permet un report entre le 21 octobre et le 7 novembre 2026.
MMX : les principales informations
Explorer Phobos et Deimos, puis rapporter sur Terre des échantillons de Phobos.
| Nom de la mission | MMX — Martian Moons eXploration. |
|---|---|
| Agence pilote et partenaires | La JAXA, l’agence spatiale japonaise, dirige la mission en collaboration avec la NASA, le CNES, le DLR et l’ESA. |
| Objectif principal | Étudier les deux lunes de Mars, Phobos et Deimos, et rapporter un échantillon de Phobos pour l’analyser sur Terre. |
| Question scientifique | Déterminer si les lunes sont des astéroïdes capturés par Mars ou des corps formés à partir de débris projetés lors d’un impact géant. |
| Lancement prévu | Pendant l’exercice fiscal japonais 2026, à bord d’une fusée H3, depuis le centre spatial de Tanegashima, au Japon. |
| Voyage et exploration | Environ un an de trajet jusqu’à Mars, puis trois ans d’opérations autour de Phobos pour recueillir des données scientifiques et prélever un échantillon. |
| Retour prévu | Livraison des échantillons sur Terre pendant l’exercice fiscal japonais 2031. |
| Masse de la sonde | Environ 4 200 kg au total, carburant compris. |
| Architecture | Trois modules : propulsion, retour et exploration. Le module d’exploration possède quatre pieds d’atterrissage et deux systèmes de prélèvement. |
| Rover Idefix | Rover de 25 kg développé conjointement par le CNES et le DLR. Il sera déployé sur Phobos avant l’atterrissage de la sonde principale. |
| Gravité sur Phobos | Le rover conserve sa masse de 25 kg, mais son poids sur Phobos équivaut à celui d’environ 15 g sur Terre, selon la fiche de l’ESA. |
| Instruments d’Idefix | Le radiomètre miniRAD, le spectromètre Raman RAX et un système de caméras pour la navigation et l’observation du sol. |
| Instruments de la sonde | MEGANE, MIRS, OROCHI, TENGOO, LIDAR, IREM, MSA et CMDM, ainsi que deux caméras Super Hi-Vision, en 4K et en 8K. |
| Prélèvement des échantillons | Deux systèmes complémentaires : le carottier C-SMP, pour prélever jusqu’à deux centimètres de profondeur, et le dispositif pneumatique P-SMP, qui utilise du gaz sous pression pour collecter des matériaux de surface. |
| Quantité rapportée | Au moins 10 g de matériaux de Phobos. |
| Capsule de retour | La capsule SRC mesure environ 60 cm de diamètre. Son bouclier thermique la protégera lors de la rentrée dans l’atmosphère terrestre. |
| Récupération et analyse | La capsule doit atterrir en Australie, puis être transférée à l’ISAS, l’institut de la JAXA situé à Sagamihara, près de Tokyo. Les échantillons y seront extraits, catalogués et mis à disposition pour les recherches scientifiques. |
| Contribution de l’ESA | Fourniture des équipements de communication dans l’espace lointain, dont un transpondeur et un amplificateur de puissance, et soutien des stations au sol du réseau Estrack. Des scientifiques européens participent aussi aux observations et à l’analyse des données et des échantillons. |
| Autres contributions européennes | Développement du spectromètre infrarouge MIRS par le LESIA de l’Observatoire de Paris et quatre autres laboratoires français, en partenariat avec le CNES. Le CNES contribue également à la préparation des manœuvres ; le DLR a fourni des équipements d’essai, dont une tour de chute et un simulateur de microgravité. |
















