Tarif réglementé: 3 pays européens dans le collimateur

La Commission européenne a demandé jeudi officiellement à l’Italie, à la Pologne et à la Roumanie de mettre leur législation nationale sur les tarifs réglementés de l’énergie pour les clients finals en conformité avec les règles de l’Union.

Le droit de l’Union relatif au marché intérieur de l’énergie prévoit que les prix sont déterminés en premier lieu par le jeu de l’offre et de la demande.

"La fixation par l’État de tarifs pour les clients finals constitue un obstacle pour les nouveaux venus sur le marché et prive dès lors les particuliers et les entreprises de leur droit à choisir le meilleur service proposé sur le marché." C’est pourquoi la Commission a décidé d’envoyer des avis motivés à ces trois États membres.

Si ceux-ci ne se conforment pas à leurs obligations légales dans les deux mois, la Commission pourra saisir la Cour de justice de l’Union européenne.

Conformément aux règles relatives au marché intérieur de l’énergie, toutes les entreprises doivent avoir la possibilité de fournir librement des services sur tout le territoire de l’Union et de fixer des tarifs qui tiennent compte de la situation réelle sur les marchés.

La Commission estime que les tarifs réglementés faussent le fonctionnement du marché. "Ils ne reflètent pas ses besoins réels et entravent la libre concurrence et l’intégration du marché. Ils entretiennent de ce fait une situation monopolistique qui entraîne un sous-investissement ou gonfle inutilement les prix."

Toutefois, ces règles autorisent aussi la fixation de tarifs réglementés dans des cas exceptionnels (la protection des clients vulnérables, par exemple). "Les mesures de ce type doivent viser spécifiquement les clients qui en ont le plus besoin, être limitées dans le temps et garantir aux entreprises européennes d’électricité un égal accès aux consommateurs nationaux."

La Commission considère que les règles actuelles relatives aux tarifs réglementés pour les clients finals en vigueur dans les trois pays concernés ne remplissent pas ces conditions et restreignent la liberté de choix des consommateurs.

Italie : La loi italienne impose encore aux gestionnaires de réseaux de distribution de fournir aux clients nationaux et aux petites entreprises de l’électricité à des tarifs réglementés s’ils n’ont pas délibérément choisi de passer un contrat avec un fournisseur sur le marché ouvert à la concurrence. Cette mesure ne comporte aucune date-butoir précise, va au-delà de ce qui est nécessaire pour protéger les consommateurs et entrave l’accès des nouveaux venus au marché italien.

Pologne : La loi polonaise sur l’énergie impose aux entreprises énergétiques l’obligation d’indiquer expressément les tarifs du gaz pour les clients finals et d’obtenir l’agrément préalable de l’autorité nationale de régulation. Les nouveaux venus doivent, eux aussi, obtenir cet agrément avant de pouvoir accéder au marché. De plus, cette mesure n’établit pas une distinction suffisante entre les différents groupes de consommateurs, et sa portée est trop large.

Roumanie : Deux avis motivés ont été envoyés à la Roumanie, l’un pour l’électricité, l’autre pour le gaz. Pour ce qui concerne l’électricité, la loi roumaine a créé un marché réglementé de l’électricité. Les tarifs réglementés pour les clients finals sont applicables à tous les ménages et à toutes les petites et moyennes entreprises qui n’ont pas encore usé de leur droit de changer de fournisseur. Pour ce qui est du gaz, les tarifs réglementés pour les clients finals continuent de s’appliquer à tous les consommateurs.

** Dans son arrêt Ferederutility, la Cour de justice a défini clairement les critères que doivent respecter les tarifs réglementés pour être compatibles avec la législation relative au marché intérieur de l’énergie : ils doivent poursuivre un intérêt économique général, être conformes au principe de proportionnalité, être clairement définis, transparents, non discriminatoires et contrôlables et garantir aux entreprises énergétiques de l’Union européenne un égal accès aux consommateurs.

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Tassin

“Les tarifs réglementés faussent le fonctionnement du marché en ce qu’ils ne reflètent pas ses besoins réels et entravent la libre concurrence et l’intégration du marché. Ils entretiennent de ce fait une situation monopolistique qui entraîne un sous-investissement ou gonfle inutilement les prix.” Ahahah! Décidement la propagande a encore de beaux jours devant elle! Et ce malgré l’échec retentissant de la libéralisation de l’électricité en Europe. Suffit de lire Enerzine pour le savoir : les prix explosent, l’état du réseau se dégrade, on oblige un producteur à vendre son énergie à prix coutant… C’est beau la libre concurrence sur les réseaux!

chelya

Vous décrivez la situation de la France… qui n’a justement pas libéralisé le marché de l’électricité ! (le prix de l’électricité est fixé par l’état et le réseau n’est pas indépendant mais appartient à l’opérateur en situation de monopole)

dede29

considérer que tout doit etre privatisé est un dogme libéral qui nie les realités humanitaires ,sociales et meme financières pour le profit immediat . L’eau ,l’énergie sous toutes ses formes et meme l’accés dans les villes sont des droits des personnes que les états doivent protéger .C’est à eux de gérer les investisements à longs termes et les prix adaptés à la situation sociale du pays .La libre concurrence n’est pas toujours un gage de progrès .

Dan1

La Commission estime que les tarifs réglementés faussent le fonctionnement du marché. “…Ils entretiennent de ce fait une situation monopolistique qui entraîne un sous-investissement ou gonfle inutilement les prix.” Que la France ne respecte pas les principes de la concurrence libre et non faussée (qui n’est qu’une vue de l’esprit dans le domaine de l’énergie) est une chose, que la non-concurrence fasse systématiquement augmenter les prix et provoque un sous-investissement en est une autre… car la concurrence a un prix et n’est pas nécessairement la solution la plus optimale. Dans le cas de la France, cette affirmation est fausse et la commission devrait signaler cette “anomalie” si elle veut rester crédible. Cela a été maintes fois abordé sur Enerzine : Je reprends la passage intéressant : “Le paradigme EDF n’a bien fonctionné qu’environ 60 ans, juste le temps de guérir la France de ses plaies et de la propulser dans le monde moderne. Ce pays sans grande ressources fossiles, à l’instar du Japon (nucléarisé à deux titres), a réussi à rester dans le peloton de tête en innovant (quoiqu’on en dise) et en instaurant assez tôt la chasse au GASPI (1973), là où d’autres n’avez pas encore une conscience très développée de certaines vulnérabilités énergétiques. Tout ça c’est de la nostalgie et la vie c’est le mouvement… il faut que les paradigmes changent et que la concurrence s’installe, car la concurrence c’est autant un moyen qu’une fin. Il a été décrété que la concurrence est salvatrice pour le peuple (peut être même rédemptrice pour les trop nombreux intoxiqués français “élevés au lait de l’Etat”). Etant entendu que la concurrence est libre et non faussées, applicable en tout temps et tout lieu à n’importe quelle “marchandise” et qu’elle quasi immédiatement une baisse des prix au profit du consommateur. Et puis, un jour on fera autrement parce qu’on aura découvert un autre paradigme. Je terminerai en citant la conclusion de Marcel Boiteux extraite d’un article paru dans la revue Futurible n° 331 en juin 2007 : “Mais, après qu’à travers les siècles le pouvoir des plus riches l’ait peu à peu emporté sur celui des plus forts, ne peut-on penser qu’un jour viendra où le pouvoir de l’argent sera lui-même sublimé par une forme de pouvoir dont les motivations seront plus élaborées ? Une économie de marché convenablement encadrée assurera alors la prospérité d’un secteur concurrentiel enfin libéré des entraves à courte vue qui lui sont prodiguées aujourd’hui, tandis que, là où monopoles naturels et coûts de transaction prévalent, réapparaîtront des entreprises publiques chargées efficacement des missions que le système du marché permet mal de remplir. Alors l’EDF d’avant aura été seulement en avance d’un temps …” ” Fin de citation. Il n’est pas non inintéressant de regarder ce que pense Joseph Stiglitz de la concurrence libre et non faussée :

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