Rouler au carburant renouvelable et être comptabilisé comme zéro émission. Toyota demande à Bruxelles de reconnaître une catégorie VEEF dans les règles européennes de CO2. Une proposition qui déplace le débat de l’échappement vers le bilan du carburant.
Un sigle, quatre lettres et beaucoup d’ambiguïté
Le constructeur japonais a présenté sa demande vendredi dernier, à Bruxelles. Les VEEF, pour Vehicles Running Exclusively on Eligible Fuels, désignent des véhicules fonctionnant exclusivement avec des carburants éligibles. Toyota réclame leur reconnaissance comme véhicules zéro émission, selon une définition européenne unique alignée sur la directive sur les énergies renouvelables RED III.
Une nuance toutefois car ces moteurs continuent d’émettre du CO2 à l’échappement. Leur intérêt climatique repose donc sur une réduction des émissions comptabilisées sur la chaîne du carburant, du puits à la roue. Les critères évoqués portent sur une baisse significative par rapport aux carburants fossiles, pas sur une absence d’émissions.
L’Espagne sert de laboratoire
Depuis le début de juillet 2026, une expérimentation de six mois se déroule en Espagne. Toyota, BMW, Bosch et Repsol y font circuler environ vingt véhicules, alimentés exclusivement avec de l’essence renouvelable Nexa 95. Le système Digital Fuel Twin de Bosch intervient dans le suivi et la traçabilité du carburant utilisé.
Annoncé le 15 juillet, le pilote doit examiner les conditions d’utilisation de cette essence dans des véhicules existants. Il ne constitue pas encore une démonstration achevée. Ainsi, au 19 octobre, l’essai est toujours en cours et le Toyota n’a pas présenté de résultats à ce jour.
L’angle mort du carburant
Le Nexa 95 testé en Espagne est une essence renouvelable issue de matières premières conformes aux critères européens, notamment des déchets et résidus. Ce n’est pas un carburant de synthèse produit à partir d’hydrogène et de CO2. Lui appliquer les coûts des e-fuels brouillerait la comparaison.
Repsol revendique une réduction de plus de 70% des émissions nettes de CO2 sur le cycle de vie par rapport à l’essence conventionnelle. Le chiffre reste encore une déclaration du fournisseur, et non le résultat du pilote espagnol. Il ne justifie pas de parler d’un bilan « proche de zéro ».
Toyota affirme que la biomasse européenne pourrait alimenter environ 300 millions de véhicules thermiques jusqu’en 2040.
La compétitivité industrielle en arrière-plan
La demande s’inscrit dans un plaidoyer de Toyota pour préserver la compétitivité automobile européenne. Elle intervient dans un débat déjà ouvert. La Commission a proposé de ramener à 90% l’objectif de réduction des émissions à l’échappement à partir de 2035, avec une compensation du solde reposant notamment sur certains carburants et l’acier bas carbone européen.
L’enjeu des VEEF est donc réglementaire. Il s’agit de faire reconnaître certains véhicules thermiques comme zéro émission dans les normes de CO2 applicables aux ventes neuves. Le pilote espagnol, consacré à des véhicules existants, répond à une autre question, à savoir, comment vérifier leur fonctionnement exclusif avec un carburant éligible.
Ce que cela change pour vous
La proposition ne permet pas de promettre les mêmes avantages fiscaux ou le même accès aux zones à faibles émissions qu’avec une électrique. La demande de Toyota concerne uniquement les règles européennes de CO2.
Le débat porte ainsi sur ce que doit signifier l’étiquette zéro émission, cad. l’absence de CO2 à l’échappement, ou la reconnaissance réglementaire d’une réduction calculée sur la chaîne du carburant. La certification et la traçabilité deviennent alors centrales.















