Depuis Delft aux Pays-Bas, une startup de onze personnes a bousculé le paysage de l’informatique quantique. Groove Quantum, essaimage du centre de recherche QuTech créé en 2024, a présenté un processeur de 18 qubits de spin en germanium, tout en annonçant une levée de fonds de 16 millions d’euros. Il s’agit, selon l’entreprise, du plus grand processeur quantique à semi-conducteurs jamais assemblé.
Le financement se répartit entre 10 millions d’euros en capital et 6 millions en subventions publiques. Le tour d’amorçage est codirigé par Innovation Industries, fonds européen spécialisé dans la deep tech, et 55 North, véhicule nord-américain dédié exclusivement au quantique. Verve Ventures et le Fonds du Conseil européen de l’innovation complètent le tour de table. Les subventions émanent du programme EIC Accelerator et du EU Chips Act, signalant l’intérêt des institutions européennes pour les architectures à base de semi-conducteurs.
Le germanium, un pari industriel
La particularité de la puce de Groove Quantum tient au choix du matériau. Le germanium, cousin du silicium dans la classification périodique, présente une compatibilité naturelle avec les procédés de fabrication CMOS, les techniques de gravure qui produisent par milliards les CPU et GPU modernes. Là où d’autres approches quantiques exigent des conditions de fabrication atypiques ou des infrastructures cryogéniques inédites, le qubit de spin en germanium se glisse dans des chaînes de production éprouvées.
La puce adopte une architecture modulaire conçue pour être assemblée en mosaïque. L’objectif est explicite : constituer des processeurs de plus grande taille par simple juxtaposition de tuiles élémentaires. Les fidélités mesurées, publiées en parallèle sur la plateforme arXiv, atteignent 99,8 % en moyenne pour les portes à qubit unique, avec une médiane de 99,9 %. Des chiffres qui placent Groove dans la fourchette haute des performances enregistrées pour les qubits de spin.
« L’informatique quantique n’aura un véritable impact que si elle peut être conçue et fabriquée à grande échelle« , a déclaré Anne-Marije Zwerver, PDG et cofondatrice. « Grâce à ce financement et à notre prototype à 18 qubits, nous avons démontré que les qubits de spin à semi-conducteurs ne sont pas qu’une idée de laboratoire. Ils sont prêts à être mis à l’échelle rapidement.«
Newsletter Enerzine
Recevez les meilleurs articles
Énergie, environnement, innovation, science : l’essentiel directement dans votre boîte mail.
Onze personnes, deux décennies de travaux
Atteindre un tel jalon avec une équipe aussi réduite mérite d’être souligné. « Il faut beaucoup d’optimisme tenace et de créativité pour obtenir ces résultats avec seulement onze personnes« , a insisté Anne-Marije Zwerver. La startup prévoit d’employer les capitaux frais pour franchir le cap des 100 qubits, en bâtissant une « cellule unitaire » qui contiendrait tous les éléments architecturaux nécessaires à une expansion ultérieure.
Le sprint technologique repose sur plus de vingt années de recherche fondamentale menée à l’université de Delft (TU Delft), berceau européen des qubits de spin. Le cofondateur et directeur technique Nico Hendrickx est considéré comme un pionnier du quantique à base de germanium. Le conseil scientifique réunit les professeurs Menno Veldhorst, Giordano Scappucci et Lieven Vandersypen, figures reconnues de la discipline. Le capital total mobilisé par l’entreprise atteint désormais 26 millions d’euros, en incluant un précédent prix EIC Accelerator de 10 millions obtenu en 2025.
« Groove a le potentiel de dépasser la concurrence et de faire évoluer l’informatique quantique à un niveau où elle ouvre la voie à des applications concrètes dans les domaines de la santé, de l’énergie, de la sécurité et au-delà« , a estimé Vincent Kamphorst, directeur des investissements chez Innovation Industries.
Reste à faire passer Groove du laboratoire à l’échelle industrielle. La route vers les 100 qubits dira si le germanium tient la distance face aux autres filières, qu’il s’agisse des qubits supraconducteurs, des ions piégés ou des atomes neutres. Pour l’heure, Groove Quantum a réussi à faire entrer l’informatique quantique dans les standards de la microélectronique, avec les moyens d’une équipe de football amateur.

















