Une étude de l’université de Californie à Los Angeles, publiée dans Nature Communications, révèle que les poussières désertiques en suspension retiennent environ deux fois plus de chaleur que ne le calculent les modèles climatiques actuels, avec des conséquences directes pour les régions sous le vent des grands déserts.
Les fines particules arrachées aux déserts du Sahara ou du Gobi ne se contentent pas de voyager à travers les océans et les continents. Elles modifient, dans des proportions jusqu’ici mal évaluées, le bilan thermique de l’atmosphère terrestre. Selon les travaux menés par l’équipe du professeur Jasper Kok, de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), la poussière atmosphérique absorberait et retiendrait près du double de la chaleur terrestre que lui attribuent les simulations actuelles.
Parue dans Nature Communications, l’étude s’appuie sur une combinaison d’observations satellitaires, de mesures aéroportées portant sur la granulométrie des particules, de modélisations climatiques et de relevés météorologiques de température. L’objectif : établir une estimation mondiale du pouvoir de rétention thermique des poussières, affranchie des biais qui affectent les modèles standards.
Une sous-estimation de près de moitié
Les aérosols désertiques jouent un double jeu dans le système climatique. Ils réfléchissent une partie du rayonnement solaire vers l’espace, produisant un effet refroidissant, mais ils absorbent aussi le rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre et le rediffusent vers le bas, à la manière d’une couverture isolante. L’effet net reste un léger refroidissement global, précise l’équipe, mais la composante réchauffante s’avère nettement plus marquée que ce que les modèles intègrent.
« Les poussières atmosphériques piègent environ un quart de watt par mètre carré de chaleur en absorbant et en diffusant le rayonnement thermique émis par la Terre, ce qui est comparable à environ un dixième de l’effet de réchauffement produit par le dioxyde de carbone émis par l’ensemble des activités humaines, » a déclaré Jasper Kok. « Les modèles climatiques actuels sous-estiment d’environ moitié l’effet chauffant des poussières.«
L’une des causes principales de ce biais réside dans la difficulté à représenter les particules les plus grossières. Les modèles ne captent qu’environ un quart des quelque 20 millions de tonnes métriques de poussières très grossières flottant dans l’atmosphère, or ces particules sont précisément les plus efficaces pour piéger la chaleur.
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Le Sahara, le Moyen-Orient et l’Asie de l’Est en première ligne
L’actualisation des modèles climatiques pour y intégrer l’effet de réchauffement renforcé pourrait améliorer aussi bien les prévisions météorologiques à courte échéance que les projections à plus long terme. Les zones géographiques situées sous le vent des grands déserts seraient les plus concernées : certaines régions du Sahara, du Moyen-Orient et de l’Asie de l’Est devraient connaître des températures de surface plus élevées, une évaporation accélérée et une modification des régimes de précipitations.
L’enjeu dépasse le seul cadre de la recherche fondamentale. Les concentrations de poussière atmosphérique ont augmenté durant tout le XXe siècle, atteignant un pic dans les années 1980, et demeurent élevées par rapport à l’ère préindustrielle. Une large part de ces aérosols provient des grands déserts, mais aussi de lits de lacs asséchés dont les sols ont été mis à nu par des détournements d’eau anthropiques : la mer de Salton, la vallée d’Owens ou le Grand Lac Salé en sont des illustrations.
« Les modèles climatiques restent efficaces et utiles, et cela les rendra encore plus précis », a souligné Jasper Kok. Une invitation à regarder autrement ces nuages de poussière que les vents soulèvent aux quatre coins du globe, et dont l’influence sur le thermostat planétaire pourrait peser davantage qu’on ne le pensait.
Source : UCLA



















