BYD a annoncé l’inauguration au Chili la station Elena, la plus grande installation de stockage des Amériques avec ses 3,5 GWh, confirmant une stratégie de réorientation des batteries sodium-ion vers le stockage stationnaire plutôt que les véhicules électriques. Le géant chinois vise un coût de production de 0,3 yuan par watt-heure d’ici 2027.
Un conteneur standard de vingt pieds, 2,3 MWh de capacité, et une technologie encore marginale il y a trois ans. BYD accélère donc le déploiement industriel du sodium-ion pour imposer une alternative au lithium sur les applications stationnaires. L’inauguration ce mois-ci de la station Elena, perdue dans l’immensité du désert d’Atacama chilien, en apporte une démonstration concrète. L’installation, qualifiée par BYD de plus grand site de stockage sur batterie des Amériques, affiche une capacité de 3,5 GWh et mobilise 624 systèmes conteneurisés MC Cube-T.
Le projet constitue la sixième phase du complexe Oasis de Atacama, développé par l’espagnol Grenergy, qui associe stockage massif et 446 MW de production solaire. Une configuration emblématique d’une nouvelle géographie industrielle avec l’Amérique latine qui devient un terrain d’expérimentation grandeur nature pour la domination chinoise sur les chaînes de valeur du stockage électrique.
Une plateforme pensée pour le réseau, pas pour la route
La troisième génération de batteries sodium-ion de BYD repose sur une chimie polyanion fluorophosphate de sodium (NFPP), délibérément calibrée pour les applications stationnaires. Densité énergétique plus modeste que celle du lithium fer phosphate (LFP), mais durée de vie en cycles étendue, sécurité thermique renforcée et recours à des matières premières abondantes. L’équation technico-économique privilégie le stockage sur réseau, où le poids et le volume comptent moins que dans un véhicule.
BYD a lancé à la mi-2025, à Xining dans la province du Qinghai, l’une des premières lignes de production en série de batteries sodium-ion au monde. La capacité nominale initiale atteint 30 GWh. Le produit phare, le MC Cube-SIB ESS, concentre 2,3 MWh dans un conteneur standard de vingt pieds, un format directement compétitif face aux blocs LFP équivalents.
Reste la question du coût. Les analystes de Minmetals Securities tablent sur une parité totale avec les filières LFP établies à l’horizon 2027 seulement. Aujourd’hui, les batteries sodium chinoises se négocient entre 0,5 et 0,7 yuan par watt-heure, quand le LFP oscille entre 0,3 et 0,5 yuan. L’objectif affiché de 0,3 yuan (environ 0,04 dollar) par watt-heure d’ici deux ans suppose une montée en cadence industrielle et une optimisation des procédés de fabrication dont les marges de progression demeurent à démontrer.
Le Chili, laboratoire d’une ambition continentale
La mise sous tension d’Elena porte à 6,5 GWh le volume cumulé fourni par BYD au complexe Oasis de Atacama. En mars dernier, Grenergy a signé un accord supplémentaire de 2,6 GWh pour une plateforme distincte, Central Oasis, implantée dans le centre du Chili. Un développement chiffré à 900 millions de dollars, dont la mise en service est programmée entre 2026 et 2027. Au total, les deux plateformes chiliennes représentent plus de 9 GWh de capacité de stockage BYD contractualisée dans un seul pays.
Cette concentration géographique illustre un basculement. L’Amérique du Sud, riche en ressources solaires et éoliennes mais confrontée à des réseaux électriques souvent fragiles, offre un débouché naturel aux technologies de stockage de grande échelle. Pour les fabricants chinois, ce marché présente l’avantage d’être moins directement exposé aux tensions commerciales qui compliquent l’accès aux marchés nord-américain et européen.
Newsletter Enerzine
Recevez les meilleurs articles
Énergie, environnement, innovation, science : l’essentiel directement dans votre boîte mail.

















