Début octobre 2026, le développeur Brandon Thomas a mis en ligne sept applications gratuites qui visent les logiciels phares d’Adobe. Les créatifs peuvent déjà tester la retouche photo, le montage vidéo ou la mise en page sans abonnement aux outils de création, en exécution locale et avec un code ouvert à tous. Une promesse séduisante, mais qui repose encore sur des logiciels à un stade précoce de développement.
📌 L’essentiel en 3 points
- Sept applications open source et gratuites visent les principaux usages des logiciels d’Adobe, sans offrir à ce stade des équivalents aboutis.
- Brandon Thomas indique avoir généré une grande partie de leur code en Rust avec Claude Opus 5.5, le modèle d’Anthropic
- PhotoCraft et PdfCraft sont en alpha précoce ; les cinq autres applications restent en développement, même si des installateurs permettent déjà de les tester.
Le projet est porté par ArtCraft et son créateur, Brandon Thomas, un développeur basé à Atlanta. Baptisée Crafting Apps, cette famille de sept logiciels cible les principaux usages du Creative Cloud, de la retouche photo à l’édition de PDF. Les applications sont écrites en Rust et conçues pour fonctionner directement sur la machine de l’utilisateur, sans compte ni télémétrie annoncée. Il faut néanmoins distinguer ces outils locaux des options de génération d’images proposées dans les applications. En effet, facturées au jeton, elles peuvent recourir à des modèles tiers et faire sortir des données de l’ordinateur.
Une famille d’outils en local
Concrètement, PhotoCraft s’attaque à la retouche photo, VectorCraft au dessin vectoriel, FilmCraft au montage vidéo, LightCraft à la bibliothèque photo et au développement RAW, EffectCraft aux effets visuels et au motion design, DesignCraft à la mise en page et PdfCraft à l’édition de PDF. PhotoCraft et PdfCraft sont présentées en alpha précoce, tandis que les cinq autres restent signalées comme étant en développement. Toutes disposent néanmoins d’un installateur permettant de les tester.
Les fonctions du projet global sont encore limitées avec de possibles bugs et une stabilité perfectible. PhotoCraft reprend notamment les principes de la retouche par calques, des masques et des filtres. PdfCraft propose la lecture, la fusion, la séparation et l’annotation de documents. La conversion vers les formats bureautiques reste, en revanche, parmi les fonctions incomplètes ou absentes. L’existence d’un installateur ne signifie donc pas que chaque application est prête à remplacer son équivalent chez Adobe.
L’IA comme copilote
L’originalité du projet tient à son processus de développement. Brandon Thomas explique avoir utilisé Claude Opus 5.5, le modèle d’Anthropic, pour générer une grande partie du code. Il présente ces applications comme des réécritures « clean-room », reconstruites sans utiliser le code d’Adobe. Le terme de clone décrit ainsi leur ambition et leur proximité avec des habitudes de travail connues, pas une copie du logiciel d’origine.
Cette méthode a permis de publier rapidement une première série d’outils, mais pas une suite aboutie. Elle laisse ouvertes les questions de qualité du code, de maintenabilité et de correction des failles. Thomas indique pratiquer Rust depuis une dizaine d’années sur de gros projets.
Le projet n’est pas né d’une simple envie de copier. ArtCraft avait d’abord été présenté comme un outil d’IA contrôlable destiné aux artistes, notamment pour modifier précisément des images et des vidéos générées par intelligence artificielle. La marque a ensuite élargi son ambition aux outils de création généralistes. Pour expliquer cette démarche, Thomas évoque une frustration personnelle comme les frais d’annulation d’Adobe, auxquels il dit avoir été confronté à plusieurs reprises.
Une alternative crédible ?
La gratuité, l’ouverture du code et le traitement local constituent des arguments, mais les outils disponibles restent trop précoces pour être présentés comme des remplaçants aboutis de Photoshop, Premiere ou InDesign. Pour les utilisateurs lassés des abonnements, ils représenteront peut être davantage une piste à tester qu’une porte de sortie déjà garantie.
Leur atout n’est pas non plus une intégration de tous les outils dans un logiciel unique. Les Crafting Apps sont des applications distinctes, conçues pour fonctionner chacune de leur côté. Le projet mise plutôt sur une famille d’outils ouverts, gratuits et familiers pour les utilisateurs d’Adobe.
PhotoCraft : les principales informations
Un éditeur d’images open source inspiré des usages de Photoshop, développé en Rust par l’équipe ArtCraft et ses contributeurs.
Alpha précoce — à tester avec prudence| Rubrique | Informations principales |
|---|---|
| Projet | Éditeur d’images indépendant, présenté comme une réécriture « clean-room » de Photoshop : développé à partir de spécifications publiques et de comportements observés, sans code propriétaire d’Adobe. PhotoCraft n’est ni affilié à Adobe, ni sponsorisé ou approuvé par l’entreprise. |
| Prix et licences | Gratuit et open source. Le code est proposé sous licence MIT ou Apache-2.0, au choix. Les ressources intégrées conservent leurs propres licences. Le nom et les logos ArtCraft ne sont pas couverts par cette double licence. |
| Systèmes disponibles | Windows, macOS, Linux et FreeBSD. Une version WebAssembly est également proposée pour un fonctionnement dans le navigateur. Windows : installateurs et archives portables. macOS : application universelle Apple silicon et Intel. Linux : AppImage, Flatpak, DEB, RPM et archive. |
| Architecture | Application native écrite en Rust, avec une interface egui et un compositeur GPU fondé sur wgpu. Le projet annonce un fonctionnement hors ligne, sans Electron ni vue web intégrée pour l’application de bureau. |
| Calques et retouche | Calques, groupes, masques de pixels et vectoriels, masques d’écrêtage, objets dynamiques et filtres modifiables. Le README annonce 16 calques de réglage et 27 modes de fusion. |
| Outils et sélections | Le projet répertorie 52 outils : pinceaux, tampon de duplication, correcteurs, recadrage, plume, texte et formes, notamment. Les sélections incluent lassos, baguette magique, sélection rapide, sélection d’objet et sélection du sujet. Selon le README, la sélection intelligente fonctionne sur la machine, sans cloud ni compte. |
| Texte, formes et filtres | Texte éditable, contrôles de caractères et de paragraphes, formes vectorielles, dégradés et styles de calque. Les filtres disposent d’un aperçu sur le canevas : flou, netteté, réduction du bruit, déformations et autres effets. |
| Couleurs | Documents RVB, niveaux de gris, CMJN et Lab en 8, 16 ou 32 bits par canal. Gestion des profils ICC, conversion de profils, épreuvage écran et avertissement des couleurs hors gamut. |
| Formats de fichiers | PSD, PSB, TIFF avec calques, SVG, PNG, JPEG, WebP, GIF, OpenEXR, HDR et AVIF, entre autres. PhotoCraft possède aussi son format natif .pcraft. HEIC : lecture selon la compilation. Documents Affinity : ouverture en lecture seule, avec avertissements pour les éléments non pris en charge ; aucun export Affinity. |
| Compatibilité PSD | Ouverture, modification et enregistrement de documents Photoshop avec calques. Selon les tests du projet, le rendu est conservé après réenregistrement pour 307 fichiers sur 309 dans le corpus psd-tools, et pour 169 sur 170 dans un corpus mixte. Ces résultats concernent les corpus testés : ils ne garantissent pas une compatibilité universelle. Un fichier réenregistré n’est pas identique octet par octet à l’original. |
| Automatisation et agents IA | Registre de plus de 500 commandes, accessible par l’interface, un outil en ligne de commande, un canal de contrôle JSON ou un serveur MCP. Traitement par lots également proposé. Le canal de contrôle de l’application de bureau est annoncé comme authentifié et limité à la boucle locale. |
| Limites reconnues | PhotoCraft reste en alpha précoce. L’équipe précise qu’il ne remplace pas encore Photoshop pour un travail professionnel quotidien. Les principaux manques concernent les fonctions IA et génératives, une vingtaine d’outils, la profondeur des fonctions typographiques, les usages professionnels et la compatibilité avec les plug-ins. |
| Tests et installation | Le README annonce plus de 1 700 tests. Les téléchargements sont disponibles depuis la page officielle de PhotoCraft et les versions publiées sur GitHub. Sous Wayland, le glisser-déposer de fichiers est signalé comme non fonctionnel : utiliser le menu d’ouverture ou les solutions de contournement documentées. |
















