Réduire de moitié la masse d’ergols nécessaires pour un aller–retour vers Mars, offrir 2 MW d’énergie électrique une fois sur place et diviser par deux le temps de trajet vers les confins du Système solaire : tel est le programme ambitieux porté par Pulsar Fusion avec son moteur à fusion « Sunbird ». Propulsé par un Dual Direct Fusion Drive (DDFD), le concept vient bousculer l’arsenal technologique actuel fondé sur la chimie ou l’ionique.
À l’heure où les agences spatiales cherchent des solutions crédibles pour la logistique martienne et l’exploration des planètes géantes, cette proposition de rupture captive à la fois les ingénieurs et les investisseurs. Reste à prouver, avec un essai statique prévu en 2025, que le rêve pourra s’extraire du PowerPoint pour gagner l’orbite basse terrestre.
Une architecture compacte pour la fusion
Le cœur de cette révolution repose sur le Dual Direct Fusion Drive, une technologie qui exploite directement les réactions de fusion pour créer une poussée. Contrairement aux systèmes conventionnels qui convertissent l’énergie en électricité avant de la transformer en propulsion, le moteur Sunbird canalise directement les particules chargées issues de la fusion nucléaire. Cette approche permet d’atteindre des vitesses théoriques de 50 000 km/h, soit des performances largement supérieures aux technologies actuelles.
En effet, contrairement aux tokamaks gargantuesques qui monopolisent l’attention terrestre, le DDFD mise sur des réacteurs linéaires compacts. La chambre de combustion, longue de quelques mètres, confine un plasma chauffé à plusieurs dizaines de millions de degrés, libérant un jet dont l’impulsion spécifique flirte avec 10 000–15 000 s, soit près de cent fois celle d’un moteur chimique classique. Le design concentrique autorise à la fois production de poussée – 10 à 101 N selon les phases – ainsi qu’une génération continue d’électricité. Cette double casquette sera essentielle pour alimenter les instruments scientifiques ou les modules de vie sans panneaux solaires, handicapés au-delà de l’orbite martienne.
Le pari d’une démonstration orbitale en 2027
Pulsar Fusion déroule une feuille de route en trois temps :
- 2025 : des premiers essais statiques au sol pour valider confinement, matériaux et système d’injection.
- 2027 : une démonstration en orbite (IOD) des briques critiques, probablement à bord d’une plateforme de quelques tonnes.
- Après 2030 : une qualification d’un véhicule « Sunbird migratory » capable d’emporter 1 000 kg jusqu’à Pluton en quatre ans.
L’entreprise appuie sa confiance sur des études de chauffage plasma et un audit technique mené en 2021, mais surtout sur la promesse d’un carburant auto-entretenu. Ainsi, en simplifiant la logistique, elle espère séduire agences et acteurs privés qui lorgnent déjà vers un fret martien fréquent.
Révolution logistique : du docking en orbite, des delta-V divisés
Le scénario d’exploitation repose sur un élément clé : pouvoir stationner plusieurs Sunbird en orbite basse pour servir de « remorqueurs ». Une fusée conventionnelle n’aurait plus qu’à placer la charge utile en LEO (9,4 km/s). Le DDFD prendrait ensuite le relais :
- 3–5 km/s pour un transfert vers Mars ;
- 6–10 km/s pour Jupiter.
Le résultat laisse rêveur. L’économie du delta-V frôle les 35 à 50% selon la destination, permettant de couper de moitié la masse de carburant au décollage. Pour les missions lointaines, la réduction de coût et la disponibilité de 1 MW électrique à l’arrivée pourraient doper des instruments gourmands en énergie, comme des radars pénétrants ou des lasers de communication gigabit.
Des applications commerciales déjà esquissées
La société décline cinq usages cibles : le cargo martien rapide, un hub ravitailleur Terre–Lune, une prospection d’astéroïdes, un déploiement d’un télescope profond et un ferry scientifique vers Jupiter ou Saturne. Chaque mission table sur le même levier : concentrer l’effort énergétique au sein d’un module réutilisable, financé comme un service partagé et amorti sur plusieurs rotations.
Malgré l’enthousiasme, deux verrous majeurs demeurent :
- Confinement plasma et longévité des matériaux : supporter en continu des densités énergétiques extrêmes sans dégradation.
- Contrôle dynamique et sûreté : gérer un réacteur à fusion en orbite, loin de toute équipe de maintenance, impose une redondance logicielle et matérielle inédite.
Sur le front économique, Pulsar Fusion rivalise avec les projets de propulsion nucléaire thermique (NTP) soutenus par la NASA et la DARPA, moins performants mais plus mûrs. Le ticket d’entrée pour un Sunbird opérationnel dépendra donc de la réussite des essais. Une simple dérive de calendrier pourrait vite émousser la patience des investisseurs et reléguer le DDFD au rang d’étude d’ingénierie.
Une passerelle vers l’exploration post-chimique
Si les jalons de 2025 et 2027 sont franchis, Pulsar Fusion offrira une option crédible pour l’ère post-Artemis : des missions cargo plus souples, des fenêtres de tir élargies et un Système solaire interne parcourable sans ravitailler à chaque étape. Au-delà, la capacité de fournir plusieurs mégawatts dans le vide ouvre la voie à des expériences exobiologiques énergivores, voire à l’impression 3D en micro-gravité à grande échelle.
Source : Pulsarfusion