Des chercheurs de l’université de Pékin, associés à la City University of Hong Kong, annoncent avoir conçu la première puce « toutes fréquences » capable de dépasser 100 Gb/s en transmission sans-fil. L’innovation, dévoilée le 28 août, condense sur 11 mm une architecture photoni-électronique qui couvre l’ensemble du spectre de 0,5 GHz à 115 GHz. Le dispositif pourrait accélérer la normalisation de la 6G et repositionner la Chine au cœur de la course mondiale aux réseaux de prochaine génération.
Le prototype intègre, sur un même substrat, neuf sous-systèmes radio traditionnellement séparés : micro-ondes, ondes millimétriques et même térahertz léger. Au centre, un modulateur électro-optique convertit les signaux électriques en impulsions lumineuses, permettant de balayer 6 GHz de bande en 180 µs – l’équivalent d’un changement de voie instantané sur une autoroute encombrée. Résultat : un canal unique à 100 Gb/s, soit la possibilité de diffuser 1 000 flux vidéo 8K simultanés.
Une réponse aux limites du 5G
Alors que la 5G plafonne théoriquement à 20 Gb/s, la 6G vise des sommets cent fois supérieurs. Le défi n’est pas uniquement la vitesse ; il réside dans la capacité à jongler entre des bandes très disparates : basses fréquences longues-portées pour la couverture rurale, ondes millimétriques pour la densité urbaine, térahertz pour la réalité holographique.
En agrégeant ces « voies » dans une seule puce, l’équipe pékinoise contourne la fragmentation actuelle des équipements – et réduit au passage taille, poids et consommation des terminaux.
Des enjeux industriels et des géopolitiques
Pékin avait lancé dès 2019 un programme national sur la 6G et détient plus de 40% des brevets déposés dans le domaine. La percée scientifique arrive alors que China Mobile revendique déjà un réseau pilote 6G à 280 Gb/s, illustrant l’effort massif consenti par l’écosystème chinois pour s’imposer face aux laboratoires américains, européens ou japonais.
Il faut savoir que l’annonce intervient aussi dans un contexte de tensions technologiques où la maîtrise des futures normes de télécommunications est perçue comme un atout stratégique, tant pour le cloud industriel que pour les applications de défense de pointe.
Vers quels usages ?
À court terme, la puce pourrait trouver sa place dans les stations de base et les satellites à orbite basse, désenclavant les zones mal couvertes. À plus long terme, ses capacités de « fréquence-navigation » ouvrent la voie à des réseaux auto-optimisés : un algorithme embarqué détecterait les interférences et basculerait instantanément vers une bande libre, garantissant latence sub-milliseconde pour la chirurgie à distance ou la conduite autonome de niveau 5.
Les chercheurs travaillent déjà sur des modules plug-and-play de la taille d’une clé USB, destinés aux drones ou objets connectés ultra-mobiles.
Si la standardisation 6G n’est pas attendue avant 2030, la démonstration de cette puce full-spectrum (spectre complet) change la donne. En effet, elle offrirait un socle matériel crédible autour duquel les industriels pourraient commencer à bâtir écosystème et services.
Source : China Daily