Près de 80 professionnels de la filière méthanisation se sont réunis ce jeudi à la Ferme de Grignon, site expérimental d’AgroParisTech en Île-de-France, pour une journée technique consacrée à l’amélioration de la valorisation énergétique et agronomique des ressources agricoles locales. L’événement organisé par le cercle PROMÉTHA a exploré les leviers d’optimisation des unités de production, du fumier équin aux cultures intermédiaires, dans un contexte de développement stratégique de cette énergie renouvelable.
La méthanisation francilienne affine ses méthodes. À la Ferme de Grignon, site expérimental d’AgroParisTech, près de 80 acteurs de la filière se sont retrouvés ce jeudi pour une journée technique organisée par le cercle PROMÉTHA. L’objectif : optimiser la valorisation agronomique et énergétique des gisements agricoles d’Île-de-France.
« Depuis le lancement en 2006 du programme ‘Grignon énergie positive’, nous sommes très attachés à la réduction de notre empreinte environnementale. Nous visons une triple performance : économique, sociale, et environnementale », explique Quentin Bulcke, directeur de la ferme expérimentale d’AgroParisTech. L’établissement, qui emploie 35 personnes autour de cinq ateliers de production, sert de laboratoire à ciel ouvert pour cette filière en constante évolution.
Le fumier équin, ressource sous-exploitée
L’Île-de-France dispose d’un gisement estimé à 486 000 tonnes de fumier équin, une matière première jusqu’ici peu valorisée dans la méthanisation. Des expérimentations menées par plusieurs acteurs, dont Ténea Energies et GRDF, démontrent la faisabilité d’intégrer jusqu’à 80 % de ce substrat dans les rations des méthaniseurs, avec l’ambition d’atteindre à terme une proportion de 100 %. La plateforme Val’fumier facilite désormais la mise en relation entre producteurs équestres et exploitants d’unités de méthanisation, créant ainsi une nouvelle chaîne de valeur pour cette ressource.
Les cultures intermédiaires, atout agronomique
Les cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE) représentent un autre levier d’optimisation. Ces plantations spécifiques, réalisées entre deux cultures principales, permettent de sécuriser l’approvisionnement des méthaniseurs tout en améliorant la performance économique des exploitations. Lorsqu’elles sont mises en œuvre selon des pratiques agricoles adaptées, elles contribuent à :
- Réduire l’utilisation d’engrais de synthèse
- Améliorer la fertilité des sols
- Optimiser les rotations culturales
Cette approche crée un cercle vertueux où la production d’énergie renouvelable s’accompagne d’améliorations agronomiques significatives.
Une recherche agronomique à taille réelle
La Ferme Expérimentale d’AgroParisTech a développé une plateforme de recherche appelée Trajectoire pour étudier la durabilité des systèmes de culture, dont deux systèmes spécifiquement dédiés à la production de biomasse. Ces travaux sont menés à l’échelle d’un hectare par parcelle, reproduisant ainsi les conditions réelles d’exploitation agricole. Les premiers résultats confirment plusieurs effets bénéfiques :
- Rétention des nitrates dans les sols
- Réduction potentielle des émissions d’ammoniac grâce à des pratiques adaptées
Ces recherches soulignent cependant la nécessité de raisonner les systèmes de culture dans leur globalité, plutôt que d’isoler des pratiques individuelles. La ferme prévoit d’élargir ses projets de recherche sur la technologie de la méthanisation, avec un premier axe consacré à l’épuration du biogaz et à la gestion de l’oxygène, via des prototypes expérimentaux testés directement sur son propre méthaniseur.
Une filière en plein développement
L’Île-de-France compte aujourd’hui 63 sites de méthanisation injectant 1,3 TWh de biométhane par an dans les réseaux de distribution et de transport. La région se distingue également par son usage du bioGNV dans les transports, contribuant à une réduction significative des émissions de CO₂ et des polluants atmosphériques. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte national ambitieux : la production de gaz renouvelables devrait être multipliée par cinq d’ici 2030, avec un objectif de 60 TWh, dont 44 TWh injectés dans les réseaux. À l’horizon 2050, la France vise une production intégralement renouvelable.
La Ferme de Grignon, site pilote reconnu pour tester des pratiques agricoles innovantes, incarne cette approche intégrée qui concilie performance économique, durabilité environnementale et économie circulaire. Son méthaniseur, intégré à un système agricole diversifié comprenant 420 hectares de cultures, 200 vaches, 650 brebis et une unité de transformation laitière, sert de modèle pour cette transition énergétique ancrée dans le territoire. La journée technique de ce jeudi a ainsi permis de mesurer les progrès accomplis et les défis qui subsistent pour une filière appelée à jouer un rôle majeur dans la transition énergétique francilienne.











