Une équipe internationale de chercheurs a développé une nouvelle approche pour caractériser le fonctionnement interne des ordinateurs quantiques. Leur technique, baptisée tomographie de processus quantiques basée sur la compilation, réduit considérablement le nombre de mesures nécessaires par rapport aux méthodes conventionnelles, ouvrant la voie à la vérification de systèmes quantiques plus complexes. Les travaux ont été publiés dans Advanced Quantum Technologies en février 2026.
La vérification du bon fonctionnement des opérations quantiques constitue un défi technique majeur pour le développement d’ordinateurs quantiques fiables. Les méthodes traditionnelles de tomographie, qui visent à reconstruire les processus quantiques à partir de mesures, se heurtent à une difficulté fondamentale : le nombre d’expériences requises augmente de manière exponentielle avec le nombre de qubits. La contrainte limite sévèrement la taille des systèmes pouvant être caractérisés avec précision, confinant les analyses à quelques unités quantiques seulement.
Le principe de la compilation inverse
Pour contourner cet écueil, des scientifiques de l’Université de Tohoku, de l’Institut des sciences et technologies de Nara et de l’Université des technologies de l’information de l’Université nationale du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville ont élaboré une stratégie alternative. Leur approche, nommée tomographie de processus quantiques basée sur la compilation, repose sur un concept ingénieux : après avoir soumis un état quantique initial connu à l’opération inconnue que l’on souhaite caractériser, une étape de « compilation » entraînable est appliquée pour tenter de ramener le système à son état de départ.
L’efficacité de cette opération de retour constitue la clé de la méthode. En optimisant l’étape de compilation pour maximiser la fidélité avec l’état initial, les chercheurs peuvent déduire les propriétés du processus étudié. L’approche ne nécessite qu’une seule mesure par état d’entrée, une réduction drastique par rapport aux exigences des techniques conventionnelles.
L’équipe a développé deux formulations mathématiques complémentaires. La première, basée sur les opérateurs de Kraus, s’applique particulièrement bien aux portes quantiques présentant un comportement proche de l’idéal. La seconde, fondée sur la matrice de Choi, permet de traiter des canaux quantiques affectés par du bruit, une situation plus réaliste dans les dispositifs expérimentaux actuels.
Une avancée pour le développement quantique
« Des méthodes efficaces et évolutives pour caractériser les processus quantiques sont essentielles pour l’avenir de l’informatique quantique et de la détection quantique », souligne le Dr Le Bin Ho, chercheur principal du projet. « Nous avons besoin de telles méthodes pour vérifier si les portes et circuits quantiques fonctionnent correctement, identifier les erreurs matérielles, calibrer les dispositifs et soutenir la correction d’erreurs quantiques. »
Les simulations numériques réalisées par l’équipe démontrent les avantages pratiques de l’approche. La tomographie basée sur la compilation atteint une précision de reconstruction comparable, voire supérieure, aux méthodes existantes tout en convergeant plus rapidement et en utilisant moins de mémoire. Ces gains deviennent particulièrement significatifs lorsque la taille des systèmes augmente, avec des tests allant jusqu’à cinq qubits et au-delà.
La capacité à évoluer avec la complexité des systèmes représente un atout majeur. Dans le paysage actuel de la recherche quantique, où les dispositifs expérimentaux gagnent progressivement en échelle, disposer d’outils de diagnostic adaptés à la croissance devient une nécessité technique. La méthode proposée répond à cette exigence en offrant une alternative aux approches dont la complexité devient rapidement prohibitive.
Perspectives et limitations
Les travaux publiés dans Advanced Quantum Technologies reposent pour l’instant sur des analyses théoriques et des simulations numériques. Les chercheurs indiquent que leur prochain objectif consistera à implémenter cette technique sur du matériel quantique réel et à évaluer sa robustesse face aux imperfections expérimentales inhérentes aux dispositifs physiques.
Cette transition du théorique à l’expérimental constituera une étape déterminante. Les ordinateurs quantiques actuels, souvent qualifiés de « bruyants » en raison de leur sensibilité aux perturbations environnementales, présentent des défis spécifiques qui pourraient affecter l’efficacité de la méthode. L’adaptation de l’approche à ces contraintes pratiques représentera un test crucial de sa viabilité.
Depuis les premiers travaux sur la tomographie quantique dans les années 1990, la communauté scientifique cherche à développer des méthodes capables de suivre la croissance exponentielle de la complexité des systèmes quantiques. La tomographie basée sur la compilation s’inscrit dans cette lignée, proposant une solution élégante à un problème qui semblait intrinsèquement lié à la nature même de l’information quantique.
Si leur approche parvient à démontrer son efficacité sur des plateformes quantiques réelles, elle pourrait accélérer le développement de technologies quantiques plus fiables. La capacité à diagnostiquer rapidement et précisément les opérations quantiques faciliterait l’optimisation des dispositifs, la détection précoce des défaillances et l’implémentation de schémas de correction d’erreurs plus efficaces. Dans un domaine où chaque qubit compte, disposer d’outils de caractérisation adaptés pourrait faire la différence entre des démonstrations de principe et des applications pratiques.
Article : « Advancing Quantum Process Tomography through Quantum Compilation » – DOI : 10.1002/qute.202500494
Source : Tohoku
















