La société Videberg Kraft, codétenue par Vattenfall et Industrikraft, a annoncé lundi la sélection du britannique Rolls-Royce SMR pour fournir trois petits réacteurs modulaires sur la péninsule de Värö. Une première depuis plus de quatre décennies pour le royaume scandinave, qui prévoit une mise en service au milieu des années 2030.
Trois années d’évaluation, 75 dossiers passés au crible, et au bout du compte un nom : Rolls-Royce. Lundi, Videberg Kraft a officialisé le choix du motoriste britannique pour équiper la côte ouest suédoise de trois petits réacteurs modulaires (SMR), chacun d’une puissance de 470 mégawatts. L’ensemble injectera environ 1,5 GW sur le réseau national. Le site retenu jouxte la centrale existante de Ringhals, sur la péninsule de Värö, où des réacteurs à eau pressurisée sont déjà exploités.
Un processus méthodique
Au terme d’une compétition resserrée, le SMR de Rolls-Royce a devancé le BWRX-300 du japonais Hitachi lors du dernier tour de sélection. « Rolls-Royce SMR dispose d’un solide réseau de sous-traitants, dont la grande majorité est située dans notre zone géographique », a commenté Desirée Comstedt, directrice générale par intérim de Videberg Kraft. Anna Borg, PDG de Vattenfall et administratrice de la société de projet, a souligné que ce réacteur à eau pressurisée relève d’« une technologie éprouvée », assortie d’« un cadre contractuel commercialement attractif ».
La Suède rejoint ainsi la République tchèque et le Royaume-Uni dans le cercle encore restreint des pays misant sur la filière SMR de l’industriel britannique. L’État suédois devrait prendre le contrôle majoritaire de Videberg Kraft d’ici le second semestre 2027, date prévue pour le transfert officiel des parts.
Un écosystème nucléaire en pleine recomposition
L’annonce de Videberg Kraft ne constitue qu’un maillon d’une chaîne d’initiatives bien plus vaste. Quelques jours plus tôt, la société Studsvik a sollicité un soutien public pour couvrir jusqu’à 1 400 MW de nouvelles capacités dans le sud du pays via son programme ReFirm, avec Valdemarsvik et Nyköping en tête de liste des implantations envisagées. Parallèlement, le développeur Blykalla a déposé une demande de financement pour une centrale de six réacteurs SEALER refroidis au plomb à Norrsundet, totalisant 330 MW.
Stockholm a calibré sa réponse budgétaire à la hauteur des ambitions affichées avec jusqu’à 440 milliards de couronnes, soit environ 47 milliards de dollars, sous forme de prêts, de garanties de prix sur quarante ans et d’aide à la gestion des déchets. Le Parlement a adopté l’arsenal législatif correspondant l’an dernier, premier dispositif dédié à la construction de nouveaux réacteurs depuis plus de quarante ans.
Une électrification vorace
La demande électrique reste galopante. Centres de données, électrification des procédés industriels, neutralité carbone promise pour 2045, la feuille de route gouvernementale table sur l’équivalent de dix réacteurs de forte puissance d’ici l’échéance. Le tout dans un pays où le débat nucléaire, longtemps atone, a retrouvé une certaine vigueur inattendue depuis la flambée des prix de l’énergie de 2022.
Chris Cholerton, directeur général de Rolls-Royce SMR, a vu dans cette décision « un fort témoignage en faveur de notre approche de déploiement d’une flotte standardisée de SMR » et la preuve d’« une confiance croissante du marché envers notre technologie ». Reste désormais à transformer l’alignement politique et industriel en béton, acier et neutrons. La première unité n’est pas attendue avant le milieu de la prochaine décennie.
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