Face à la canicule qui frappe l’Ain depuis mi-juin 2026, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a autorisé le 10 juillet une modification temporaire des rejets thermiques de la centrale du Bugey, afin d’éviter un arrêt des réacteurs et garantir la sécurité du réseau électrique. La dérogation court jusqu’au 20 juillet.
Le réchauffement du Rhône provoqué par l’épisode caniculaire qui s’étire depuis la mi-juin 2026 a contraint l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) à une décision peu fréquente. Le 10 juillet, le régulateur du nucléaire a adopté une modification temporaire des prescriptions encadrant les rejets thermiques de la centrale du Bugey, dans l’Ain. L’objectif affiché est d’éviter la mise à l’arrêt des réacteurs alors que la sécurité du réseau électrique impose leur maintien en fonctionnement.
La centrale, implantée en bordure du Rhône, compte quatre réacteurs historiques. Le réacteur 2 est actuellement à l’arrêt pour des opérations programmées de maintenance. Les trois autres unités (3, 4 et 5) restent en production, mais l’élévation persistante de la température du fleuve menaçait de compromettre leur fonctionnement à pleine puissance.
La mécanique des rejets thermiques sous tension
Pour refroidir ses réacteurs, la centrale du Bugey prélève de l’eau dans le Rhône, puis la restitue au fleuve à une température plus élevée. L’écart entre l’amont et l’aval atteint quelques degrés pour le réacteur 3, qui fonctionne en circuit ouvert. Les réacteurs 4 et 5, équipés de tours aéroréfrigérantes en circuit fermé, génèrent un échauffement plus modeste, de l’ordre de quelques dixièmes de degrés.
En période normale, les conditions thermiques des rejets sont strictement encadrées par l’ASNR, qui fixe des valeurs maximales de température et d’échauffement. Mais lorsque la température du fleuve grimpe à l’amont, comme c’est le cas depuis plusieurs semaines, le respect des seuils réglementaires devient incompatible avec le maintien de la production électrique. L’exploitant se retrouve alors face à une alternative : réduire la puissance, voire arrêter les réacteurs.
Une dérogation dictée par la sécurité du réseau
La perspective d’un arrêt des réacteurs 4 et 5 a mobilisé le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE), qui estime que leur maintien à un niveau minimal de puissance est indispensable à la stabilité de l’approvisionnement électrique. Le ministère chargé de l’énergie a qualifié ce maintien de « nécessité publique », ouvrant la voie à une demande formelle d’EDF auprès de l’ASNR.
Après examen des conséquences environnementales, l’ASNR a jugé la requête acceptable, s’appuyant sur le retour d’expérience des épisodes caniculaires antérieurs. L’été 2022, déjà, avait donné lieu à des dérogations similaires pour plusieurs centrales, dont celle du Bugey, mais aussi Blayais, Golfech, Saint-Alban et Tricastin. L’autorité s’est également fondée sur une analyse transmise par EDF le 25 juin dernier, détaillant la réponse des écosystèmes aquatiques lors des vagues de chaleur passées.
Un échauffement limité à 1 °C et une surveillance accrue
La décision du 10 juillet, homologuée le jour même par la ministre chargée de la sûreté nucléaire, autorise un assouplissement des limites applicables aux réacteurs 4 et 5 jusqu’au 20 juillet. L’ASNR impose toutefois un plafond strict. En effet, l’échauffement entre l’amont et l’aval de la centrale devra rester inférieur à 1 °C. L’usage de ces dispositions est par ailleurs limité au strict nécessaire pour atteindre le niveau de puissance requis par RTE.
Un programme de surveillance renforcée de l’écosystème aquatique accompagne la dérogation. La vie piscicole fera l’objet d’une attention particulière, conformément aux prescriptions additionnelles édictées par l’ASNR. L’autorité rappelle que la modification temporaire des rejets s’appuie sur l’article R. 593-40 du code de l’environnement, qui permet ce type d’ajustement en situation exceptionnelle lorsque la poursuite du fonctionnement répond à une nécessité publique. L’épisode caniculaire actuel reste sous étroite surveillance et le retour aux seuils initiaux est programmé dans les prochains jours.
Source : ASNR
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