Avec plus de 140 fabricants et 330 modèles recensés en 2025, le marché chinois des robots humanoïdes connaît une expansion frénétique. Mais l’effondrement des prix, qui ont déjà chuté de 72 % en deux ans chez certains acteurs, alimente les craintes d’une concurrence destructrice comparable à celle ayant ravagé le secteur des véhicules électriques.
Cent quarante fabricants, trois cent trente modèles, des prix unitaires en chute libre. La frénésie industrielle qui s’est emparée du marché chinois des robots humanoïdes commence à susciter un profond malaise parmi les investisseurs et les entrepreneurs du secteur.
Un raz-de-marée industriel aux fondations fragiles
Selon les données compilées par Barclays, la Chine assure désormais environ 85 % des livraisons mondiales de robots humanoïdes. Morgan Stanley anticipe un doublement des ventes intérieures pour 2025, avec quelque 28 000 unités écoulées. Pourtant, le rythme effréné de l’expansion devance largement la demande commerciale réelle. L’an dernier, les autorités chinoises ont publiquement alerté contre un risque de bulle spéculative, pointant le retard persistant des applications concrètes.
Les chiffres confirment les craintes ambiantes. Unitree, société récemment introduite en bourse, a révélé dans son dossier d’introduction que le prix unitaire de ses robots humanoïdes avait dégringolé de 72 % entre 2023 et 2025. La location suit une trajectoire similaire. Ainsi, selon le Beijing News, le tarif journalier d’un robot valant 100 000 yuans est passé de 25 000 yuans début 2025 à seulement 2 199 yuans au commencement de 2026.
GigaAI teste ses humanoïdes au cœur des foyers
Dans la course effrénée qui anime le secteur, GigaAI adopte une approche résolument commerciale. La jeune pousse basée à Wuhan, soutenue par Huawei, a déployé cent exemplaires de son robot SeeLight S1 dans des appartements du quartier Optic Valley. Les médias d’État ont qualifié l’opération de premier essai à grande échelle d’un humanoïde domestique polyvalent dans de véritables foyers chinois. Capables de préparer des repas, gérer le linge ou ranger des pièces, les machines sont mises à disposition gratuitement pendant que l’entreprise collecte les retours des utilisateurs, avant des phases d’essai élargies prévues au troisième trimestre.
Le coût unitaire actuel avoisine les 28 000 dollars, mais GigaAI ambitionne de le réduire sous la barre des 14 000 dollars d’ici l’année prochaine. Une trajectoire tarifaire agressive qui montrer bien l’intensité concurrentielle du moment.
Le spectre du chaos ayant frappé l’automobile électrique
Pour de nombreux observateurs, la situation rappelle douloureusement la vague de concurrence féroce qui a balayé le marché chinois des véhicules électriques. Des centaines de startups s’y étaient engouffrées avant de s’effondrer, laminées par des remises insoutenables. « Les cas d’usage de ces robots restent très limités », observe Chibo Tang, associé chez Gobi Partners, soulignant que sans demande suffisante, les entreprises ne peuvent atteindre l’échelle nécessaire à la production de masse.
Samm Sacks, chercheuse au groupe de réflexion New America, renchérit : « L’équation économique est difficile : les robots humanoïdes restent coûteux à produire, fragiles en fonctionnement, et tributaires d’environnements très structurés pour opérer. »
Alors que les capitaux continuent d’affluer et que les prix poursuivent leur chute, la question sera de savoir si les fabricants chinois de robots humanoïdes trouveront assez de clients solvables avant que l’inévitable vague d’éliminations ne commence.
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