Le 25 juin à Naples, les chercheurs du Vesuvius Challenge ont annoncé avoir lu intégralement le rouleau PHerc. 1667, un papyrus carbonisé lors de l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C. Grâce à l’imagerie synchrotron et à l’intelligence artificielle, près de 1,5 mètre de texte stoïcien a été virtuellement déroulé, révélant un traité philosophique sur l’impulsion et la sagesse pratique.
Des chercheurs participant au Vesuvius Challenge sont parvenus à lire intégralement le texte d’un rouleau carbonisé sans jamais l’ouvrir physiquement. PHerc. 1667, enseveli lors de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., a livré près de 1,5 mètre de texte continu réparti sur une vingtaine de colonnes. L’annonce a été faite le 25 juin lors d’une conférence à Naples.
Le résultat dépasse largement la performance inaugurale du concours en 2024, qui s’était limitée au déchiffrement d’environ 2 000 caractères sur un seul rouleau. Il s’agit désormais de la lecture la plus complète jamais obtenue à partir d’un rouleau scellé d’Herculanum.
Conservé à Naples, PHerc. 1667 avait été « jugé totalement illisible lorsqu’une partie en fut ouverte dans les années 1980 », rappelle Federica Nicolardi, maîtresse de conférences en papyrologie à l’Università degli Studi di Napoli Federico II. L’écriture du rouleau et ses références internes orientent vers une datation du IIe siècle av. J.-C., voire de la fin du IIIe siècle av. J.-C., plaçant l’artefact parmi les plus anciens de la collection.
Un traité stoïcien sur l’impulsion et la sagesse
L’analyse papyrologique identifie un traité philosophique consacré à l’éthique, aux arts et au comportement humain, vraisemblablement d’inspiration stoïcienne. Le texte développe deux notions centrales : l’ὁρμή (hormē), impulsion intérieure qui pousse à agir et que partagent humains et animaux, ainsi que la φρόνησις (phronēsis), sagesse pratique permettant de distinguer la vertu du vice. Si le titre et l’auteur demeurent officiellement inconnus, le contenu comme la datation ancienne écartent Philodème de Gadara, philosophe épicurien dont les œuvres dominent habituellement les découvertes à Herculanum.
Synchrotrons et intelligence artificielle au service de l’archéologie
La lecture a mobilisé la microtomographie à rayons X haute résolution dans de grands centres de rayonnement synchrotron, notamment l’ESRF en France et le Diamond Light Source au Royaume-Uni, associée à un déroulement virtuel assisté par intelligence artificielle. Chaque numérisation a généré des ensembles de données pouvant atteindre 300 téraoctets par rouleau, les plus volumineux jamais produits par l’ESRF.
Brent Seales, cofondateur du Vesuvius Challenge et titulaire de la chaire Stanley et Karen Pigman en sciences du patrimoine à l’Université du Kentucky, résume le chemin parcouru : « Pendant près de deux millénaires, bon nombre de ces textes ont été physiquement préservés mais intellectuellement inaccessibles. Aujourd’hui, après des années de travail interdisciplinaire alliant imagerie de pointe, intelligence artificielle, recherche académique et concours d’innovation, nous sommes enfin en mesure de les lire. »
Une œuvre inédite de Philodème identifiée
Parallèlement à PHerc. 1667, l’équipe a annoncé l’identification d’une œuvre jusqu’alors inconnue au sein du PHerc. 139 : Des dieux, Livre 8 de Philodème. L’identification établit pour la première fois que le traité s’étendait bien au-delà du seul volume précédemment connu.
Plus de 600 rouleaux d’Herculanum attendent encore d’être explorés. Brent Seales souligne que le travail bascule désormais des ingénieurs vers les spécialistes en lettres classiques et les historiens : « Nous avons maintenant besoin d’experts capables de lire, d’éditer et de comprendre ce que ces textes disent. »
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