Le fabricant munichois de systèmes fluidiques pour engins spatiaux a bouclé un tour de table de 10,2 millions d’euros mené par KT Ventures et Valemount Capital. L’entreprise, rentable depuis sa création en 2022, annonce l’implantation d’une filiale en Nouvelle-Aquitaine et vise désormais le marché américain.
Dix millions d’euros pour accélérer la cadence. deltaVision, spécialiste européen des composants fluidiques destinés aux lanceurs, satellites et alunisseurs, vient de finaliser une levée de fonds de 10,2 millions d’euros. Le tour de table, annoncé le 21 juillet 2026, est mené par KT Ventures et Valemount Capital, avec la participation de Futury Capital et de plusieurs family offices à ancrage industriel. L’opération s’accompagne d’une expansion territoriale : l’entreprise installe deltaVision SASU en Nouvelle-Aquitaine, au plus près d’une filière spatiale française dense.
Le système cardiovasculaire des engins spatiaux
Fondée en 2022, deltaVision conçoit et produit vannes, pompes et régulateurs de pression qui contrôlent chaque type de fluide et d’ergol à bord des véhicules spatiaux. L’entreprise qualifie ses systèmes de « cardiovasculaires », une image qui résume leur fonction critique : sans eux, aucun transfert de carburant, aucune poussée maîtrisée. Installée dans une ancienne usine Siemens au cœur de Munich, elle emploie 125 personnes et sort jusqu’à 5 000 unités par an. Particularité rare dans le secteur : la société est rentable depuis son lancement, un équilibre obtenu sans compromis sur la cadence d’innovation.
Face à une demande qui dépasse les capacités des chaînes d’approvisionnement traditionnelles, deltaVision mise sur des conceptions modulaires et des délais de livraison ramenés à quelques semaines. Une réactivité qui séduit : le portefeuille compte plus de 60 clients répartis sur quatre continents, allant de jeunes pousses aux grandes agences spatiales en passant par les donneurs d’ordres établis.
Argonaut et la conquête lunaire européenne
Parmi les programmes emblématiques auxquels participe deltaVision figure Argonaut, l’alunisseur de grande taille développé par l’Agence spatiale européenne. Pour chaque mission, l’entreprise fournit une cinquantaine de composants, dont des sous-systèmes de régulation de pression en boucle fermée. Un contrat qui illustre la montée en gamme d’un acteur encore jeune mais déjà solidement ancré dans le paysage spatial européen.
Une filiale française pour des capacités critiques
L’arrivée en Nouvelle-Aquitaine n’a rien d’anecdotique. La région abrite un écosystème spatial dense, structuré autour de grands industriels et d’un tissu de sous-traitants spécialisés. deltaVision SASU se concentrera d’abord sur la recherche et développement ainsi que la production de capteurs et de systèmes d’intelligence pour applications fluidiques. À moyen terme, la filiale doit permettre l’acquisition de capacités technologiques complémentaires, jugées indispensables au développement des systèmes orbitaux de l’entreprise.
Au-delà du Vieux Continent, deltaVision envisage d’établir une capacité de production aux États-Unis, premier marché spatial mondial. Le tour de table actuel prépare cette internationalisation sans précipitation.
Un écosystème orbital ouvert et interopérable
La levée de fonds ne finance pas seulement l’extension industrielle. Elle accélère une feuille de route technologique tournée vers le ravitaillement en orbite, des coupleurs fluidiques aux modules de transfert d’ergols intégrés. « Nous défendons la vision d’un écosystème de services orbitaux ouvert et interopérable, plutôt qu’une logique de marché verrouillé par un seul acteur », explique Morgan Dias Simao, vice-président stratégie et développement commercial. « Un écosystème interopérable augmentera considérablement la taille globale du marché, au bénéfice de chaque acteur. »
La filiale française est appelée à jouer un rôle structurant dans cette ambition. « Elle va apporter des capacités critiques », précise le dirigeant, évoquant les technologies permettant de connecter des véhicules spatiaux en orbite et d’exécuter des transferts de fluides.
Du côté des investisseurs, le discours privilégie la solidité du modèle économique. « Nous n’investissons pas dans une promesse, nous investissons dans un modèle rentable qui bénéficie d’un fort vent favorable et de perspectives de croissance internationale considérables », souligne Johannes Pichler, associé chez KT Ventures. Les deux fonds principaux avaient déjà accompagné deltaVision via des obligations convertibles avant ce tour de table en capital. L’entreprise assume avoir délibérément choisi des partenaires financiers dotés d’un fort ancrage industriel et commercial, écartant les logiques de valorisation purement spéculatives.
À l’heure où la demande en composants fluidiques spatiaux dépasse structurellement l’offre, deltaVision dispose désormais des moyens d’industrialiser davantage ses procédés et d’élargir son catalogue vers des systèmes intégrés. Reste à transformer ce capital en production tangible, sur un marché où la fiabilité des équipements demeure, plus que jamais, la seule monnaie qui compte.
Source : CP/ DeltaVision
















