La Région Sud mobilise 96,4 millions d’euros du Fonds pour une transition juste (FTJ) afin d’accompagner six projets de décarbonation dans les Bouches-du-Rhône. L’annonce, intervenue en 2025, générera plus de 218 millions d’euros d’investissements, avec des retombées attendues sur l’emploi local, la rénovation des logements et la compétitivité industrielle du territoire.
La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur vient d’actionner un levier financier de taille pour accélérer la mutation écologique de son tissu industriel. Six projets ancrés dans les Bouches-du-Rhône se partagent une enveloppe de 96,4 millions d’euros issus du Fonds pour une transition juste (FTJ), mécanisme européen dont la collectivité régionale assure la gestion opérationnelle. L’effet multiplicateur est immédiat : ces fonds amorcent plus de 218 millions d’euros d’investissements globaux, entre capitaux publics et privés.
Aux origines du Fonds pour une transition juste
Créé en juin 2021 dans le sillage du Pacte vert européen (Green Deal), le FTJ constitue l’un des piliers financiers de la stratégie climatique de l’Union. Son principe fondateur repose sur un constat : la décarbonation de l’économie européenne, aussi nécessaire soit-elle, frappe de manière asymétrique les territoires. Les bassins d’emploi dépendants des industries carbonées, les zones d’extraction de combustibles fossiles ou les régions à forte densité d’installations classées risquent de subir des pertes d’activité brutales si aucune politique d’accompagnement ne vient amortir le choc.
Doté initialement de 17,5 milliards d’euros pour la période 2021-2027, abondé par le budget européen, les contributions nationales et le mécanisme NextGenerationEU, le FTJ cible les territoires identifiés comme vulnérables. La France a bénéficié d’une allocation proche du milliard d’euros, répartie entre plusieurs régions. La Région Sud figure parmi les autorités de gestion désignées, avec une enveloppe fléchée prioritairement vers les Bouches-du-Rhône.
Le département concentre en effet plusieurs zones industrialo-portuaires, parmi lesquelles le complexe de Fos-Berre, premier émetteur industriel de gaz à effet de serre du pays. L’arrêt progressif d’installations thermiques, la mutation des filières pétrochimiques et les nouvelles exigences réglementaires imposent une recomposition rapide du paysage économique local. Le FTJ intervient précisément sur ce point de bascule.
Six projets, six leviers de décarbonation
Les 96,4 millions d’euros débloqués irriguent six initiatives distinctes, réparties sur quatre communes du département : Aix-en-Provence, Vitrolles, Marseille et La Ciotat.
Deux réseaux de chaleur et de froid, tous deux portés par ENGIE, captent à eux seuls près de 60 millions d’euros de subventions. Le premier, situé à Aix-en-Provence, reçoit 30,3 millions d’euros. Le second, implanté à Vitrolles, est soutenu à hauteur de 29,3 millions d’euros. Ces infrastructures mutualisées de distribution d’énergie thermique permettent de substituer des sources renouvelables ou de récupération aux chaufferies individuelles alimentées par des énergies fossiles. Elles réduisent simultanément les émissions de CO₂ et la facture énergétique des usagers raccordés, qu’il s’agisse de logements, d’équipements publics ou de bâtiments tertiaires.
À La Ciotat, le projet EUROS, entreprise spécialisée dans la fabrication de prothèses médicales, mobilise 12,6 millions d’euros pour moderniser son outil industriel et réduire l’empreinte carbone de ses procédés de production. Dans la même commune, la société KERAT’INNOV décroche 5 millions d’euros via le programme ECO-KERAT’INNOV, destiné au développement de matériaux biosourcés pour le secteur de la santé. L’objectif : substituer des polymères d’origine végétale aux plastiques conventionnels utilisés dans certains dispositifs médicaux.
À Marseille, le projet Turbo4Transition, porté par ENOGIA, bénéficie de 5,4 millions d’euros. Cette entreprise conçoit des micro-turbines permettant de valoriser la chaleur fatale industrielle, c’est-à-dire l’énergie thermique perdue dans les procédés de fabrication et habituellement dissipée dans l’atmosphère. La technologie convertit ces rejets thermiques en électricité, améliorant ainsi le rendement énergétique global des sites industriels.
Enfin, le projet DEMO_ONE, développé par AERLEUM sur les zones d’Aix-en-Provence et de Fos-Berre, reçoit 4,8 millions d’euros pour déployer une technologie de captation et de valorisation du dioxyde de carbone. L’approche consiste à piéger le CO₂ émis par des installations industrielles avant qu’il n’atteigne l’atmosphère, puis à le valoriser sous forme de produits commercialisables, rompant avec la logique traditionnelle du simple stockage géologique.
Un volet logement pour élargir l’impact territorial
Au-delà des projets industriels, le FTJ active également un levier résidentiel. Une partie des fonds est spécifiquement orientée vers la rénovation énergétique de logements abordables dans les Bouches-du-Rhône. Cette composante du programme poursuit un triple objectif : améliorer le confort thermique des occupants, réduire durablement les consommations énergétiques des bâtiments concernés et soutenir l’activité des entreprises locales du bâtiment. Le secteur de la construction représente en effet un gisement d’emplois non délocalisables, directement mobilisable par la commande publique.
Les travaux financés concernent typiquement l’isolation des enveloppes (toitures, murs, planchers), le remplacement des menuiseries, la modernisation des systèmes de chauffage et de ventilation, ainsi que l’installation d’équipements utilisant des énergies renouvelables. Chaque opération vise un gain minimal de performance énergétique, mesuré selon les normes du diagnostic de performance énergétique (DPE).
Sud Transition, un nouvel instrument pour les PME
Parallèlement au déploiement du FTJ, la Région Sud lance Sud Transition, un dispositif de prêts doté de 10 millions d’euros, opéré en partenariat avec Bpifrance. Ce mécanisme s’adresse aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui souhaitent engager des projets de transformation et de modernisation de leur outil productif.
Contrairement aux subventions du FTJ, qui ciblent des projets identifiés et structurés, Sud Transition fonctionne comme un guichet de financement bancaire, avec des conditions préférentielles destinées à abaisser le coût du capital pour les entreprises désireuses d’investir dans la décarbonation. L’outil couvre des dépenses telles que l’acquisition d’équipements plus sobres en énergie, la refonte de processus industriels ou encore la mise en conformité avec les normes environnementales à venir.
Une équation entre souveraineté industrielle et trajectoire climatique
La répartition des financements FTJ dans les Bouches-du-Rhône illustre une philosophie d’intervention qui refuse de dissocier les objectifs climatiques des considérations économiques. La collectivité régionale assume un positionnement qui place l’emploi local et la préservation du tissu productif au centre de la stratégie de décarbonation.
« L’Europe est utile lorsqu’elle finance des projets concrets qui améliorent la vie des habitants, soutiennent nos entreprises et créent de l’emploi. Grâce à ces 96 millions d’euros de fonds européens, nous accélérons la transition énergétique tout en renforçant l’attractivité et la compétitivité. En Région Sud, nous faisons le choix d’une écologie de solutions, qui protège l’emploi, renforce notre souveraineté industrielle et prépare l’avenir de nos territoires », a déclaré la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
L’articulation entre subventions européennes, prêts régionaux et investissements privés dessine une architecture de financement à plusieurs étages, où chaque instrument couvre un maillon de la chaîne : amorçage technologique, déploiement industriel, diffusion sectorielle. Reste à observer, dans les prochaines années, la capacité de ces mécanismes à produire des résultats mesurables en matière de baisse des émissions territoriales et de création nette d’emplois.
















