Les métiers de l’informatique et des TIC figurent parmi les plus directement exposés à ce recul de la demande. Une étude française mesure l’ampleur du phénomène à partir des offres de France Travail et des données d’embauche.
📌 L’essentiel en 3 points
- Les offres pour les métiers informatiques et des TIC, les plus exposés à l’IA générative, chutent de plus de 50% depuis fin 2023 par rapport aux métiers peu exposés.
- Sur un ensemble plus large de 125 métiers exposés, dont les comptables et les RH, la baisse relative atteint 25% début 2026.
- Environ 5% des nouvelles offres nationales manquent début 2026 si l’on attribue l’écart à l’IA générative, en supposant les autres métiers épargnés.
Entre fin 2023 et début 2026, le nombre de nouvelles offres publiées sur France Travail pour les métiers les plus exposés à l’IA générative tels que l’informatique et les technologies de l’information et de la communication a chuté de plus de 50% relativement aux métiers peu exposés, comme les jardiniers ou les infirmiers.
Les recruteurs ont brutalement réduit la voilure dans ces fonctions. Ainsi, les développeurs, les administrateurs systèmes, les data analysts ou les techniciens support voient leurs opportunités se raréfier à une vitesse alarmante, y compris pour les nouveaux diplômés, que le marché intègre désormais plus difficilement. Le constat s’appuie sur les travaux des économistes Marie-Renée Andreescu et Éric Maurin, consacrés à l’évolution de l’offre et de la demande de compétences après l’essor récent de l’IA générative.
Une hémorragie qui pèse lourd
Les auteurs élargissent ensuite l’analyse à 125 métiers exposés à l’IA générative, mais moins directement que les métiers de l’informatique et des TIC, notamment les comptables ou les professionnels des ressources humaines. Ces métiers représentent 15 à 20% de l’emploi et des offres publiées, une part loin d’être négligeable.
La baisse relative des offres dans ce groupe atteint 25% début 2026 par rapport aux métiers peu exposés. En supposant les autres métiers épargnés, l’étude évalue à environ 5% la baisse globale des nouvelles offres d’emploi début 2026 du fait de l’apparition de l’IA générative. Les embauches effectives reculent dans des proportions comparables, signe que la contraction ne se limite pas aux annonces mais frappe aussi les recrutements réels.
Le paradoxe des offres IA
Pendant ce temps, les plateformes spécialisées recensent un peu plus de 1 200 postes ouverts dans l’IA, le machine learning et l’ingénierie LLM. Ce vivier reste trop étroit pour compenser la contraction des postes informatiques. L’étude n’observe pas de bascule vers des experts mieux payés. Les salaires relatifs restent largement inchangés, tandis que le nombre de candidats par offre augmente et que les embauches reculent.
Loin de réserver le marché à une élite capable de concevoir ces systèmes, l’IA générative élève aussi la productivité des utilisateurs ordinaires, en particulier les moins qualifiés, et abaisse le niveau de compétence requis.

Un signal d’alarme pour les talents tech
Pour les développeurs, les data analysts ou les techniciens, le message est bien identifié. La vague de l’IA générative pèse sur l’employabilité des métiers les plus exposés, et pas seulement sur quelques tâches. Les métiers peu exposés résistent, tandis que les profils centrés sur la production de code ou la gestion de systèmes subissent une pression inédite, mesurée par une baisse relative des offres de plus de 50%.
Le recul des embauches et la hausse du nombre de candidats par offre confirment, selon l’étude, que la tension ne tient pas seulement aux annonces publiées.
Une bascule historique
Cette première photographie française s’appuie sur un faisceau de preuves. La baisse commence début 2024, juste après le lancement de Copilot et de ChatGPT Enterprise. Entre 2015 et fin 2023, les offres des métiers exposés et non exposés évoluaient de manière globalement parallèle, et le recul se retrouve aussi au sein des grands secteurs, ce qui écarte un simple effet de conjoncture. L’IA générative pèse ainsi sur le cœur des métiers informatiques qualifiés.
Article : « Generative AI and the Changing Demand for Skills » – Marie-Renée Andreescu, Éric Maurin. Generative AI and the Changing Demand for Skills. 2026. ⟨halshs-05742312⟩
















