Descendre à 6 000 mètres sous la surface devient une capacité d’observation plus accessible pour les réseaux océanographiques. Les deux prototypes français de profileurs Argo Deep-6000 ont chacun enchaîné cinq cycles complets jusqu’à cette profondeur et transmis des données inédites sur les eaux abyssales.
📌 L’essentiel en 3 points
- L’Ifremer a validé deux prototypes de profileurs Argo Deep-6000, capables de plonger à 6 000 mètres et de mesurer température, salinité, oxygène et pression.
- Les profileurs Deep-6000 observent la colonne d’eau, tandis qu’Ulyx, AUV de l’Ifremer, peut cartographier les fonds marins et réaliser des missions de 24 à 48 heures.
- L’extension du réseau Argo profond vise une couverture de plus de 98% du volume de l’océan mondial par des observations d’ici 2028.
L’Ifremer a validé deux prototypes de profileurs Argo Deep-6000, capables de plonger jusqu’à 6 000 mètres. Lors des essais réalisés en haute mer, au nord des Antilles, les engins ont effectué leurs cycles de mesure en autonomie. Ils recueillent des données sur la température, la salinité, l’oxygène et la pression dans les profondeurs de l’océan.
Les Deep-6000 sont des profileurs. C’est à dire que leur mission consiste à documenter la colonne d’eau, depuis les grandes profondeurs jusqu’à la surface. Ils doivent aider les scientifiques à mieux suivre l’évolution physique et chimique de l’océan profond.
Deux approches distinctes coexistent dans l’exploration sous-marine. Les profileurs Argo suivent des cycles autonomes de mesure et transmettent leurs données par satellite une fois revenus à la surface. Les véhicules sous-marins autonomes, ou AUV, réalisent quant à eux des missions de cartographie et d’observation près du fond.
C’est dans ce second domaine qu’intervient Ulyx, le robot sous-marin autonome de l’Ifremer. Capable de plonger jusqu’à 6 000 mètres, il peut cartographier des reliefs complexes, recueillir des images près du fond et mesurer des paramètres physiques et chimiques pendant des missions de 24 à 48 heures.
L’enjeu dépasse la seule démonstration technique. L’extension du réseau Argo à 6 000 mètres doit contribuer à couvrir plus de 98% du volume de l’océan mondial par des observations d’ici 2028. Il ne s’agit pas de couvrir 98% des fonds marins, mais de mieux documenter les masses d’eau profondes qui jouent un rôle central dans le climat et la circulation océanique.
Les profileurs Deep-6000 ne sont pas conçus pour inspecter des câbles sous-marins, des parcs éoliens ou des installations industrielles. Leur fonction est scientifique telle que mesurer, sur des cycles répétés, les propriétés des eaux profondes. À l’inverse, les AUV et les robots téléopérés peuvent intervenir au plus près des reliefs et des infrastructures.
Ulyx montre bien cette complémentarité. Son autonomie de 24 à 48 heures et sa capacité de cartographie permettent d’identifier des sites d’intérêt ou de préparer des missions plus ciblées. D’autres engins de la flotte océanographique française, comme le robot téléopéré Victor 6000 ou le sous-marin habité Nautile, peuvent ensuite intervenir pour des observations et des prélèvements au fond.
Les profileurs Argo Deep-6000 suivent une logique différente. Ils descendent, dérivent en profondeur, effectuent leur profil de mesure, puis remontent à la surface pour transmettre leurs données par satellite. Leur fonctionnement repose sur une succession de cycles autonomes, et non sur des opérations d’inspection ou de recharge à la demande.
La pression abyssale impose des contraintes considérables. Pour les Deep-6000, l’Ifremer a retenu une coque en matériau composite plutôt qu’en titane. Chaque flotteur affiche une masse d’environ 40 kilogrammes, contre 20 kilogrammes pour un profileur Argo classique, afin de résister aux conditions rencontrées jusqu’à 6 000 mètres.
Les essais réussis ne font pas encore des Deep-6000 un réseau déployé à grande échelle. Ils valident toutefois une étape technologique importante pour l’extension d’Argo vers les abysses. L’Ifremer prévoit d’acquérir 30 profileurs de cette catégorie d’ici 2028, principalement pour des déploiements dans l’Atlantique Nord.
La frontière des grandes profondeurs ne s’arrête pas à 6 000 mètres. La fosse des Mariannes reste l’un des environnements les plus difficiles à atteindre, mais elle a déjà été explorée par des engins habités et robotisés. Le véhicule hybride Nereus a notamment atteint le Challenger Deep en 2009 et y a collecté des échantillons.
Au-delà de la performance technologique, ces nouveaux instruments modifient la capacité des scientifiques à observer l’océan profond. Les abysses ne deviennent pas pour autant un espace intégralement cartographié ou exploité : ils deviennent un milieu mieux mesuré, cycle après cycle, dans les zones où les observations restaient rares.
















