Selon les scientifiques Gareth Roberts et Martin Wooster, les incendies de tourbières en Indonésie ont libéré environ 190 millions de tonnes de carbone depuis le début de 2026, soit près des trois quarts des émissions annuelles de CO2 du pays issues de la combustion d’énergies fossiles. Les auteurs relient ce bilan à un El Niño d’une force historique, sur des tourbières déjà fragilisées par des décennies de déforestation et de drainage.
Une version antérieure de cette analyse, publiée dans The Conversation, avançait 175 millions de tonnes de carbone. Les auteurs y indiquaient que ce volume dépassait les émissions annuelles cumulées du Royaume-Uni et de la France liées aux énergies fossiles et à l’industrie. Les deux versions s’accordent sur la cause : un El Niño d’une force historique a asséché des tourbières que des décennies de déforestation et de drainage avaient déjà rendues plus faciles à brûler.
Du carbone ancien et des pratiques de gestion
« Les conditions météorologiques ne sont que l’allumette ; ce sont les pratiques de gestion des terres qui fournissent le combustible », ont écrit Gareth Roberts, de l’université de Southampton, et Martin Wooster, du King’s College de Londres.
Les feux de tourbe peuvent couver sous terre pendant des semaines, voire des mois, et libérer du carbone stocké depuis des siècles. Comme les terres brûlées sont généralement converties à l’agriculture, la repousse des forêts ne permettra généralement pas de réabsorber ce carbone.
Copernicus et les limites de détection
Un autre suivi aboutit à des chiffres similaires. Le service de surveillance de l’atmosphère Copernicus (CAMS) estime les émissions des feux de forêt en Indonésie pour l’année à environ 180 mégatonnes de carbone, soit à peu près 15 % du total mondial. Entre le 15 et le 21 octobre, les incendies indonésiens ont produit près de la moitié de toutes les émissions mondiales liées à la combustion de biomasse. Mark Parrington, scientifique à Copernicus, explique que les feux de tourbe souterrains, à basse température, peuvent passer sous le seuil de détection des satellites. Les totaux réels pourraient donc être plus élevés, précise la source.
Points chauds, surfaces brûlées et santé
Les scientifiques ont recensé plus de 120 000 points chauds d’incendie dans toute l’Indonésie cette année. C’est moins qu’en 2015, mais sept fois plus qu’en 2025, écrivent-ils. Selon la plateforme Nusantara Atlas, environ 1,9 million d’hectares ont brûlé depuis janvier, d’après la BBC. La brume de fumée s’est étendue à Singapour, à la Malaisie et aux Philippines.
Les données du gouvernement indiquent que plus de 300 000 Indonésiens ont consulté pour des problèmes respiratoires aigus. Le nombre de points chauds avait diminué, mais les autorités ont précisé que les pluies sporadiques restaient insuffisantes pour éteindre les incendies.
Un contexte de CO2 atmosphérique record
Ces incendies surviennent alors que le CO2 atmosphérique atteint des niveaux record. Le 27 octobre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué que les concentrations avaient augmenté de 2,8 ppm entre 2024 et 2025. Oksana Tarasova, responsable scientifique à l’OMM, a déclaré qu’une nouvelle hausse était attendue en 2026 « en raison de la combustion d’énergies fossiles et du développement d’un puissant El Niño ».
Guido van der Werf, de l’université de Wageningen, a expliqué à Carbon Brief que la question de savoir si cette saison dépassera celle de 2015, où les incendies avaient émis 333 millions de tonnes de carbone, dépend de la durée d’El Niño et de la résistance des efforts de restauration des tourbières. D’après les projections, El Niño devrait continuer de se renforcer jusqu’à la fin de l’année. Les feux de tourbe souterrains sont difficiles à éteindre une fois qu’ils se sont déclarés, ont averti Roberts et Wooster.





















