Saviez vous que les graisses issues de la découpe des viandes ont la possibilité de connaître une seconde vie dans les réservoirs des véhicules et des avions ? Transformées en biodiesel ou en carburants d’aviation durables, elles remplacent une partie des combustibles d’origine fossile. Leur valorisation repose sur une chaîne industrielle associant collecte, traitement sanitaire et conversion chimique.
Une valorisation sous contrôle
Tout commence par le tri. En Europe, les sous-produits animaux sont répartis en trois catégories selon leur risque sanitaire, qui déterminent leurs traitements et leurs débouchés autorisés. Certaines graisses alimentent des filières comme l’alimentation animale ou l’industrie oléochimique ; d’autres matières, davantage contraintes sur le plan sanitaire, disposent de possibilités plus restreintes.
La collecte constitue donc un maillon décisif. En France, Os et Suifs par SARIA propose notamment des services consacrés à la gestion des déchets de boucherie, destinés aux bouchers indépendants, aux industriels et à la grande distribution. Cette organisation permet d’orienter les matières vers les filières appropriées, sans que leur prise en charge implique systématiquement une transformation en carburant.
Dans les installations spécialisées, les tissus gras sont chauffés pour extraire leur fraction lipidique. L’eau et les matières solides sont séparées, puis la graisse est purifiée. Le traitement fournit alors une matière première industrielle car pour obtenir un carburant, une conversion chimique supplémentaire reste nécessaire.
Du biodiesel au kérosène
La voie traditionnelle produit du biodiesel, constitué d’esters méthyliques d’acides gras, ou FAME. Par une réaction appelée transestérification, les graisses sont transformées en présence de méthanol. Le carburant ainsi obtenu sera incorporé au gazole dans le respect des normes applicables.
Une autre technique, l’hydrotraitement, utilise de l’hydrogène pour produire des hydrocarbures adaptés aux moteurs diesel. Ce gazole renouvelable est couramment appelé HVO pour Hydrotreated Vegetable Oil. Malgré une dénomination faisant référence aux huiles végétales, sa fabrication mobilise également des graisses animales.
Pour l’aviation, la filière HEFA transforme huiles et graisses en une fraction de kérosène paraffinique. Après traitement et certification, celle-ci peut être mélangée au kérosène conventionnel. Les suifs figurent parmi les matières premières utilisables, aux côtés notamment des huiles de cuisson usagées.
L’Europe accélère la demande
Le règlement ReFuelEU Aviation soutient cette montée en puissance. Depuis 2025, les fournisseurs concernés doivent assurer au moins 2% de SAF dans les carburants livrés aux aéroports de l’Union entrant dans son champ d’application. Jusqu’en 2034, cette obligation peut être remplie en moyenne pondérée sur l’ensemble des aéroports concernés desservis par un même fournisseur, plutôt qu’aéroport par aéroport. La proportion doit atteindre 6% en 2030 et 70% en 2050.
Selon le rapport publié en septembre 2026 par l’Agence européenne de la sécurité aérienne, et relayé le même mois par la Commission européenne, les fournisseurs ont déclaré 1,1 million de tonnes de SAF livrées en 2025 dans les aéroports de l’Union, soit 2,8 % des volumes de carburant aéronautique déclarés. Pour 2024, l’Agence européenne de la sécurité aérienne indiquait que les graisses animales résiduelles représentaient 17% des matières premières des SAF fournis, contre 81% pour les huiles de cuisson usagées.
Un bilan climatique exigeant
Remplacer du pétrole par une matière résiduelle peut réduire les émissions sur l’ensemble du cycle de vie. Mais ces carburants continuent de libérer du CO₂ lors de leur combustion. Leur bilan doit intégrer la collecte, le transport, l’énergie nécessaire au traitement et les intrants de la conversion, notamment l’hydrogène.
La concurrence entre usages mérite également une attention particulière. Les graisses de catégorie 3 servent déjà à d’autres industries. Si les producteurs de carburants en absorbent davantage, leurs utilisateurs habituels peuvent se reporter sur des ressources de substitution.
Enfin, la traçabilité devient ainsi une condition de crédibilité, autant pour vérifier la catégorie sanitaire des graisses que pour justifier les réductions d’émissions revendiquées. Les suifs constituent une ressource utile, mais leur disponibilité et leurs autres débouchés limitent leur contribution.
















