Myco-Micro et SmartSkin ont remporté la sixième édition d’Octo’pousse, concours d’innovation dédié à l’Oceantech, le 6 octobre à Brest lors de la SeaTechWeek.
Créé par l’Ifremer en 2021, Octo’pousse est désormais coorganisé avec le Technopôle Brest Iroise et les neuf partenaires du PUI Blue Box. Depuis sa première édition, le concours a soutenu neuf projets. Ces projets ont entraîné la création de six startups, dont deux figurent dans l’Index French Blue Tech 2026. Les lauréats bénéficient pendant 12 à 18 mois d’un accompagnement scientifique et technique, d’un accès aux infrastructures des organismes partenaires et d’une enveloppe pouvant atteindre 250 000 euros de soutien global à leurs travaux de recherche et développement.
Myco-Micro sera accompagné par l’Ifremer, tandis que SmartSkin bénéficiera de l’expertise de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA).
Des champignons pour traiter les eaux usées
De nombreux micropolluants présents dans les eaux usées, comme les pesticides, les hydrocarbures, les résidus médicamenteux, les perturbateurs endocriniens ou les PFAS, sont difficilement éliminés par les procédés de traitement conventionnels. Le projet Myco-Micro a pour objectif d’améliorer le traitement des eaux usées en exploitant une capacité naturelle des champignons, la mycoremédiation.
Le principe consiste à utiliser le mycélium, réseau de filaments formé par les champignons, et les enzymes qu’il produit pour transformer et dégrader certaines molécules polluantes. L’objectif est ainsi de limiter le rejet de micropolluants récalcitrants dans les milieux aquatiques et d’en réduire l’impact environnemental.

« Les champignons possèdent des capacités remarquables pour dégrader des molécules complexes. Ils produisent notamment des enzymes qui agissent comme de véritables « ciseaux moléculaires », capables de transformer de nombreux micropolluants. À travers ce projet, mon ambition est de mettre cette capacité naturelle au service du traitement de l’eau pour développer une solution innovante, efficace, durable et économiquement accessible face à des micropolluants persistants et difficiles à traiter », explique François Audrézet, fondateur de Myco-Micro.
Ce projet s’inscrit dans le contexte de la révision de la « Directive Eaux Résiduaires Urbaines » de l’Union Européenne, qui renforce les exigences d’élimination de certains micropolluants. Les états membres doivent transposer une grande partie de cette directive dans leur droit national au plus tard le 31 juillet 2027. Le laboratoire Phytness de l’Ifremer accompagnera le porteur de projet afin de lever certains verrous techniques et scientifiques.
« Nous porterons une attention particulière aux molécules produites lors de la dégradation des micropolluants par les enzymes des champignons. Certaines pourraient présenter une toxicité qu’il faut caractériser. Notre objectif est de contribuer à une solution permettant d’atteindre un meilleur état écologique des milieux aquatiques, et de transformer l’activité de recherche en réelles retombées sociales et écologiques », explique Arnaud Huvet, chercheur à l’Ifremer.
Une peau électronique pour capter les déformations et les écoulements
Le projet SmartSkin propose une structure souple et ultrafine intégrant des capteurs capables de mesurer en temps réel les contraintes exercées sur les matériaux. Cette peau électronique peut être intégrée à la surface ou au cœur de matériaux composites via une technique brevetée appelée « transfer printing ». Elle permet de mesurer les déformations, la température et de caractériser les écoulements d’air auxquels sont soumises les structures, afin de mieux comprendre leur comportement, d’optimiser leur conception et d’anticiper certaines défaillances et opérations de maintenance.
« Des premiers prototypes ont déjà été instrumentés. Nous travaillons actuellement sur un démonstrateur à l’échelle avec des industriels de la propulsion vélique. À plus long terme, nous souhaitons accélérer l’arrivée de cette technologie sur le marché éolien pour permettre un suivi en temps réel des contraintes du milieu et rendre les équipements à énergie renouvelable plus résilients », expliquent Anne-Cécile Clément, directrice générale d’Inkaptis, entreprise créée suite au projet SmartSkin, et Loïc Mazas, directeur technique.

Pour franchir les prochaines étapes, l’équipe sera accompagnée par Laure Civier, enseignante-chercheuse à l’ENSTA, spécialisée en mécanique et durabilité des matériaux polymères.
« Cette peau électronique ouvre la possibilité d’instrumenter des zones clés des pales d’éoliennes afin d’assurer un suivi des contraintes locales et des écoulements auxquels ces structures sont soumises. Le suivi en service des systèmes constitue un enjeu majeur pour le développement de la filière de l’éolien offshore, car il permettrait d’améliorer la maintenance et la fiabilité des parcs », souligne Laure Civier, enseignante chercheuse à l’ENSTA.
















