Dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, les horloges reculeront d’une heure dans l’Union européenne. En France, à 3 h 00, il sera 2 h 00. Ce basculement, le plus précoce que la règle du « dernier dimanche d’octobre » autorise, intervient un peu plus de huit ans après la proposition de suppression présentée par la Commission européenne. Faute de majorité qualifiée au Conseil, le dossier reste sans issue.
📌 L’essentiel en 3 points
- Passage à l’heure d’hiver dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026 : en France, 03 h 00 → 02 h 00. Après le retour à l’heure d’été au printemps, le passage à l’heure d’hiver suivant interviendra le 31 octobre 2027, date la plus tardive possible.
- La suppression du changement d’heure nécessite un accord entre le Parlement européen et le Conseil, où une majorité qualifiée
- Les anciennes estimations d’économies d’énergie ne permettent pas de chiffrer directement les gains actuels.
Une précocité calendaire qui n’a rien d’une anomalie
Le calendrier ne laisse aucune ambiguïté. En France, il sera 2 h 00 lorsqu’il sera 3 h 00, dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026. La précocité résulte mécaniquement de la règle du « dernier dimanche d’octobre », dont la date glisse d’année en année entre le 25 et le 31.
Le basculement intervient au même instant dans l’Union européenne, à 1 h 00 UTC, mais l’heure affichée dépend du fuseau : 3 h 00 → 2 h 00 en Europe centrale, 2 h 00 → 1 h 00 en Irlande et au Portugal continental, 4 h 00 → 3 h 00 en Europe orientale. L’harmonisation européenne porterait sur le moment du changement, et non sur une heure locale identique partout.
Après le retour à l’heure d’été en mars 2027, le passage à l’heure d’hiver interviendra le 31 octobre 2027, soit la date la plus tardive possible. La Commission a publié en mars 2026 le calendrier des changements jusqu’en 2031.
L’énergie s’efface, la chronobiologie prend le relais
Réintroduit en France dans les années 1970, après le choc pétrolier, le changement d’heure poursuivait un objectif énergétique comme réduire les besoins en éclairage artificiel en faisant davantage coïncider les périodes d’activité avec les heures d’ensoleillement. Depuis, la diffusion de l’éclairage LED et l’évolution des usages ont changé les conditions dans lesquelles les économies avaient été estimées. Les chiffres anciens ne suffisent plus à mesurer les gains d’aujourd’hui.
Encore faut-il distinguer les unités et les contextes. En 1990, l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie évoquait une économie annuelle de 400 000 tonnes équivalent pétrole, et non de 400 000 tonnes de CO₂. L’étude de l’Ademe consacrée à 2009 estimait les économies d’éclairage à environ 440 GWh, associées à 44 000 tonnes de CO₂ évitées.
Sur le terrain sanitaire, les éléments relayés par l’Inserm rappellent que le décalage perturbe quelque peu l’horloge biologique et le sommeil. La lumière matinale joue notamment un rôle dans la synchronisation des rythmes circadiens. L’adaptation varie toutefois selon les personnes. Le changement de l’heure affichée ne signifie pas un ajustement instantané de l’organisme.
Bruxelles, bloquée par le choix de l’heure permanente
Pourquoi rien ne bouge, alors que la consultation publique lancée par la Commission européenne en 2018 avait recueilli une écrasante majorité de réponses favorables à la fin du changement semestriel ? Parce que la question ne se réduit pas à « supprimer ou pas ». Il faut aussi choisir l’heure permanente et coordonner les décisions nationales, afin d’éviter de nouvelles difficultés pour les transports, le marché unique et la vie transfrontalière.
La procédure ne requiert pas l’unanimité des vingt-sept États. Elle relève de la procédure législative ordinaire, qui suppose un accord entre le Parlement européen et le Conseil. Le Parlement a adopté sa position en mars 2019 ; le Conseil n’a pas arrêté la sienne. Pour y parvenir, une majorité qualifiée est nécessaire : au moins quinze États représentant 65% de la population de l’Union.
Huit ans après la proposition de la Commission, le résultat pratique reste un statu quo, sans date de suppression. Le calendrier publié jusqu’en 2031 donne de la visibilité sur l’application des règles actuelles, mais ne permet pas d’affirmer qu’une réforme serait exclue avant cette date, ni qu’elle interviendrait en 2027 ou 2028.
Le débat rapproche ainsi deux questions qui ne se confondent pas. Les anciennes évaluations énergétiques ne chiffrent pas directement les gains dans les conditions actuelles. Les arguments sanitaires favorisent l’heure normale permanente, sans régler à eux seuls l’arbitrage politique : quelle heure choisir, et comment coordonner ce choix à l’échelle européenne ?
En attendant, les Européens reculeront leurs montres. Une heure supplémentaire dans la nuit, sans qu’elle rapproche nécessairement d’une décision.
















